‹ Poésies de Madame Desbordes-ValmoreChapitre 92 sur 138 · REVELATION · texte numérisé non relu

REVELATION

Vois-tii, d'un cœur de rcmme il laul avoir pitié. Quelque chose d'çnl'aiit s'y mèlc à tous les âges; Quand elles diraient non, je dis oui. Les plus sages Ne peuvent sans transport se prendre d'amitié : Juge d'amour! Ce mot nous' rappelle nos mères, Le berceau balancé dans leurs douces prières, L'ange gardien qui veille et plane autour de nous. Qu'une petite lîlle écoute à deux genoux; Dieu, qui parle et se plait dans une âme ingénue, Que l'on a vu passeravec l'errante nue. Dont on buvait l'haleine au fond d-s jeunes fleurs. Qu'on regardait dans l'ombre et qui séchait nos pleur: Et le pardon qui vint, un jour de pénitence, Dans un baiser furtif redorer l'existence!

Ce suave lointain re[)ai'ait dans l'amour; Il redonne à nos yeux l'étonnement du jour; Sous ses deux ailes d'or qu'il abat sur noire àme. Des prismes mal éteints il rallume la flamme; Tout s'illumine encor de lumière et d'encens. Et le rire d'alors roule avec nos accents !

Des pompes de .Noël la native hainnuiie Verse encor sur l'hiver sa grâce indéfinie;

•Ha; iM, F. LRs i:t I'.vuvkes i-li:uiis.

La cloche bondissante, avec sa grande voix,

Fait vibrer dans les airs : JSoëU comme autrclois;

Et le ciel qui s'emplit d'accords et de louanges,

C'est le Salutaris et le souffle des ange ; !

El puis, comme une lampe aux rayons lilancs cl doux,

La lune, d'un feu pur inondant sa carrière,

Sendjle ouvrir sur le monde une immense paupière,

l'our chercher son Dieu jeune, égaré parmi nous.

(I Oh! qu'elle soit heureuse enlre toutes les femmes! » Dit une femme heureuse et choisie à son tour; « Oh! qu'elle règne aux cieux; j'ai mon ciel, j'ai l'amour Par lui, l'éternité sauve toutes nos âmes! »

La pitié fend la nue, et fait pleuvoir ses dons

Sur l'indigent qui court vers le divin baptême.

Regarde! son flambeau repousse l'analhème,

Et son manteau qui s'ouvre est chargé de i)ardons.

Noël! >'oël! L'enfant lève sa tète blonde,

Car il sait qu'à minuit les anges font la ronde.

Quel bonheur de t'attendre à travers ce bonheur.

Dis : d'atlirer ta vie à mon foyer rêveur!

Répands-y de tes yeux la lumière chérie ;

Viens! J'ai besoin d'entendre et de baiser la voix.

C'est avec ta voix que je prie^

C'est avec tes yeux que je vois!

Qiland l'orgue exhale aux cieux les soupirs de l'église, Ce qui se passe en moi, viens! que je te le dise; Viens! Et salut à toi, culte enfant, pur trésor! Par toi, la neige brûle et la nuit étincelle ; Par toi, la vie est riche; elle a chaud sous ton aile;

PI. En, s ET PAU VUES FI.EIIRS. 207

Le reste est pour le pauvre, et ce n'est qu'un peu d'or! Donnons! qu'il est facile et doux d'être prodigue, Quand on vit d'avenir, de prière, d'espoir, Quand le monde fait peur, quand la foule falinue, Quand le cœur n'a qu'un cri : — Te voir, te voir, te voir!

El, quand le silence Adore à son tour, La foi, qui s'élance, Aux cieux se balance, Et pleure d'amour !

Vivre! toujours vivre.

D'un feu sans remords ; Nous seuver et suivre Un Dieu qui se livre Pour tuer la mort :

Aimer ce que j'aime.

Une éternité, Et dans ton baptême, M'alireuver moi-même D'immortalité :

Quelle immense voie !

Que d'ans! que de jours? Viens, que je te voie; ■le tremble de joie :

Tu vivras toujours !

L'été, le monde ému frémit comme une fête; La terre en fleurs palpite et parfume sa létc;

26S rLElîRS ET TAUVIlES FLEURS.

Les cailloux plus rli'iaonts, loin d'offenser nos pas, IVous font un doux chemin. On vole, on dit tout bas : « Voyez! tout m'obéit, tout m'appartient, tout m'aime! Que j'ai bien fiùt de naître! et Dieu, car c'est Dieu même, Est-il assez clément de protéger mes jours. Sous* une image ardente à me suivre toujours ! »

Que de portraits de toi j'ai vus dans les nuages! Que j'ai dans tes bouquets respiré de présages? Que de fois j'ai senti, par un nœud doux et fort, Ton âme s'enlacer à l'entour de mon sort! Quand tu me couronnais d'une seconde vie. Que de fois sur ton sein je m'en allais ravie. Et reportée aux champs que mon père habitai!, Quand j'étais blonde et frêle, et que l'on me porlail! Que de fois dans tes yeux j'ai reconnu ma mère ! Oui! toute femme aimée a sa jeune chimère, Sois-en sûr; elle prie, elle chante : et c'est toi Qui gardais ces tableaux longtemps voilés pour moi. Oui ! si quelque musique en mon âme cachée Frappe sur mon sommeil et m'inspire d'amour, C'est pour ta douce image à ma vie attachée. Caressante chaleur sur mon sort épanchée, Comme sur un nuu' sombre un souriic du jour!

Mais, par un mot changé troubles-tu ma tendresse.

Oh ! de quel paradis tu fais tomber mon cœur !

D'une larme versée au fond de mon ivresse.

Si tu savais le poids, ému de ta rigueur,

Penché sur mon regard qui tremble et qui t'adore.

Comme on baise les pleurs dont l'enfant nous implore,

.\ ton plus faible enfant tu viendrais, et tout bas :

l'I.ElRS ET PAUVRES FLEURS. 200

« J'iii voulu t'êprouvcr, grâce! ne pleure pas! » Parle-moi doucement, sans voix; parle à mon âme; Le souffle appelle un souffle, et la flamme une flamme. Entre deux cœurs charmés il faut peu de discours. Comme à deux filets d'eau peu de bruit dans leur cours. Ils vont, aux vents d'été parfumant leur voyage; Altérés l'un de l'autre et contents de frémir. Ce n'est que de bonheur qu'on les entend gémir. Quand l'hiver les cimente et fixe leur image, Ils dorment suspendus sous le même pouvoir. Et si bien emmêlés, qu'ils ne font qu'un miroir.

On a si peu de temps à s'aimer sur la terre! Oh! qu'jl faut se hâter de dépenser son cœur! Grondé par le remords, prends garde! il est grondt-ur, L'un des deux, mon amour, pleurera solitaire. Parle-moi doucement, afin que dans la mort Tu scelles nos adieux d'un baiser sans remords, Et qu'en entrant aux cieux, toi calme, moi légère, Nous soyons reconnus pour amants de la terre; Oue si l'ombre d'un mot t'accusait devant moi, A Dieu, sans le tromper, je réponde pour toi : .( Il ma beaucoup aimée! il a bu de mes larmes; Son âme a regardé dans toutes mes douleurs; Il a dit qu'avec moi l'exil aurait des charmes, La prison du soleil, la vieillesse des fleurs! o

Et Dieu nous unira d'éternité ; prends garde : Fais-moi belle de joie! et quand je te regarde, Hegarde-moi. Jamais ne rencontre ma main. Sans la presser : cruel! on peut mourir demain. Songe donc! Crains -urtout (lu'i'u moi-nièinc rnlrrniée.

■i70 PLETRS ET I' A U V 1) E S ELEURS.

Ne me souvenant plus que Je fus trop aimée, Je ne dise, pauvre Ame, oublieuse des cieux, Pleurant sous mes deux mains et me cachant les yeux « Dans tous mes souvenirs je sens couler des larmes. Tout ce qui fit ma joie enfermait mes douleurs : Mes jeunes amitiés sont empreintes des charmes Et des parfums mourants qui survivent, aux fleurs. »

Je dis cela, jalouse; et je sens ma pensée Sortir en cris plaintifs de mon âme oppressée. Quand tu ne réponds pas, j'ai honte à tant d'amour. Je gronde mes sanglots, je m'évite à mon tour; Je m'en retourne à Dieu, je lui demande un père, Je lui montre mon cœur gonflé de ta colère, ^ Je lui dis, ce qu'il sait, que je suis son enfant, Que je veux espérer, et qu'on me le défend !

Ke me le défends \)\n>l laisse brûler ma vie. Si tu sais le doux mal où je suis asservie, Oh! ne me dis jamais qu'il faudra se guérir; (Ju'aimer use le cohu' et que tout doit mourir. Car tu me vois dans l'àme : approche, tu peux lire; Voilà notre secret : est-ce mal de le dire? Non ! rien ne meurt. Pieux d'amour ou d'amitié, Vois-tu, d'un cœur de femme il faut avoir pitié'

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