‹ Poésies de m. de MontreuilChapitre 5 sur 32 · PREFACE VII · texte numérisé non relu

PREFACE VII

On ne saurait fixer absolument la date de la naissance de Mathieu de Montreuil. Les différentes biographies la placent à Paris en 1620; mais nous serions plutôt porté à croire, d'après quelques-unes de ses lettres, qu'il naquit en Bretagne vers la même époque. Son père, Bernardin, homme rigide et juste, tenait à honneur d'élever ses enfants avec des principes d'équité et de droiture; il s'appliquait, pour les diriger, à étudier leurs goûts, leurs aptitudes, leurs inclinations ; et, comme il crut apercevoir dans son fils Mathieu certaines tendances au travail et une nonchalance qui impliquait une vie douce, paisible et sans secousses, il le destina à l'Eglise et lui fit prendre , dès qu'il fut en âge, la tonsure et le petit collet. Montreuil fut donc abbé, mais abbé à la manière de Marigny, de Ménage et de tant d'autres écrivains. Il s'engagea, mais sans se lier, dans les ordres sacrés; il en porta l'habit et en toucha les bénéfices, rien de plus. Il fut abbé, pour tout dire, mais ne fut pas prêtre.

C'était un charmant abbé du reste : mondain, dameret, galant, coquet et épicurien; inconstant par nature , amoureux par tempérament et madrigalier

donne les ouvrages de son frère Mathieu. On ne connaît rien d'imprimé de J. de Montreuil. Le Père Lelong lui attribue un manuscrit conservé à la Bibliothèque sous le titre Négociations de M. de Montreuil en Angleterre, depuis l'an 1645 jusqu'en i65o. Un de ses frères, Pierre de Montreuil, pourrait bien, selon nous, y avoir collaboré.

Vil! PREFACE

par amour. Il changeait de séjour comme de maîtresse, et s'attardait aussi peu dans une ville que dans un cœur. C'était un homme-colifichet , comme on eût dit au siècle dernier; mais en même temps il avait une allure de mousquetaire empanaché, brave et hardi, portant crânement son épée, — car il était abbé d'épe'C, — et courant les aventures comme un Aramis. Son histoire est toute d'amour, comme celle d'une femme : c'est l'histoire d'un papillon papillonnant et bel esprit, qui ne meurt que pour renaître, mais qui meurt amoureusement, languissamment, avec mièvrerie, les yeux noyés de voluptés et voilés de désirs. Aimer et madrigaliser, voilà son unique préoccupation, sa seule ambition. La politique et les cabales le laissent froid et souriant. Sous la Fronde, il aime : c'est toute sa profession de foi ; il n'est ni pour le Roi des Halles, ni pour le Coadjuteur, ni pour Mazarin; il est contre les maris et pour leurs femmes. Que lui importe la guerre civile, à ce sublime égoïste ?

L'Amour ne reconnoît ni parents ni patrie. Je ne suis pas cruel , mais je suis amoureux. Qu'on pille dans les champs la maison de ma mère, Et que tous ses fermiers ne lui payent plus rien , Que m'importe cela? Philis, laissons-les faire : Pourvu que vous m'aimiez, je n'ay que trop de bien.

« Né avec un esprit amusant et un cœur assez porté

i . Montreuil nous fournit lui-même ce détail dans plusieurs de ses lettres.

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