‹ Poésies de Madame Desbordes-Valmore (volume 2)Chapitre 9 sur 86 · A MES ENFANS · texte numérisé non relu

A MES ENFANS

vif nous allons encore essayer uu voyage, avril est né d'hier^ il vole au fond des bois : Doux avril! on entend partout sa jeune voix^ Partout ses doigts légers déroulent le feuillage. La nature s'habille^ il faut prendre l'essor : A Tombre de ma vie abritez votre sort^ Innocens pèlerins^ suivez ma destinée.

Dans la vôtre ^ que Dieu rende plus fortunée , Allez cueillir des jours libres et triomphans ^

Moi je béois les miens : vous êtes mes enfans ! Le mortel Je plus humble est fier de son ouvrage : Combien ce tendre orgueil m'a donné de courage ! Oh ! que de fois ^ sensible et vaine tour à tour y J'ai pensé qu'une reine envîrait ma fortune ! £t je plaignais la reine en sa. gloire importune : Elle est à plaindre ; elle a d'autres soins que l'amour.

Sur sou enfant qui dort ces grilles formidables j Ces gardes sans sonameil^ à l'œil toujours ouvert ^

Ces hommes habilles de fer^ Disent que les palais sont des lieux redoutables. Ses baisers maternels par jour lui sont comptés ^ Jamais sans des témoins son cœur ne se déploie ; Et tous ^e.'i mouvemens de tristesse ou- de joie Sous son manteau de reine expirent arrêtés.

Elle n'a que ses yeux pour répandre son ame y Pour caresser l'objet de ses pures douleurs;

Son enfant l'appelle : « Madame ! »

Et Dieu seul voit tomber ses pleurs.

Moi ; par le monde errante ^ et partout étrangère j A vos berceaux de mousse à la bâte formés y Seule y ardente à veiller mes amours tant aimés ^ J'ai trouvé l'heure agile et ma tâche légère. Et vous y enveloppés de pavots frais et purs, Vous laissez votre vie à ma garde attentive^ Vos doux jeux me rendent captive^ Vos rêves ne sont p&s moins sûrs.

Gonfians, vous dansez quand votre mère chante^ SoD baiser vous délasse et vous mène au sommeil , Sans prévoir que souvent la voix qui vous enchante Va prier dans les pleurs jusqu'à votre réveil. Ignorez-le toujours! toujours, s'il est possible, Puisez dans mes regards votre sécurité ; Us vous adouciront la triste vérité

Qui déchire le plus sensible !

Quand j'emportai vos jours loin d*un ciel sans chaleu Je vous couvais encore ^ ô ma jeuoa Ssunille;

Et je sentais naître ma fille Dans mon sein tout blessé des flèches du malhaur. Vous' partagiez déjà notre errant esclavage ^ Dociles émigrés ! faibles y tremblans et doux y

A peine éclos sur le rivage y Vos mobiles destins s'envolaient avec nous. Que ne peut-on fixer votre trace lég/ère^ Votre audace riante ^ à la crainte étrangère ! Âge heureux ! courts iastans des natures erreurs ! Inhabile aux soupçons , aux jalouses fureurs*'! Moi seule ^ en vous berçant d'amour^ de mélodie ; Je vous inoculai ma douce maladie.

Déjà vous bégayez d'imparfaites chansons y Et vos voix et vos cœurs vibrent de mes leçons.

De ce peu que je sais je vous instruis moi-même j Je vous aide à m'aim^r autant que je vous aime; Je vous aide à chercher les mots les plus touchant , Pour charmer votre père attendri de vod chants. I Je vous dis : « Aimez Dieu y car lui seul nous protège y Lui seul vous aime^ enfans^ comme si les grandeurs A vos fronts ingénus attachaient leurs splendeurs : Il prête sa lumière à notre humble cortège; £t, pour nous soutenir sur les bords du chemin ^ Devant nous il étend son invisible main. »

Doux échos de mon ame y écoutez votre mère :

Un jour vous serez seuls y par la sentence amère Qui sépare de force entre eux les voyageurs ; Ne craignez pas pour moi d'anathômes vengeurs ; Relisez ces tableaux d'une innocente vie; Purs et vrais comme vous ils désarmaient l'envie ; Alors devant Dieu seul mcttez-voqs à genoux,

Ënfans ! priez pour moi : j'ai tant prié pour vous ! Sur la route plus triste errez du moins ensemble ! Contemplez ce' nuage : hélas ! il nous ressemble^ Il va vite. En courant levez parfois les yeux : N'ayez peur ^ mies amis y je serai dans les cieux.

• Vous comprendrez alors ces vœux mélancoliques Où mon ame , n'osant tout haut se révéler Dans ses alarmes prophétiques , Vous plaignait sans vous en parler.

Car l'imprévoyante colombe , Qui librement passait dans l'air ^ Au trait parti comme l'éclair Tressaille, tourne, expire, tombe Aux pieds du tranquille chasseur ^ El nul ange, ici-bas, n'a vengé sa douceur I

Je frissonne. Ma fille ! ô soudaines alarmes!

Ainsi, qui lit trop loin ne voit plus que des larmes : Dieu! pardonnez-les moi; le temps doit m'en punir^. Quelle mère en secret ne vit dans l'avenir ?

Quelle mère n'a vu la saison des orages

Sur ses enians chéris balancer leurs nuages ?

Les pléUrs' silencieux attendent les plus doux^

Ussoufirent sans le dire^ ils meurent à genoux.

Mais quoi ! les plus hardis seront-ils moins à plaindre?

Que de pièges là-bas j et que d'écueils à craindre !

Que de mondo autour d'eux dans ces lointains sentiers y

Où leurs pas et leurs vœux se livrent tout entiers ?

Cédez ^ faibles roseaux^ ployez sous la tempête;

Aux souffles iuclcmens dérobez votre tête !

Cœurs d'anges y dont le ciel a semé les penchans y Cest donc aussi pour vous que je crains les méchans ! Quoi y l'amour malheureux ? quoi y l'amitié trahie ? L'abandon?... Non j je rêve et je suis éblouie : Non y ce rayon divin ^ qui brille en leurs regards y

Ne les appelle pa» à de tristes hasarda :

Non^ l'azur de tes f eu:^^ ô ma belle Hyacinthe^ Ne se voilera pas sous d'austères douleurs..... Mais dans tes jeunes mair^ tu m'apportes des fleurs : Va ! l'augure est heureux j tu n'as pas une absinthe I

U &ut partir. Ce toit qu'il. fut doux d'habiter^ Qui nous cquvrit l'hiver ^ il faut donc le quitter ! Toujours quelque lieu se rompra dans l'absence ! Je suis comme le lierre axraché malgré lui :

J'aimai si long?temps la présence

De ce que je quitte aujourd'hui !

Quoi ! toujours effleurer des rives orageuses? Quoi ! poursuivre sans cesse un fuyant horizon ? Qui n'a qui^lque pitié des brebis voyageuses Laissant à chaque baie un peu de leur toison ? Oh ! que de fils brisés dans ma tramQ affaiblie I Que d'adieux recelés dans le fond de mon coeur !

Déjà Je sais déjà coniment fuit le bonhètir ^

I Je ne aais pas comme oo Foublie!

Mon ame libre encor s'élance en d'autres lieux y

D'où me sépare une absence éternelle^

iothe I I ^^^^ l'oiseau blessé , qui n'étend plus qu'une aile Pour traverser les cieux !

is en rendant mes jours à ina tremblante étoile ^ Soit qu'un dur aquilon fasse frémir ma voilé , Soit que d'un ciel brûlant me consUme l'ardeur , J'aimerai des vallons là fraîche profondeur : Ma pensée en soupire, et le saule, et l'yeuse , £t près du clair ruisseau la paisible âleuse , licbois qui la vit naître et la verra mourir , Me rendront des tableaux^ iqu'il m'est doux de nourrir. Aux coteaux de Lormont ' j'avais légué ma cendre : Iiormont n'a pas voulu d'un fardeau si léger ; * Les coteaux de Lormont dominent le port de Bordeaux.

6o ÉLÉGIES.

Son ombre est dédaigneuse , au malheur étxaa^er ; Dans la barque iucertaiae il faut donc redescendre. Venez , chers Alcyons , pressez-vous sur mon cœur ; Jetez un tendre adieu vers la rive sonore :

Je le sens , quelque voeu nous y rappelle encore , Quelque regard nous suit, plein d'un trouble rêveur. Adieu... ma voix s'altère et tremble dans mes larmes ; Enfàns ! jetez vos voix sur l'aile des zéphyrs ; Dites que j'ai pleuré, dites que mes soupirs Retourneront souvent à ces bords pleins de charmes t Là, de quatre printemps j'ai respiré les âeurs. Ainsi partout des biens; ainsi partout des pleurs.'

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