‹ Poésies de Madame Desbordes-Valmore (volume 2)Chapitre 8 sur 86 · A MONSIEUR D · texte numérisé non relu

A MONSIEUR D

FLEUR du sol natal ! ô verdure sauvage !

Par quelle main cachée arrives-tu vers moi ?

moD pays! quelle ame aimante^ à ton rivage^

^ Je dois à cet ingénieux prés^t d'un compatriote une surprise dont le souvenir ne s'effacera jamais de mon cœur. A deux cents lieues de mon pays, je reçus un panier de fleurs cueiUies aux environs de DoaaL Ceux qui n'ont pas vu leur pays depuis l'enfance jugeront de Timpression que firent sur moi ces fleurs sauvages, traversant une longue route, soigneusement cachées dans une mousse fraîche qu'eUes ivaieat embamnée.

A. compris qu'une fleur me parlerait de toi ? Quel charme m'environne^ et quel dieu rompt ma cha La vie est libre encor... je )ui pardonne tout ! Sol natal ! sol natal ! dans ta suave haleine y Dans tes parfums ^ la vie a comme un autre goût. Voilà le souvenir au pénétrant silence; Sans philtre ; sans breuvage ^ il endort la douleur : Sur mes jours fatigués son aile se balance ^ C'est une halte du malheur.

Le voilà ce beau lac dont l'eau n'est point amère ; Ma nacelle dormeuse y flotte seule en paix !

Le voilà le doux chaume où m'enfanta ma mëre , Ou^ cachée au malheur , je ne pleuraj jamais ! Cette jeune Albertine, à nos foyers restée, Ce lilas embaumé que je croyais perdu, O fleur, sauvage fleur de ma rive enchantée, Transfuge de nos bois, tu m'as donc tout rendu !

Des arbres qui régnaient \e long de nos rivages Tu m'apportes le bruit... il rafraîchit mon sort: Une colombe y pleure ; et ces profonds ombrages^ Par toi , si puissamment me protègent encor , Que les vents balancent leur IBiîte , Roulant devant eux la tempête , L*éclair, l'ouragan , la terreur ^ £t laissent à mes pieds le calme et la fraîcheur.

Emporte-moi , souffle errant, doux génie y

Sur mon rempart tant chanté y tant aimé ;

Etque ma cendre un jour soit réunie

AThomble ten*e où mon cœur s'est formé !

Aui uns de For... à moi des fleurs suaves :

Oh ! dans les fleurs précipite mes pas !

J'en vois languir sur des rives esclaves^

Mais ma fierté ne s'en couronne pas.

Qu'il est frais , qu'il 'est doux l'air de l'indépendance

Au cœur épanoui sur un sol libre et pur !

G mon pays I ton nom j qui m'of&e un ciel d'azur ^ Rend à mes traits souffrans le rire de l'enfance. Nonmie encore mon pays^ rêve aux accens d'amour ; Jette sur mon sommeil les fleurs de ma vallée )

Que^ dans ce miroir consolée^ Je réchauffe ma vie au reflet d'un beau jour ! Sur l'invisible ami qui devina mon ame ^ Dieu ! versez les trésors qui germent dans vos mains ! Liez ses jours heureux à d'heureux lendemains, Et de soie et de fleurs formez leur longue trame I Que pour lui y pour lui seul^ l'amour soit sans regret! Ciel ! au nom de la fleur qu'il me jeta vermeille , Qu*un bonheur assidu chaque jour le réveille ^

Et lui confie un doux secret I

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