‹ Poésies de MalherbeChapitre 16 sur 45 · CONSOLATION A M. DU PERRIER · texte numérisé non relu

CONSOLATION A M. DU PERRIER

X A douleur, du Perrier , sera donc éternelle ?

Et les tristes discours Que te met en l'esprit l'ajuitic paternelle

L'augmenteront toujours?

Le malheur de ta fille au tombeau descendue

Par un commun trépas , Est-ce quelque dédale où ta raison perdue

Ne se retrouve pas?

Je sais de quels appas son enfance éloit pleine ,

Kt n'ai pas entrepris , Injurieux ami, de soulager ta peine

Avecque son mépris.

Mais elle étoit du monde, où les plus belles choses

Ont le j)ire destin ; Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,

L'espace d'un matiu.

Puis quand ainsi scroit que, selon ta prière.

Elle auroit obtenu D'avoir en cheveux blancs terminé sa carrière ,

Qu'en i'ùt-il avenu?

Penses-tu que plus vieille en la maison céleste Elle tût eu plus d'accueil,

STANCES. «3

Oi] qu'elle eût moins senti la poussière funeste Et les vers du cercueil ?

Non, non, mon du Perrier ; aussitôt que la Parque

Ote l'ame du corjJs , L'âge s'évanouit au-decà de la Larque ,

Et ne suit point les morts.

Titlion n'a plus les aus qui le firent cigale ;

Et Plutou aujourd'hui.

Sans égard du passé , les mérites égale

D'Arclieraore et de lui.

Ne te lasse donc plus d'inutiles conqilaintes :

Mais, sage à l'avenir , Aime une ombre comme omLre , et des cendres éteii: les

Eteins le souvenir.

C'est bien, je le confesse , une juste coutume

Que le cœur affligé. Par le canal des yeux vuidant son amertume ,

Cherclie d'être allégé.

Même quand il avient que la tombe sépare

Ce que nature a joint , Celai qui ne s'émeut a l'ame d'un barbare,

Ou n'en a du tout poiut.

Mais d'être inconsolable et dedans sa mémoire

Enfermer nu ennui , N'est-ce pas se haïr pour acquérir la gloire

De bien aimer autrui .*

Priam, qui vit ses fils abattus par Achille,

Dénué de support Et hors de fout espoir du salut de sa ville,

Becut du reconfort.

>4 LIYllE II.

I'"rancois, quand la Castille, ini-galc ù ses armos ,

Lui vola son Dauphin , Sembla d'un si grand coup devoir jeter des lannes

Qui n'eussent i^oint de liu.

Il les sécha pourtant , et , comme un autre Alcide,

Contre fortune instruit , Fit qu'à ses ennemis d'un acte si perlîde

La honte fut le fruit.

Leur camp , qui la Diiranoc avoit presque tarie

De bataillons é])ais , Entendant sa coustauce, eut peur de sa furie,

Et demanda la paix.

De moi déjà deux fois d'une pareille foudre

Je me suis vu perclus ; Et deux fois la raison m'a si bien fait résoudre,

Qu'il ne m'en souvient plus.

Non qu'il ne me soit grief que la terre possède

Ce qui lue fut si cher ; Mais en un accident qui n'a point de remède

Il n'eu faut jioint chercher.

La Mort a des rigueurs à nulle autre pareilles :

On a beiiu la prier ; La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles,

Et nous laisse crier.

Le pauvre en sa cabane , où le chaume le couvre ,

Est sujet à ses lois ; Et la garde qui veille aux barrières du Louvre

N'en défend point nos rois.

De murmurer contre elle et perdre patience

STANCES

Il est mal à propos ; Vouloir ce que Dieu veut est la seule science Qui nous met en repos.

STANCES

PPlOSOPOPÉE D'OSTENDE,

imitée du latin de Hugues Grotius.

JL R o I s ans déjà passés , théâtre de la guerre , J'exerce de deux chefs les funestes couibats, Et fais émerveiller tous les yeux de la terre De voir que le malheur ne m'ose mettre Las.

A la merci du ciel en ces rives je reste, Oii je souffre l'hiver froid à l'extrémité; Lorsque l'été revient , il m'apporte la peste. Et le glaive est le moins de ma calamité.

Tout ce dont la Fortune afflige cette vie Pèle-mclc assemblé , me presse tellement , Que c'est parmi les miens être digne d'envie Que de pouvoir mourir d'une mort seulement.

Que tardez-vous , Destins .•' Ceci n'est pas matière Qu'avecque tant de doute il faille décider ; Toute la question n*est que d'un cimetière : Prononcez librement qui le doit posséder.

STANCES

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