XI. II
John Keats
« Bientôt, elle répandit dans les bois ce grand secret de mélancolie qu'elle aime à raconter aux vieux chênes et aux rivages antiques des mers... a
Certes. Keats ignorait fresque tout de la littérature française, et le nom de Chateaubriand n'était pas arrivé jusqu'à lui. Mais Séléné avait enchanté également leur sensibilité différente, mais celte d'origine. L'un y puisa une sensibilité romantique dont il nourrit son orgueil d'aigle mélancolique pendant quatre-vingts ans: et le jeune Anglais y trouva l'exaltation nécessaire à sa courte et difficile existence.
— Comme ce garçon pauvre est riche! Quelles fêtes inouïes il se donne journellement, par des promenades à travers quelques comtés, par les livres qu'il contemple : M Ht on et Shakespeare lui communiquent sans cesse leurs visions. Avant de lire le Roi Lear, il écrit un sonnet, libation qu'il dépose devant te pronier feuillet du livre sacré — car son âme est pleine de ferveur envers les grands poètes de jadis et les œuvres de ses contemporains.
Il admire beaucoup Wordsivorth, quoique les deux poètes n'aient pu personnellement se com-
John Keats
prendre . Quand Keats, les yeux brillants et la joue en feu, lut à son aine le magnifique hymne à Pan, Wordsworth V écouta d'un air glacial, et le' traita de joli païen. Keats réplique par : vieux bigot en redingote.
John Keats écrivit une partie <7'Endymi<m pendant l'été de 1817, qu'il passa à Oxford che\ son ami Bailcy. Il y est heureux.
— « Cet Oxford est bien la plus belle ville du monde, pleine d'anciens monuments gothiques : cloches, tours quadr angulaires, cloîtres, bosquets. . . et entourée de plus clairs ruisseaux qu'on
n'en vit jamais Je me promène tous les soirs
aux rives d'un d'entre eux. »
Son épanouissement est si profond qu'il éclate. Il veut le communiquer à sa petite sœur Fanny. et lui raconte dans une lettre le plan de son poème.
« Peut-être aimeric^-vous savoir de quoi il s'agit dans mon poème ? — 77 y a bien des années. un beau et jeune berger menait paître ses troupeaux sur le versant d'une montagne appelée Latmos. Il était d'une espèce fort contemplative, et vivait solitaire parmi les astres et la plaine. ne pensant guère qu'une aussi merveilleuse créa-