‹ Poésies de m. de MontreuilChapitre 8 sur 32 · PREFACE XI · texte numérisé non relu

PREFACE XI

à vous donner franchement (de ne pas vous écrire) : c'est que j'ay envie de passer pour bel esprit et que j'ay ouydire que tous les beaux esprits sont paresseux. On dit que la voye qui mène au Temple de l'Honneur est fort rude. Si j'y pouvois arriver par ce petit escalier dérobé, il me semble que je ne serois pas trop dupe. Pour y parvenir, aux vaillants il coûte la vie; aux doctes, force veilles; à moy, il ne coûteroit que d'estre oisif, et il se trouveroit que je posséderois à bon marché cette rigoureuse maîtresse qui cause tant de travaux à sa multitude infinie de galants. Enfin , tous les chemins vont à Rome : c'est là celuy que je choisis pour parvenir à la gloire de ce monde. Plût à Dieu qu'avec aussi peu de peine vous puissiez gagner celle de l'autre! »

Notre sceptique abbé se tint parole : il fut toujours paresseux et sensuel. Les affaires de son cœur lui furent toujours plus chères que celles de son esprit, et il avoua avoir toute sa vie mieux écrit pour une femme qu'il aimait que pour un homme qu'il eût pu estimer. « La gloire ne me touche pas, écrit-il encore à son ami Ménage; j'aime mieux le repos, quoiqu'il soit obscur et qu'elle soit brillante. Le repos pourtant, c'est mal parler, car je ne suis pas oisif : je veux dire le plaisir. Je ne sçay d'où cela vient, je l'ay toujours aimé, et je ne voy pas d'apparence que je puisse me résoudre à le jamais haïr. Ce n'est pas qu'il ne m'ait joué de fort

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