‹ Poésies de MalherbeChapitre 17 sur 45 · AUX OMBRES DE DAMON · texte numérisé non relu

AUX OMBRES DE DAMON

FRAGMENT

I j'orne comme autrefois nous reverroit encore , Ravis de ces |<enser,s que le vulgaire ignore, liigarer à l'écart nos pas et nos discours ;

Et couchés sur les fleurs, comme étoiles semées , Rendre en si doux ébat les heures cousiimées , Que les soleils nous seroicnt courts.

Mais, ô loi rigoureuse ;i la race des hommes .' C'est un point arrêté que tout ce que nous sommes, Issus de pères rois et de pères bergers, La Parque également sous la tombe nous serre ; Et les mieux établis au repos de la terre N'y sont qu'hôtes et passagers.

Tout ce que la grandeur a de. vains équipages, D'habilicmetils de pourpre , et de suite de pages, Quand le terme est écliu n'alonge point nos jours.

II faut aller tout nus où le destin commande; Et de toutes douleurs la douleur la plus grande.

C'est qu'il faut laisser nos amours ;

Amours qui, Li plupart infidèles et feintes, Eont gloire de manquer à nos cendres éteintes,

STANCES. 8

Et qui, plus que l'hqnneur estimant les plaisirs , Sous le masque trompeur de leurs visages blêmes , Acte digue du foudre ! en nos obsèques mêmes Conçoivent de nouveaux désirs.

Elles savent assez alléguer Artémise , Disputer du devoir et de la foi promise : Mais tout ce beau langage est de si peu d'effet , Qu'à peine en leur grand nombre une seule se treuve Dp qui la foi survive , et qui fasse la preuve Que ta Cariuice te fait.

Depuis que tu n'es plus, la campagne déserte A dessous deux bivcrs perdu sa robe vertje. Et deux fois le printemps l'a repeinte de fleurs. Sans que daurnn discours sa douleur se console , Et que ni la raison iji le temps qui s'envole Puisse faire tarir ses pleurs.

Le silence des nuits , l'horreur des cimetières , De son contentement sont les seules matières ; Tout ce qui plaît déplaît à son triste penser ; Et si tous ses appas sont encore en sa face, C'est que l'Amour y loge, et que rien qu'elle fasse N'est capable de l'en chasser.

Mais quoi ! c'est un chef-d'œuvre où tout mérite

abonde.

Un miracle du ciel, une perle du monde , Un esprit adorable à tous autres esprits ; Et nous sommes ingrats d'une telle aventure, Si nous ne confessons que jamais la nature N'a rien fait de semblable prix.

.l'ai vu maintes beautés à la cour adorées , Qui , (les voeux, des aiuauts à l'envi désirées, Aux plus audacieux ùtoient la liberté:

Mais de les approcber d'une cbose si rare, C'est vouloir que la rose au pavot se compare , Et le uuage à la clarté.

Celle à qui dans mes vers , sous le nom de Nérée , J'allois bâtir uu temple éternel eu durée , Si sa déloyauté ne l'avoit abattu , Lui peut bien ressembler du front, ou de la joue: Mais quoi! puisqu'à ma l'oute il faut que je l'avoue, Elle n'a rieu de sa vertu.

L'ame de cette inj.;rate est une ame de cire , Matière à tonte forme incapable d'ébre, ( '.bangeaut de passion aussitôt que d'objet ; Et de la vouloir vaincre aveeque des services, Après qu'on a tout fait , on trouve qtie .ses vices Sont de l'essence du sujet.

Souvent de tes conseils la prudence fidèle M'avoit sollicité de me séparer d'elle, V.t de m'assnjettir à de meilleures loi.") : Mais l'aiso de la voir avoit tant de puissance <>ue cet ombrage faux m'ôtoit la connoissauce Du vrai bien où tu m'apj)elois.

Enfin , après quatre ans, une juste colère

Que !o llux de ma |ieine a trouvé .son reflux: Mes .sens qu'elle avcugloit ont connu leur ()ffen.sr ; Je les en ai purgés, et leur ai fait défense De me la ramentcvoir plus.

La femme est une mer aux nnufr.nge.s fatale;

STANCES. Sy

Rien ne peut applanir son humeur inégale ; Ses flammes d'aujourd'hui seront glaces demain : Et s'il s'en rencontre une à qui cela n'avienne , Fais compte , cher esprit , qu'elle a , comme la tienne , Quelque chose de plus qu'humain.

STANCES

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