A CLARY
Tu ne sais pas, Clary, quand, heureuse, ravie.
Tu me tends ton épaule et ton front tour è tour, Que dans la double coupe où je puise la vie Il est un autre goût que celui de l'amour...
O ma chère Clary ! tu ne sais pas sans doute Qu'il est derrière nous un funèbre Echanson,
Dont la main doit verser d’abord, goutte par goutte. Dans tout amour un froid poison.
N'as-tu jamais senti sur tes lèvres avides De l'Echanson de mort le philtre affreux passer?...
Car le jour n’est pas loin peut-être où, les mains vides. Il n'aura plus rien à verser 1
Et quand ce jour-là vient, tout est fini pour lame ; ,
Tous les regrets sont vains, tous les pleurs superflus! L'amant n'est plus qu’un homme, et l'amante, une femme; Et ceux qui s'aimaient tant, hélas I ne s’aiment plus!
Une clarté jaillit, une clarté cruelle.
Qui montre les débris du cœur brisé, vaincu :
Ce n'est plus toi, dit-il ; — Ce n’est plus toi, dit-elle. — Le masque tombe, et l’on s'est vu.
O ma pauvre Clary! ma fidèle maîtresse.
Nous verrons-nous un jour ainsi (destin jaloux!)
Sans ce masque divin que nous me: la jeunesse, Masque d’illusions, cent fois plus beau que nous? Verrons-nous, maClary, — Grand Dieu!faut-il le croire? — Le noir Empoisonneur entre nous quelque jour.
Tout prêt à nous verser à nous tout prêts à boire L’effroyable ennui de l'amour !
Hélas! c'est déjà fait... j'ai bu du froid breuvage Que l'Echanson de mort verse, — et qu'il faut tarir; Et j'ai senti, Clary, chaque jour davantage,
Que je l'épuiserais sans pouvoir en mourir I S’il t'est doua de m'aimer, préserve ta tendresse.
Ne bois pas que bien tard, bien longtemps après moi ! Et rêve encor l'amour du cceur qui te délaisse...
Du triste coeur qui fut à toil
« ... Je vous écris de mon lit, appuyé sur mon coude, comme un ancien, ayant pour soutenir ma main votre album. Je viens d'y tracer à l’instant même des vers qui furent le sang de mon cœur. J'aime à vous donner cela comme un don d'une amitié exaltée. C'est comme si, blessé dans quelque combat, je vous envoyais les bandelettes de mes blessures. » (Paris, samedi soir, janvier 1844.)
a Je déposerai dimanche chez D’** votre album que je vous renvoie. Puisse ce que j’ai écrit vous plaire I Ce sont trois morceaux qui peut-être un jour, quand je serai devenu historien politique, ou chargé d'affaires quelque part, auront un certain prix de curiosité. Du reste Machiavel a fait des comédies et des sonnets... Mes sonnets, à moi, sont deux pièces de vers écrites à des femmes. Je vous en ai parlé déjà. L’une est intitulée YEchanson (et, franchement, je la