LES LETTRES
ÉLAs ! que voulez-vous de moi , Lettres à'amour, plaintes mystérieuses?
Vous dont j'ai repoussé long-temps avec effroi
Les prières silencieuses.
Vous m'appelez... je réve^ et je cherche , en tremblant^ Sur mon cœur^ une clef, qui jamais ne s'égare : D'un éclair l'intervalle à présent nous sépare; Mais cet intervalle est brûlant !
Je n'ose respinerd tdst^} aana amertume ,
i84 ÉLÉGIES.
Au pa^sé; ma%ré moi ^ je me sens réunir :
Las d'oppresser mon sein^ Fennui qui me consume
Va m'attendre dans l'avenir.
Je cède^ prends sa place, ô déliraote joie I Laisse fuir la douleur, cache-moi l'horizon :
Elle t'abandonne sa proie ^
Je t'abandonne ma raison !
Oui , du bonheur vers mot l'ombre se précipite : De ce pupitre ouvert l'Amour s'échappe encor.
Où va mon ame?.. . elle me quitte ^ Plus prompte que ma vue, elle atteint son trésor ! Il est là !.. . toujours là , sous vos feuilles chéries ,
Frêles garans d'une éternelle ardeur ! .
Unique enchantement des tristes rêveries Où m'égare mon cœur !
De sa pensée échos fidèles /
De ses vœux discrets monumens , L'Amour, qui l'inspirait, a dépouilië seb ailes
ELEGIES. i85
Pour tracer vos tendres seFmens.
Soulagement d'un cœur^ et délices de l'autre , Ingénieux lapgâge et muet entretien I L'empire de. 1! absence est détruit par le y6ti*e ; Je vous lis^ mon regard est h%é sur le sien ! Ne renferme^Yous pas la promesse adorée Qufil n'ain^ra que moi.... qu'il aimera toujours?
Cette fleur qu'il a respire'e ,
Ce ruban qu'il porta deux jours...?
Gomme la volupté , que j'ai connue à peine , La fleur exhale encore un parfum ravissant ;
N'est-ce pas sa brûlante haleine ?
N'est-ce pas de son ame un souffle caressant ? Du ruban qu'il m'offrit que la couleur est belle !
Le ciel n'a pas un bleu plus pur^
Non , des cieux le voile d'azur
Ne me charmerait pas comme elle I
)â6 ÉLÉGIES.
Qu'aî-je lu?... Le voUà son étemel «dieu !
Je touchais au bonheur, il m'en a repoussée ; En appelant l'espoir, ma langue s'est glacée; Et jDa froide compagne est rentrée en ce lieu ! O constante douleur! sombre comme la haine,
Vous voilà de retour !
Prenez votre victime, et rendez-lui sa chaîne ; Moi , je vous rends un cœur eucor tremblant d'aï