ÉPISTRE
A Madame la Sén. de K***.
Adresse.
Ma lettre, partez tout-à-Pheure, Allez trouvez l'objet qui me tient sous sa loy ; Si vous oubliez sa demeure, Vous n'avez aussitôt qu'à dire : Enseignez-moy,
S'il vous plaist, le logis de celle Qui de toute la ville a le plus bel esprit. Peut-estre vous pourrez vous adresser à telle,
A qui cette mode nouvelle De demander un nom fera quelque dépit; Avecque tout cela, je gagerai contre elle Qu'elle n'oseroit pas vous avoir contredit.
Lettre.
Je voy bien que je fais un effort inutile
Quand je veux m'affranchir du pouvoir de vos lois.
Je crus vous dire adieu pour la dernière fois
En abandonnant vostre Ville;
Mais au moment où je pensois Que de vous laisser là fût chose fort facile,
En vérité, je m'abusois.
Oui, Madame, je vous verray (Malgré tous les sermens que j'ai faits du contraire)
Tout le plûtost que je pourrai; Il n'est pas de plaisir, de femmes, n'y d'affaire
Capable de m'en empêcher.
Je m'en vais donc me dépêcher De prendre dans Paris ce qui m'est nécessaire,
Pour venir dans Rennes chercher Ou la mort à vos pieds, ou l'honneur de vous plaire.
En attendant ce jour, mon pauvre esprit, jaloux De tout ce qui vous voit, me rendra misérable : Je m'imagine voir sans cesse à vos genoux Tout ce que la Ville a d'aimable,
Confidents et Rivaux qui vous font les yeux doux ; Et pour vous témoigner que je suis véritable Et que je ne songe qu'à vous, Seule belle, seule adorable, De ce que j'écrirai, De ce que je dirai, De huit jours en huit jours, je vous rendrai bon conte
Vous verrez que je vous feray Maîtresse de ma vie autant que je pourray. Enfin je me mourrois de regret et de honte Si j'avois dit un mot, si j'avois fait un pas, Que vous ne sceussiez pas.
Doncques, pour commencer à vous conter l'histoire De ce qui m'arriva, quand j'eus fait mes adieux, Je me mis en litière, et triste et sérieux
Plus que vous ne le sçauriez croire.
Je sentis aussi tost une humeur sombre et noire,
Qui me remit dans la mémoire Tant de fâcheuses nuits, tant de jours ennuyeux, Que je m'en vay passer absent de vos beaux yeux
En vain Paris, en vain Sylvie, La Foire, Luxembourg, le Cours^ la Comédie, Se voulurent mêler d'adoucir mon regret ;
J'aimerois mieux languir près de vous, en secret, Que d'avoir les plaisirs les plus grands de la vie Dans Paris au près de Sylvie.
Après avoir marché jusqu'à la fin du jour, J'arrive à Morelon, je descends dans la cour, Propre, frisé, poudré, comme je pouvois estre En venant avec vous au plus beaux de mes jours,
Quand je m'efforçois de paroistre Aimable à vos beaux yeux dans la ville de Tours, Quand vostre grand laquais Gardin me venoit dire :
Madame a dit tantost, sans rire, Qu'elle vous laisseroit au milieu du chemin, Si vous n'estiez poudré plus qu'hier au matin. Hélas ! je m'en souviens; des jours si pleins de gloire
Sont encore dans ma mémoire; Et vous qui les faisiez, malgré vostre rigueur,
Vous estes toujours dans mon cœur.
Descendu que je fus, l'aimable de Saint-Pré M'honora d'un accueil tout-à-fait favorable. Je la trouvay plus à mon gré, Plus charmante et plus admirable, Que je ne la trouvois cet esté dans Paris. A peine fûmes-nous assis,
Que, sans perdre de temps: Hébien ! Monsieur, dit-elle,
Estes-vous bien au désespoir
De vous voir séparé de celle Qu'au milieu de l'hyver vous estiez allé voir? N'en faites point le fin; j'en sçay quelque nouvelle.
Dites, la trouvez-vous encor tout aussi belle,
Aussi pleine d'appas, aussi spirituelle?
Dans le monde on en parle assez diversement :
Les uns vous tiennent infidèle,
D'autres disent qu'elle est cruelle, Et qu'elle ne l'est pas avec vous seulement.
Avouez-le-moy franchement, Comment va tout cela? rompez-vous avec Elle,
Ou dénouez-vous seulement?
Ensuite elle parla d'une petite chose Qu'elle me fit conter avec beaucoup de soin ; Mais je ne juge pas qu'il soit fort .grand besoin De vous la mettre en vers, et peut estre qu'en prose (S'il arrive qu'un jour avecque vous je cause,
Quand nous n'aurons à porte close Rien que vostre bon Ange et le mien pour témoin), Je vous la redirai; mai&, le texte et la glose Vous touchant de si près, en vérité, je n'ose
Vous la redire de si loin.
En attendant, qu'il vous suffise Qu'à tout je répondis justement comme il faut : De sorte que la Dame en parut fort surprise; Et, m'entendant, parler avec tant de franchise,
En pensa tomber de son haut.
Aussi qui le croiroit que vous fussiez tygresse Jusqu'à laisser languir trois ans à vos genoux Un Amant de vingt ans, qui ne manquoit d'adresse Que parce qu'il avoit trop de respect pour vous? Mais elle reconnut, par tant de circonstances, Que rien n'estoit plus vray que ce que je disois, Qu'elle me fit l'honneur de plaindre mes souffrances; Et, relevant un peu sa voix, Me dit par trois ou quatre fois :
(Veu quelle a l'esprit doux, elle a l'àme bien fière!)
Hélas! mon Dieu! pauvre garçon!
Elle me dit ces mots et d'un air et d'un ton Qui marquoient qu'à son gré vous étiez trop sévère, Et que son noble cœur, sensible à ma misère, N'en eût peut-estre pas usé de la façon.
Elle parut fort estonnée Qu'un homme pût servir si longtemps et pour rien,
Ne parla d'autre chose en toute la journée,
Voulut savoir quand et combien :
Mais elle l'eût esté sans doute davantage Si j'eusse dit sur moy quel est vostre avantage, Quelle est vostre rigueur, quel malheur est le mien. Puisqu'un si rude apprentissage Ne m'a rendu ny plus fin ny plus sage, Et qu'à présent que j'ay plus d'âge, A ce mesme prix-là je vous sers encor bien; Que vainement, cent fois, j'ay cherché le moyen De sortir de mon esclavage, Elle n'en eût rien cru, je gage ; Car c'est un procédé qui n'est pas fort chrétien. C'est pourquoy je coupay court à cet entretien, Qui me sembloit assez à mon désavantage, Et j'allay dans mon lit, elle alla dans le sien.
Le lendemain matin estoit la bonne Feste
De la Purification, Et la Dame à partir se trouvant toute preste, Ne sentant pas d'ailleurs grande dévotion, Ne fit pas Ià-dessus trop de réflexion,
Mit ses trois coëffes sur sa teste, Sans montrer à ses gens beaucoup d'affliction, Et leur dit doucement un adieu bien honneste.
STANCES ET ÉPITRES 5o,
Après deux grands soupirs, sans trop nous en cacher, Le sien devers Paris, le mien vers la Bretagne, Nous montons en carosse, et gagnons la campagne, Et puis, Touche cocher!
De vous dire à présent ce qui nous arriva
Les huit jours de nostre voyage,
Comme le bon Dieu conserva
Nous, nos chevaux, nostre équipage,
Ce seroit, ma foy, grand dommage;
Ne nous estant rien advenu
Dont on puisse faire un bon conte,
Par le gros et par le menu, Et si je vous avois si mal entretenu, Nous en mourrions tous deux, vous d'ennuy, moy de honte.
Voilà tout, je n'ay plus qu'à mettre icy mon nom;
Je n'ay rien oublié, sinon De vous dire à quel point la Dame vous estime. Pour vous bien exprimer la chose comme elle est,
Ressouvenez-vous, s'il vous plaît, De ce qu'un soir chez vous, ayant quitté la prime, Vous disiez en parlant d'elle et de sa beauté, De son port, de sa taille et de sa bonne mine, De son humeur égale et pleine de bonté;
Pour ceux qu'elle aime, franche, et pour les autres, fine ; De son esprit si net, si brillant et si doux,
Au-dessus de la bagatelle :
Tout ce que vous avez dit-elle,
C'est cela qu'elle dit de vous.
Adieu, vous avez beau me maltraiter si fort, Je n'en aimerai jamais d'autre ; Et croyez que je serai mort Lorsque je ne serai plus vostre
Très humble...
STANCES
Une Fille à une autre Fille, toutes deux pensionnaires dans une Religion.
Vous que le Ciel amis au rang des plus parfaites, Vous dont les yeux brillants rangent tout sous leur loy, Si je vous réponds mal aux beaux vers que vous faites, Mon cœur, en récompense, y répond bien pour moy.
Je vous aime si fort que cela me surprend: Si le Ciel m'eût traitée avec quelque justice, Il m'eût faite d'un sexe au vostre différent, Et quel plaisir j'aurois à vous rendre service!
Quand vostre âme à présent pour moy toute enflammée Devroit estre en ce temps plus froide qu'un glaçon, Quand je serois haï comme je suis aimée, J'y gagnerois encor si j'estois un garçon.
Soit bien, soit mal traité, mon heur seroit extrême : Je ne pousserois point de soupirs superflus ; Car, vous aimant, Philis, au point où je vous aime, J'adorerois, je croy, jusques à vos refus.
Lors je ne vous verrois qu'au travers d'une grille, Mais enfin, ma Philis, je vous verrois pourtant. Hélas! pourquoi faut-il que je ne sois que fille? Ou bien pourquoi faut-il que je vous aime tant?
STANCES
Pour deux fois seulement que mesyeux vous ont veue, Que mon cœur est troublé ! que mon âme est émue ! Commencerois-je bien à sentir de l'amour? Me faudroit-il vous fuir, vous que chacun adore? Oui, ne consultons plus : si je vous vois encore, Peut-estre ma franchise esta son dernier jour.
Maisquoy ! ne plus vous voir ? que ma peine est extrême ! Je ne sçay que répondre, et j'estois tout de mesme Lorsqu'à vingt et deux ans Amaranthe me prit. Ah! ne me donnez plus ces mortelles alarmes, Cachez-moy pour le moins la moitié de vos charmes, Et plus de la moitié de vostre bel esprit.
Peut-estre après cela je vous rendray visite, Autrement mon désir en vain me sollicite :
M'irois-je reblesser sans espoir de guérir? Quelle assignation m'avez-vous là donnée? Me dire : Revenez demain l'après-dînée, C'est me dire, autant vaut, que je vienne mourir.
Ouy, mourir. Je sçay bien qu'une telle Victoire Au-dessous de vos yeux terniroit vostre gloire, Je sçay qu'ils en voudroient désavouer leurs coups : Mais quand je seray mort indigne et misérable, Ne seray-je pas mort, objet trop redoutable, Autant que si ma mort estoit digne de vous?
En vain, pour m'achever, dans ma flamme nouvelle, Vous venez m'assurer que vous n'estes point belle, Que je crains sans sujet, que je vous fuis à tort : Lorsque vous aurez sceu que j'ay perdu la vie, Il me servira fort, adorable Sylvie, Quand vous viendrez jurer que je ne suis pas mort.
Demeurons-en donc là, soyez des plus parfaites, Faites-vous adorer en tout ce que vous faites, Riez, parlez, marchez, d'un air à tout charmer; Pour tant de qualités j'auray beaucoup d'estime, Mais ne prétendez pas que j'en sois la victime, Que j'aille vous revoir, me perdre et vous aimer.
STANCES
Épitaphe d'un Amant.
Tircis, dont la perte est extrême, Gît icy d'un coup dans le sein, Qu'il receut d'un doux assassin Qu'il aimoit autant que soy-mesme.
On eust tâché de le guérir, Mais, par une étrange aventure, On ne sceut trouver l'ouverture De ce coup qui l'a fait mourir.
O toi, qui plains le triste sort, Qui l'a sitost privé de vie, Si tu crains ce genre de mort, Evite les yeux de Sylvie !
MADRIGAUX
MADRIGAL
NE me reprochez plus tant de fois ma folie, Vous seule me semblez jolie, Vos petites façons m'ont tout-à-fait charmé. Pour souffrir vos mépris, je confesse moy-mesme Que je quitte un parti dont je seray blâmé : Mais, quand la passion va jusques à l'extrême, Il vaut mieux mourir où l'on aime Que de vivre où l'on est aimé.
Autre.
Malgré tous les mépris que vostre humeur m'oppose, Jamais autre n'aura ny mon cœur ny ma foy; Et je feray pour vous tant de fois quelque chose Que vous ferez enfin quelque chose pour moy.
AUTRE
Pourquoy me demandez-vous tant Si mes feux dureront, sijeseray constant? Jusques à quand mon cœur vivra sous vostre empire? Ah ! Philis, vous avez grand tort !
Comment pourrois-je vous le dire?
Rien n'est plus incertain que l'heure de ma mort.
Auire.
e cherchez point ailleurs, Beauté trop adorable, Je suis pourvousservirplusproprequ'onne croit: Assez jeune pour estre aimable, Et vieux assez pour estre adroit.
AUTRE
Hier, quand je vous eus quittée, Sans avoir eu le temps d'accomplir mon dessein, Je m'en allay dormir les yeux sur vostre sein,
Et l'âme toute inquiétée.
Le sommeil eut pitié des maux que je ressens, De ce mesme plaisir il enchanta mes sens, Il remit devant moi deux fois ce doux mensonge : J'allois déjà baiser vostre beau corps tout nu, Quand, un bruit m'éveillant, jen'ay plus rien tenu. J'ay refermé les yeux pour achever mon songe, Mais en vain, ma Philis : il n'est point revenu.
AUTRE
Pour la marquise de Sévigné, jouant à Collin-Maillard.
De toutes les façons vous avez droit de plaire, Mais surtout vous sçavez nous charmer en ce jour. Voyant vos yeux bandés, on vous prend pour l'Amour; Les voyant découverts, on vous prend pour sa Mère.
MADRIGAL
Je languis dans un feu tout autre Que celuy qui me vient de l'éclat de vos yeux : Celuy-cy me déplaist, et j'adore le vostre; Mais on n'a pas toujours ce qu'on aime le mieux. Ce n'est pas là pourtant tout ce qui fait ma peine. Si ma fièvre s'accroist, si je n'en puis guérir, J'enrageray de voir, avant que de mourir, Qu'une prude à gros grains, une fausse inhumaine, A qui par vos conseils je faisois les yeux doux,
Que je feignois de trouver belle, A qui j'ay dit deux fois : «Je ne vis que pour vous, s Ira dire partout que je suis mort pour elle.
MADRIGAL
Quand, pour vous témoigner l'excès de ma langueur. Je mets la main dessus mon cœur, Ne vous figurez pas cette action frivole. Accablé de chagrins, de tristesse et d'ennuis, Philis, je suis si bas que je perds la parole, Et vous faire encor signe est tout ce que je puis.
MADRIGAL
Pour la Marquise de ***.
Après avoir lu dans délie Qu'on n'est bien amoureux qu'une fois en sa vie, Je ne redoutois plus le pouvoir de vos lois. Comme j'ay fort aimé l'inconstante Sylvie, J'allois fort librement chez vous et vous parlois. Mais que j'eus grand tort de le croire! Depuis huit jours je m'aperçois Qu'un Roman n'est pas une Histoire.
MADRIGAL
La Dame de ce lieu n'a pas mauvaise grâce; Elle me fait toujours quelques petits présents, Me dit mille douceurs et me mène à la chasse. Des soupirs que je pousse et des maux que je sens Elle croit estre cause et s'accuse elle-mesme. En effet, elle est belle, elle a beaucoup d'appas; Mais malgré tout cela mon chagrin est extrême. Qu'une femme qu'on n'aime pas Console mal d'une qu'on aime!
xMADRIGAL
J'avois donc tant juré de ne l'aimer jamais, Si le choix d'un mary luy venoit d'elle-mesme ! Pour rompre en un moment les serments que j'ay faits, Elle s'est mariée, et cependant je l'aime. L'aimer ce seroit peu, je l'aime cent fois mieux, Sur son manque de foy je fondois l'espérance
D'estre capable d'inconstance :
Pour avoir veu tomber deux larmes de ses yeux, Faut-il que malgré moy, contre toute apparence, Les restes d'un brutal me soient si précieux!
MADRIGAL
Vos yeux, si brillants et si doux, Ne voyoient pas la lumière du monde Lorsqu'on fit ce sonnet; il n'est pas fait pour vous, Mais il peut convenir à la brune, à la blonde. Ce petit madrigal n'est fait que d'aujourd'huy, Vous le pouvez prendre, il est vostre : Croyez-moy, vous servir des louanges d'autruy, Ce seroit vous parer de la jupe d'une autre.
MADRIGAL
'omme vous estes glorieuse, 'Aussi suis-je un peu glorieux:
Je fais l'indifférent et je fuis vos beaux yeux, N'espérant plus jamais vous revoir amoureuse. Chez vous quelque soupir vous diroit nos ennuis : A nous montrer amants quand nous sommes haïs,
Il semble qu'il y va du nostre.
Sous ma fausse fierté je cache ma langueur, Mais, si vous pouviez voir jusqu'au fond de mon cœur Combien j'ay de regret d'avoir perdu le vostre, Vous verriez que mon mal n'est pas près de guérir, Et vous sçauriez qu'un feu qu'on a soin de couvrir Dure bien plus longtemps qu'un autre.
MADRIGAL
Vivons le plus que nous pourrons.
Pendant que nous vivons, trop aimable Sylvie t Vivre sans nous aimer, ce n'est pas une vie : Nous vivrons seulement quand nous nous aimerons. Tous les jours ce soleil vient mourir et renaistre, De neuf mois en neuf mois le Printemps vient paroistre, La rose en nos jardins tous les ans vient fleurir; Mais notre destinée est bien plus inhumaine : Ces yeux noirs et brillants, dont tu fais tant la vaine, Se fermeront un jour pour ne jamais s'ouvrir.
MADRIGAL
Ma mère, depuis quinze jours, A pris une maison pour loger aux faubourgs, Où nous aurons jardin, bel air et grand ombrage,
Espaliers, parterres, jasmins, Et mille rossignols de qui le doux ramage Adouciroit l'ennui des plus tristes humains. On y peut contenter et l'oreille et la veue,
Il n'est rien si beau que cela; Mais nous ne serons plus, Philis, en mesme rue. Ah ! le vilain logis que ma mère a pris là!
MADRIGAL
Pour M. de Bellièvrc, premier président.
i selon le mérite on donnoit récompense, ' Tous mes vœux seroient accomplis :
Vous seriez Chancelier de France,
Je serois aimé de Philis.
MADRIGAL
Hier je rencontray ma charmante Philis, Les yeux étincelants et la bouche allumée ; Elle avoit sur son teint cent roses contre un lys, Et de mille désirs paroissoit enflammée. Son mary, qui dormoit sur le pied de son lit,
Fit qu'à l'oreille elle me dit :
« Aujourd'hui je commence à sentir que je t'aime. — Hélas! depuis longtemps mon ardeur est extrême,
Luy répondis-je aussi tout bas.
Mais, si nous étions seuls, que feriez-vous, Madame ? n Elle, avec un regard languissant, plein d'appas,
Comme une femme qui se pâme, Me dit en soupirant : « Ah ! nous n'y sommes pas ! »
"^jôïversitas BIBUOTHECA
MADRIGAL
ON vous voit, jeune Iris, toujours sur meslouanges : Montreuil par-cy, Montreuil par-là, C'est le meilleur garçon, c'est cecy, c'est cela; Et puis, quand il vous vient des écorces d'oranges, Tous en ont plein leur poche et vous me laissez là. Vous n'avez point vostre pareille
!Pour me dire quelque douceur; Sur ce point vous faites merveille, Mais pour m'en donner... serviteur.
Autre.
\ Tous me repn V Que j'ay les
rochez de tout temps les yeux battus et d'une étrange sorte Si j'ay les yeux battus, Philis, que vous importe? Ah ! ce n'est pas à vos dépens !
MADRIGAL