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N K . iTS
que le petit héritage fui dépensé en grimoires et
prit à Keats sou temps, matière précieuse et irremplaçable, en le contraignant a des démarcha cke\ les gens de loi. dans ees endroits ou l'encre et le papier, se décomposant sous des atmosphères sordides, répandent des odeurs infectes .
Il songeait, tant son desespoir était grand, a s'engager comme ehirurgien a bord d'un vaisseau eu partance pour les Indes.
Enfin, il amoneela devant lui sou petit avoir et le eompta.
Si à ce moment que sou ami. le peintre 1 lardon, atteint d'une inflammation des yeux, paui're et ne pouvant plus travailler, lui emprunte de l'argent .
Keats répond : J'ai an cœur eette sorte de feu qui sacrifierait tout ce que j'ai pour te scrvir. je parle sans aueune réserve: je sais que tu
en ferais autant pour moi lai un peu d'argent,
qui pourra me permettre de travailler et de wojrmger pendant trois on quatre ans. Je nespt point tirer quelque ehose de mes (envies: plus, je désire éviter la publication... Tdte à S bourses, mais ne vends pas tes dessins.
John Kr;
ou je regarderai cela comme un manque a l'amitié.
John Keats qui écrivait : Mon amour pour mes frères depuis la perte de mes parents, quand nous étions en bas âge, et même par suite d'infortunes précédentes, est devenu pour moi une affection passant V amour d'une femme . avait pour V amitié un égale ferveur : i Je ne pourrais l'ivre sans l'amour de mes amis ».
A un moment donné de sa courte existence, Keats se trouva entouré d'êtres privilégiés r les dons, la chaleur du cœur et l'intelligence.
« Je suis convaincu qu'il y a trois choses dont il faut se réjouir a notre époque : l'Excursion. vos tableaux et la profondeur du goût d'Ha;litt », écrivait Keats à Haydou.
Tous semblent se passer Keats de main en main comme un joyau précieux, que chacun retient un instant pour en garder le scintillement.
Il ouvre son âme devant ses amis, il les admire et dans sa correspondance les promené a travers les méandres compliqués de son esprit.
Mais, ceux-ci étant des hommes, se prirent un jour en haine. Le critique Jlunt critiqua le peintre Ha] 'don, qui rapporta des prop
John Keats
aigres-doux du poète Reynolds... Cela se résume par l'éternel : « Monsieur rende --moi mon chef-d'œuvre et reprenez votre croûte ». Pensant à ces vexations du cœur, Keats dit : « Elles ne me surprennent pas, Ciel! Un homme devrait se faire émousser la fine pointe de son âme afin d'être adapté à ce monde. »
Keats connut ai?isi l'inconstance humaine, et n'en apprécia que davantage les amis un peu moins brillants mais d'un dévouement inaltérable : Dilke, Bailey et Severn.
Quelle que fût son occupation à laquelle il se livrait, Keats s'y consumait toujours.
En société, il se livrait aux conversations et aux distractions avec une telle fougue que ces veille lui étaient funestes; dans la solitude, sa pensée devenait si intense qu'il était pris parfois de vertiges; à d'autres moments, il avait des intervalles de torpeur absolue.
Il s'aperçut lui-même de ce déséquilibre, et en conçut une première alarme et vingt-deux ans. Il l'exprime ainsi : « Il faut subir la vie, et je tire certainement quelque consolation de la pensée d'écrire un ou deux poèmes avant qu'elle ne cesse. »
John Keats
Il compose son fameux sonnet :
J'ai peur parfois de disparaître Avant que ma plume ait épuisé les richesses de mon cerveau fécond...
Par moments, un sentiment de joie s'élève en lui. C'est la dominante de sa nature, et cette i presse qui le possède semble frapper son cerveau d'une cymbale joyeuse; aussitôt il perçoit une sensation fraîche et directe, il s'enivre lui-même, et de la perception qu'il reçoit et de sa faculté a l'exprimer.
Cependant des ennuis d'argent, la tristesse causée par la mort prématurée de son frère Tom, et sa dépression physique, avaient mis Keats dans un état de passivité languide asse% singulière.
Ce n'est plus l'imagination joyeuse de l'adolescent qui découvre la vie avec volupté, mais un commencement de maturité inquiète le rend « anxieux comme un daim » aux écoutes. Il perçoit pour la première fois, au fond de l'horizon, des échafaudages métaphysiques que son esprit ne peut encore embrasser.
John Keats
l)c ce côté, sa pensée s'embue, car il n'est pa>
un penseur, mais un poète, un être frappé par l'image et enivré d'émotions verbales.
L'imagination de Keats commence a mûrir. Il se plait moins à folâtrer arec de jeunes déesses, et entreprend une sorte de poème épique grave et beau par intermittences : H v pur ion. Riche et profonde, sa pensée résonne comme un chant d'orgue, pour dire la vieille théogonie des premiers âges du monde, la lutte des Titans contre les dieux nouveaux.
Keats est évidemment imbibé de la pensée miltonienne. Mais M Ut on est biblique comme Vigny; et pas plus que Shakespeare, Keats ne connut l'esprit du christianisme. Tandis que M il fort, le puritain, voit, dans ces luttes épiques, les distinctions du bien et du mal. Keats, le païen, voit surtout les luttes des forces blanches contre les forces noires — c'est-à-dire que les êtres encore inf ormes et lourds, doivent céder la place aux êtres de lumière — et son poème s'achève par l'apparition d'Apollon, dans l'île enchanteresse de Délos.
Keats est un grand artiste visuel. Son imagi-
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nation a besoin d'éléments optiques. Dés qu'il ne — i.vni —
John Keats
peut se représenter les scènes dont il parle, il devient fumeux et incompréhensible. C'est le regard qui met en branle toutes ses répercussions cérébrales. Il voit avec l'œil d'un peintre, et décrit les tableaux qu 'il compose et agence arec un souci parfait des plans, des valeurs.
Ainsi, dans Endvmion, le char de Bacchus s'avançant t rainé par deux léopards, et le jeune dieu bondissant au-devant d'Ariane, est un tableau parfaitement dessiné et peint.
La vision de Keats peut aussi être sculpturale.
La partie du poème «i'Hvpérion où il relate l'accablement de Saturne quand il a perdu son royaume et la déesse Théa penchée vers lui, lui murmurant à l'oreille des paroles réconfortantes, découpe un groupe qui évoque Michel- A nge.
Sa face était large comme celle du sphinx thébain...
Et ces lignes ne sont-elles pas suggestives :
Le vieil Océan roule une vague éternelle au rivage,
John Keats
Et sur son sommet vert, la rapide écume, toute
blanche, Crépite et. peu à peu suit un caprice d'indolence.
(Endymion.)
Bien que son inspiration fut fougueuse et constante. Keats travaillait ses poèmes comme un artiste, étant profondément occupé de la technique de son métier, de la structure grammaticale et de la syntaxe, sur lesquelles il détachait ses mots. Il avait même un grand souci de la ponctuation, il était conscient de l'esthétique de la langue anglaise. Il voulait s'éloigner à la fois, du style normand de Chaucer et de l'empreinte latine, qui est pesant sur les poèmes de M il ton; c'est dans Chatterton seulement qu'il trouva le premier dégagement des alluvions étrangères.
Keats est admirablement Anglais par l'âme, les sens et le langage, et ne manque pas d'avoir cette incompréhension complète de ce qui n'est pas Anglais. Il remercie Dieu : « qui m'a fait naître en Angleterre, ai'ec nos grands hommes à nous sous les yeux .
c La nature est belle, tnais la nature humaine
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plus belle encore, le ga^on est plus riche lorsqu'il a été foulé par un pied nerveux, vraiment anglais; le nid de l'aigle est plus beau lorsque le montagnard y a jeté un regard, »
Elle est heureuse, l'Angleterre ! Je serais satisfait De ne voir d'autres verdures que les siennes, De ne sentir d'autre brise que celle qui
passe A travers ses grands bois mêlés de valeureuses
légendes.
— Cependant il me vient parfois une nostalgie Pour des .cieux italiens; un rauque désir
intérieur De m'asseoir sur une Alpe comme sur un trône. . .
Comme tous ses compatriotes, Keats, en dehors de l'Angleterre, ne pense qu'à l'Italie, sa complémentaire.
La France ne l'intéresse pas. Il ne connaît que Fénelon, qu'il aime d'ailleurs. Le nom de Boileau est pour lui synonyme de quelque chose d affreux.
L'esprit de curiosité s'éveille en John Keats. Il souhaite connaître toute l'Europe, et commence par l'Ecosse.