‹ Poésies de Madame Desbordes-ValmoreChapitre 126 sur 138 · AUX PETITS ENFANTS · texte numérisé non relu

AUX PETITS ENFANTS

— l'i'fS(iiic (lit (jiK'lquc rliuse :

Votre maître esl si huii (|iril ne l'ait lieii sans cause.

— On ne peut jamais rire, et c'est bien mallieureux! Moi, quand je ne l'is pas, je suis tous las de vivre.

— Vous avez doiîc ri, Paul?

— Oui, mère, sous mon livi'e,

— Qui vous rendait si gai?

— Christojjlie. 11 est alïieux.

Christophe! Il a l'œil trouble el la t(Me tMiloneée.

Ses bras vont jusqu'à terre, et sa jambe est torsée Comme cela!

— C'est trisle.

— Oui, si je l'avais su :

iMais je n'avais jamais vu d'écolier bossu. J'ai cru que les bossus venaient tout vieux au monde. Comme Ésope à mon livre.

— Ésope l'ut enl'aul, Et sa mère pleura. Pitié douce et profonde!

La laideur s'embellit (piand ta voix la dél'end. L'homme ai)porte des maux dont rien ne le console !

— Mais (Christophe, ma mère, esl un rude gai'eon; Ce n'est qu'un paysan, le dei'uier dans l'école.

Et commi' ou riait troj) poui' suivre la leçon.

AIX PETITS EiNK.VNTS. 7,1

J'ai dit : Ésope! Ésoiic! on loganlant Clirisloi)he : Et j'ai fait le portrait du crociiii pliilosoidie : ■1 Vo\H?z! messieurs, voyez le divin animal! »

— El que disait Christophe?

— 11 détournait la vue; Il cachait dans ses mains sa rougeur imprévue. Et je crois qu'il pleurait.

— Tais-toi! tu me fais mal.

11 pleurait !... U railleurs, que vous êtes à craindre! Un être a donc souffert, et souffert sans se plaindre ! Tout ce ([ui pleure est beau. Je l'aime en ce moment; Oui, j'aime mieux Christophe et sa jambe tournée (Jue ta langue épineuse à blesser destinée;

Je l'embrasse de l'àme et je le vois charmant. Viens, que je te corrige. Écoute-moi : tu m'aimes?

— Uh oui I

— .Souvent nos dards rolomlient sur nous-méme; Uegarde-moi longtemps, et «pic ton avenir S'épure d'un amer et tendre souvenir :

Conmient me trouves-tu?

— Belle connue une mère.

U ma mère! vos traits ont la douceur du ciel.

La Vierge des enfants, que l'on prie à iNoël,

Est connue vous tendre et sévère :

Oui, vous lui resseuiblez. J y jiense en vous voyant. Et c'est vous (pie je vois, ma mér.-. en la priant!

ÔO

SriO MX PETITS EiMANTS.

A l'église une luis vous êtes appanio,

Et la foule indigente eu joie est aecouiue;

Vos habits étaient gais, vous étiez blanche ; et moi

Je disais : C'est, ma mère! et l'on disait : « Eh quoi!

C'est sa mèi'e! » Ah! maman! quel bonheur!

— Je t'éeoule Et je plains ton doux rêve; il me touche. 11 m'en coule D'attrister le miroir altacbé sur ton cœur, Où tu me trouves belle, où je me vois aimée Mais, regarde, et gémis d'être un entant mocpieiu' : Je suis laide.

— Ma mère ! . . .

— Enfant! je vous afflige!

Je vous ôte un iiandeau. Je suis laide, vous dis-je. In jour, un pelit l'aul aussi lira de moi. — Je le tuerai, ma mère! oli ! cpiand il serait roi. Dieu ! rire de ma mère !

— Kt l'enfant (pl'elle adore.

L'enfant (jue mui mallieui' lui l'end plus sien encori'. Penses-tu (pi'iinc méic, au fond de ses douleiu's. Ne se lèvera pas poui' rcvengci' ses pleurs ï Et toi, mon pauvi'c cnlant, lier de les folles armes, Lançant ton rire ingrat sur l'objet de ses larmes. Prends garde! si ta langue allait taire mourir? Dieu dit : u Tu soull'riras ce (jue lu fais soulfrir. )'

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