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John Keats
turc que la Lune pût devenir folle d'amour pour lui. Ce fut ainsi pourtant, et quand il s'endormait sur l'herbe, elle descendait du Ciel et le regardait passionnément pendant des heures. Et a la fin, elle ne peut s'empêcher de l'emporter dans ses bras au sommet de cette montagne de Latmos — pendant qu'il rêvait. Et voici l'histoire dTEndymion, poème en quatre livres et en quatre mille vers. »
Dans le poème d'Endxmion, Keats a prodigué sa jeune inspiration, jetant avec trop d'abondance toutes les sensations qui avaient saisi son imagination. Il a allongé inutilement cette œuvre. — Mais à travers les imperfections du poème, certains morceaux sont dû pur Keats. c'est-à-dire empreints de cette beauté élyséenne, caractéristique unique de ce merveilleux poète.
Il imagine et il chante l'univers tel qu'il est en somme, tel qu'il se déploie tous les jours devant nos sens éteints. Il y met ce ravissement, cette exaltation qui est la joie la plus pure de l'être humain.
Mais, comme son cerveau est enrichi de légendes, et son imagination nourrie de mythologie dans les ruisseaux du Sussex. « aussi nom-
i ux que des dis . il fait courir des drvaa
- nymphes respira:! a cas. et le dieu
Pau s'émerr cille des architectures des nuages.
Le prélude di .me est un salut direct a
la Beauté. Les premiers vers c ;t la suite
l'ont . a des balbutiements
enthousiastes de l'enfant qui gambade au milieu de la nature. é par une joie physique qui
se rit de la vie maussade.
Le mythe d'Eudj'miou fut inventé par les Grecs, qui transposaient en des imaginât i'
nés de la nature. L .
berger de Latinos et Cynthie personnifient les premiers ray la lune, qui caressent i en-
droit où les derniers ra j -ans du soleil ont disparu.
Keats chante donc dans sou poème les amours Cynthie et du beau berger. Malheureuscmi il déverse autour de cette fable tout ce qu'il sait
mythologie, et les pérégrinations <k sont très confus
Pendant qu'il écrivait End vin ion. c'est dans la lecture de S ha!. :éil trouvait -
itant le plus vif. Shakespeare a dit tout sur tout )>. écrit -il.
Spencer et Shakespem :t les œuvres
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furent le stimulant du génie de Keats, chantent aussi Cynthia. Le Marchand de Venise contient ces lignes :
« La lune brille d'un pur éclat... Arec quelle douceur la lumière de la lune dort sur ces pentes... Paix! Silence! La lune dort arec- End union et ne veut pas qu'on 1er cille... »
Keats écrit : « Aujourd'hui, je me sens capable de goûter Ha ml et plus que je ne l'ai encore jamais fait .
Or, le dionysiaque Keats et le sombre Hamlet sont frères.
Keats s'est attaché à la rie par une joie infinie et multiple des nerfs, dont le triste Scandinare fut dépourru. Mais leurs deux esprits ont vogué au-dessus des activités et des attaches terrestres qui occupent les autres humains...
Ce qui manque à ses premières œuvres est l'art de mettre de l'ordre dans la composition. Il a une asymétrie complète de la fantaisie, ce désordre qui répugne tant à l'esprit classique français et qui est, au contraire, la base des conceptions anglaises. Le mélange des genres est toléré et les émotions sont écrites telles qu 'elles sont ressenties.
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Cependant l'incohérence d Kndvmion est tout de même moins stupéfiante que les bondissements du sublime Vigny dans son poème d'ÉUra. où il abandonne brusquement l'ange et les sphères étoilées pour chanter successii'cmcnt : la Louisiane, l'enfant delà Cl y de écumeuse et la brune Espagnole.
La mythologie de Keats est traitée d'une façon différente de celle de tous les autres poètes. Ainsi le poème mythologique d'un poète français contemporain, écrit arec une grande pureté de langage, reste toutefois une œuvre essentiellement intellectuelle, ciselée a domicile.
L'auteur n'a pas vécu des journées entières couché sur le dos. au milieu d'une forât de pins, imprégné de nature au point de ne plus savoir s'il est lèvent qui bruit dans les aiguilles, ou l'aiguille qui reçoit le l'en t.
Keats seul, a le don de voir les dieux de l'Olympe, ou plutôt il emmène avec lui cette troupe moitié humaine et moitié végétale. Il court avec elle à travers les prés et les bois, et il ressent la joie unique de l'homme des temps fabuleux.
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Poursuivant son rêve de poésie dans ses promenades champêtres, l'imagination toujours nourrie de la lecture des poètes Eli^abéthains, Keats retrouve par-dessus cent cinquante ans d'existence anglaise assombrie par la Réforme, l'industrialisme et son enfant le « Pauper », cette époque où, servi par les sens les plus affinés qui furent jamais, s'épanouit radieux le bonheur d'exister et de comprendre.
Il est ainsi des périodes bienheureuses où l'homme est à la fois humain et divin, menant à la perfection la belle aventure d'exister.
Le jeune homme de génie qui vécut pendant la Révolution française et l'épopée napoléonienne, appartient par l'esprit aux grandes époques dionysiaques du monde... Et il le sentait si bien qu'il écarta avec une rigueur passionnée tout ce qui l'arrachait à ses imaginations, s'entourant d'une ceinture de flammes qui l'isolait et le défendait contre l'extérieur.
Bien qu'il ne voulût pas entrer en contact avec les événements contemporains (sentant que les temps étaient proches), il écrivit cependant un sonnet sur la Paix, lui demandant de bénir cette
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Ue •■ entourée par lu guerre et de i rendre au Triple-Royaume son sourire brillant . Parlant de Napoléon, il dit : Le plus £mnd niai qu'il a fait a été de leur apprendre à organiser leurs monstrueuses armées
End vm ion /*/// aecueilli avee une sévérité extrême par la critique, autant par incompréhension que par un parti pris qui s'exerçait contre l'entourage de Keats. Leigà Ilunt et ses amis étaient tous traités de cockney poets par les revues officielles.
La Quarterly Review et le Blackwood Magazine s'acharnent particulièrement contre 0 la calme, la continue, l'imperturbable, la radoteuse idiotie d'Endxmion »•.
Rapcortant à son frère Georges les âpres critiques de ces revues, Keats explique :
« Quand je sens que j'ai raison, aucune louange extérieure ne peut me donner un rayonnement aussi intense que mes solitaires répercussions et mes assurances de ce qui est beau. J. S. a parfaitement raison quand il parle du « décousu » du poème df'Endymion. Cela n'est pas ma faute, non. bien que cela puisse paraître un peu paradoxal. . . J'ai écrit avec indépendance,
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mais sans jugement. A l'avenir, j'écrirai avec autant d'indépendance, mais avec jugement. Le génie de la poésie doit se débattre pour être sauvé dans chacun : il ne peut pas être développe par des lois et des préceptes, mais par la sensation et la surveillance de soi. »
Après l'échec <fEndymion, Keats avait été pris d un grand découragement, pleurant toute la nuit, car il doutait de son pouvoir physique d'accomplir ce qu'il sentait « bouillonner en luimême ».
Il se rendit compte de ta pauvre valeur marchande de la poésie :
« Je suis parfois tellement sceptique que je regarde la poésie même, comme un simple feu follet bon à amuser celui que frappe par hasard son éclat. Les commerçants disent que toute chose ne vaut que ce quelle rapporte; de même probablement, toute recherche mentale ne tire sa réalité et sa valeur que de l'ardeur de celui qui s'y livre, étant en elle-même un néant.
» H 11 y a pas de plus grand péché après tes sept mortels que de se flatter de l'idée d'être un grand poète ou un de ces êtres dont le privilège est d'user leur vie à la poursuite de la gloire. »
John Kkats
Mais il veut à tout prix garder le rythme de la rie poétique, et préserver son sens créateur de l'écrasement de la vie journalière :
...O Muse La fraîcheur matinale du lendemain Semble donner sa lumière par mépris Des existences mornes, dénuées d'inspiration, et comme des escargots, lentes...
(Endymion.)
Et il écrit à divers amis :
La falaise de la poésie me surplombe...
puis :
« Il me semble que chacun peut, comme l'araignée, tisser avec sa propre substance sa propre citadelle aérienne. Les feuilles et les brindilles sur la pointe desquelles V araignée fixe son travail, ne sont pas nombreuses, et cependant elle trame dans l'espace une belle circonférence. L'homme devrait se contenter ainsi de quelques points a effleurer sur le fin tissu de sa pensée, et broder une tapisserie clyséenne, pleine de symboles pour les yeux de l'esprit, de douceur pour
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la touche de son âme, d'espace pour ses divagations, de lumière pour ses sensations. »
// dépend aussi de son inspiration, que ni le labeur, ni la volonté, ne peuvent ramener.
« J'ai trois ou quatre nouvelles en train, mais comme je ne puis écrire pour le seul plaisir de faire de l'imprimerie, je les laisse avancer ou dormir selon ma fantaisie. »
Aussitôt après la publication d'Endymion, Keats quitte les mythologies grecques pour aller visiter un autre pays de son imagination et de sa fantaisie, le Moyen Age italien, et il écrit le beau poème t/'Isabella ou le Pot of Basil.
// a des ennuis d'argent. Quand ils deviennent trop cuisants, il les compare à « des orties qu'il aurait dans son lit » .
Avec les quelques « pounds » que lui avaient laissés ses parents, il pouvait vivre tout de même mais à condition que sa poésie rapportât un peu.
Quand son frère Tom mourut, Keats pensa que sa maigre succession lui fournirait encore quelques mois de subsistance et de repos, mais les corbeaux anglais, aussi impitoyables que les corbeaux français, s'arrangèrent de façon à ce