‹ Poésies de MalherbeChapitre 18 sur 45 · PARAPHRASE DU PSAUME YIII · texte numérisé non relu

PARAPHRASE DU PSAUME YIII

\J Sagesse éternelle , à qui cet univers Doit le nombre infini des miracles divers Qu'on voit également sur la terre et sur l'oude I

Mon Dieu , mon Créateur , Que ta magnificence étonne tout le monde .' Et que le ciel est bas au prix de ta hauteur !

Quelques blasphémateurs , oppresseurs d'innocents, A qui l'excès d'orgueil a fait perdre le sens, De profanes discours ta puissance rabaissent :

Mais ta naïveté Dont mêmes au berceau les enfants te confessent Clôt-elle pas la bouche à leur impiété ?

De moi, toutes les fois que j'arrête les yeux A voir les ornements dout tu pares les cienx , Tu me semblés si grand et nous si peu de chose ,

Que mon entendement Ne peut s imaginer cpielle amour te dispose A nous favoriser d'un regard eetilement.

11 n'est foiblesse égale à nos infirmités ;

(o LIVRE II.

Nos plus saj^cs discours ne sont que vanités,

Et nos sens cDrrompns n'ont pont qu'à des ordure» !

To-utcfois , ù l)on Dieu , Nous te sommes si cliers , qu'entre tes créatures , Si l'ange a le premier, l'homme n le second lieu.

Quelles marques d'honneur se peuvent ajouter

A ce comble do gloire oii tu l'as fait monter.''

Et, pour obtenir mieux, (juel souhait peut-il faire,

Lixi que, jusqu'au Ponent, Depuis où le soleil vient dessus l'iiéniisplierc , Ton absolu pou\'oir a fait son lieutenant .•• >

SitAt que le besoin excite son désir ,

Qu'est-ce qu'en ta laigesse il ne trouve à choisir.''

Et, par ton règlement , l'air, la mer, et la terre ,

N'eulretiennent-ils j)as Une secrète loi de se faire la guerre A qui do plas de mets fonrnira ses repas?

CiCrtcs je ne puis faire, en ce ravissement , Que rappeler mon nnie, et dire bassement : O Sagesse éternelle , en merveilles féconde !

Mou Dieu, mon Créateur, Que ta magnilîceueo élonno tout le monde! Et que le ciel est bas au prj-s. île ta hauteur.'

STANCES

pour les paladins de France, assaillauts daus un combat de barrière.

JLjh quoi donc! la France féconde En incomparables guerriers Aura jusques au bout du monde Planté des forêts de lauriers, El fait {^atçner à ses années Des batailles si renommées , Afia d'avoir cette douleur D'ouïr démentir ses victoires , Et nier ce que les histoires Ont publié de sa valeur ?

Tant de fois le Rhin et la Meuse , Par nos redoutables efforts, Auront vu leur onde écumeuse Regorger de saug et de morts ; Et tant de fois nos destinées Des Alpes et des Pvrénées Lcji sommets auront fait branler, Afin que je ne sais quels Scythes , lias de fortune et de mérites , Présument de nous égaler ?

Non, non : s'il est vrai que nous sommes Issus de ces nobles aïeux Que la voix commune des hommes A fait asseoir entre les Dieux ,

ga LIVRE II.

Ces arrogants , à lenr dommage , Appremlront nn autre langage.

Et , dans leur lionte ense> élis , Feront voir à toute la terre Qu'on est brisé comme du verre Quand on choque les fleurs de lis.

Henri , l'exemple des monarques Les plus vaillants et les meilleurs.

Plein de mérites et de marques Qui jamais ne furent ailleurs ; Bel astre vraiment adorable, De qui l'ascendant favorable En tous lieux nous sert de rempart, Si vous aimez votre louange, Desirez-vous pas qu'on la venge D'une injure où vous a%ez part?

Ces arrogants, qui se défient

De n'avoir pas de lustre assez.

Impudemment se glorifient

Aux fables des siècles passés ;

Et d'une audace ridicule

Nous content qu'ils sont fils d'Hercule,

Sans toutefois en faire foi :

Mais qu'importe-t-il qui puisse être

Ni leur père ni lenr ancêtre ,

Puisque vous êtes notre roi ?

Contre l'aventure funeste Que leur garde notre courroux Si quelque espérance leur reste , Cest d'obtenir grâce de vous , Et confesser que nos épées.

Si fortes et si bien trempées Qu'il faut leur céder ou mourir.

STANCES

Donneront à votre couronne Tout ce que le ciel euvhouue , Quand vous le voudrez acquérir.

STANCES

Prière pour le roi Heuri le Graud, allant eu Limoiiii.

lGo5.

VV Dieu, dont les bontés de nos larmes touchées Ont aux vaines fureurs les armes arrachées , Et rangé l'insolence aux pieds de la raison, Puisqu'à rien d'ini])arfait ta louange n'aspire, Achevé ton ouvrage au bien de cet empire. Et nous rends l'embonpoint comme la }.',uérison.

Nous sommes sous un roi si vaillant et si sage , Et qui si dignement a fait l'apprentissage De toutes les vertus propres à commander, Qu'il semble que cet heur uous impose silence. Et qu'assurés par lui do toute violence Nous n'avons plus sujet de te rien demander.

Certes quiconque a vu pleuvoir dessus nos têtes Les funestes éclats des plus grandes tempêtes Qu'excitèrent jamais deux contraires partis, Et n'en voit aujourd'hui nulle marque paroître, En ce miracle seul il peut assez conuoître Quelle force a la main qui nous a garantis.

Mais quoi ! de quelque soin qu'incessamment il veille,

Quelque gloire qu'il ait à nulle autre pareille ,

Et quelque excès daiuour qu'il porte à notre bien,

Comme échapperons-nous en des nuits si profondes, Parmi tant de rochers que lui cachent les ondes , Si ton entendement ne gouverne le sien ?

Un malheur inconnu glisse parmi les hommes, Qui les rend ennemis du repos où nous sommes: La plupart de leurs vœux tendent au changement; l'.t comme s'ils vivoiont des misères puhliques , Pour les renouveler ils font tant de pratiques, Que qui n'a point de peur n'a point de jugement.

En ce fâcheux état ce qui nous reconforte , C'est que la bonne cause est toujours la plus forte, Et qu'un bras si puissant t'ayant pour son appui , Quand la rébellion , plus qu'une hydre féconde, Auroit pour le combattre assemblé tout le monde. Tout le monde assemblé s'enfuiroit devant lui.

Conforme donc , Seigneur , ta grâce à nos pensées | Ote-nous ces objets cjui des choses passées Rainenent à nos yeux le triste souvenir ; Et comme sa valeur, maîtresse de l'orage, A nous donner la paix a montré son courage, l'ais luire sa prudence à nous l'entretenir.

Il n'a point son espoir au nombre des armées. Etant bien assuré que ces vaines fumées N'ajoutent que de l'ombre à nos obscurités. L'aide qu'il veut avoir , c'est que tu le conseilles; Si tu le fais, Seigneur, il fera des merveilles, Et vaincra nos souhaits par nos prospérités.

Les fuites des méchants tant soient-elles secrètes. Quand il les poursuivra , n'auront f)oint de cachettes , Aux lieux les plus profonds ils seront éclairés ; Il verra sans effet leur honte se produire ,

STANCES. t)5

Et rendra les desseius qu'ils feront pour lui nuire Aussitôt confondus comme délibérés.

La rigueur de ses lois , après tant de licence , lludoiinera le cœur à la foible innocence Que dedans la misère on faisoit envieillir. A ceux qui Toppressoient il ôtera l'audace ; Et , sans distinction de richesse ou de race , Tous de peur de la peine auront peur de faillir.

La terreur de son nom rendra nos villes fortes , On n'en gardera plus ni les murs ni les portes, Les veilles cesseront au sommet de nos tours ; Le fer mieux employé cultivera la terre ; Et le peuple qui tremble aux frayeurs de la gnerre, Si ce n'est pour danser, n'orra plus de tambours.

Loin des mœurs de son siècle il bannira les vices,

L'oisive nonchalance et les molles délices ,

Qui nous avoient portés jusqu'aux derniers hasards ;

Les vertus reviendront de palmes couronnées.

Et ses justes faveurs aux mérites données

Feront ressusciter l'excellence des arts.

La foi de ses aïeux , ton amour et ta crainte , Dont il porte dans l'ame une éternelle empreinte, D'actes de piété ne pourront l'assouvir; 11 étendra ta gloire autant que sa puissance ; Et n'ayant rien si cher que ton obéissance , Dix tu le fais régner il te fera servir.

Tu nous rendras alors nos douces destinées ; Nous ne reverrons plus ces fâcheuses années Qui pour les plus heureux n'ont produit que des

pleurs.

Toute sorte de biens comblera nos familles ,

(fCy LIVRE II.

La moisson tle nos champs lassera les faucilles,

Kt les fruits passeront la promesse des fleurs.

La fin de tant d'ennuis dont nous fûmes la pi'oic INous ravii-a les sens de merveille et de joie ; Et d'autant que le monde est ainsi composé Qu'une bonne fortune en craint une mauvaise , Ton pouvoir absolu , pour conserver notre aise. Conservera celui qui nous l'aura causé.

Quand un roi fainéant, la vergogne des princes , Laissant à ses flatteurs le soin de ses provinces , Kntre les voluptés indignement s'endort.

Quoique l'ou dissimule, on en fait peu d'estime; Et, si la vérité se peut dire sans crime. C'est avecque plaisir qu'on survit à sa mort.

Mais ce roi , des bons rois l'éternel exemplaire , Qui de notre salut est l'auge tutélaire. L'infaillible refuge et l'assuré secours, Son extrême douceur ayant doraté l'envie. De quels jours assez longs peut-il borner sa vie. Que notre affection ne les juge trop courts.''

Nous voyons les esprits nés à la tyrannie , Ennuyés de couver leur cruelle manie , Tourner tous leurs conseils à notre aflliction ; Et lisons clairement dedans leur conscience Que , s'ils tiennent la bride à leur impatience, INous n'en sommes tenus qu'à sa protection.

Qu'il vive donc, Seigneur, et qu'il nous fasse vivre.' Que de toutes ces peurs nos âmes il délivre, I-t, rendant l'univers de son heur étonné, Ajoute chaque jour quelque nom elle marque Au nom qu'il s'est acquis du plus rare monarque

STANCES. y.

Que ta bonté propice ait jamais couronné !

Cependant son Danpliin d'une vitesse prompte Des ans de sa jeunesse accomplira le compte ; Et, suivant de l'honneur les aimables appas , De faits si renommés ourdira son histoire. Que cenx qui dedans l'ombre éternellement noire Ignorent le soleil ne Tignoreront pas.

Par sa fatale main qui vengera nos pertes L'Espagne pleurera ses provinces désertes. Ses châteaux abattus et ses camps déconfits ; Et si de nos discords l'infâme vitupère A pu la dérober aux victoires du père. Nous la verrons captive aux triomphes du fils.

STANCES

aux dames, poiu- les demi-dieux miirins conduits par ?Jeptunc, dans le carrousel des quatre éléments, en mars 1G06.

\J qu'une sagesse profonde Aux aventures de ce monde Préside souverainement !

Et que l'audace est mal apprise De ceux qui font une entreprise Sans douter de l'événement .'

Le renom que chacun admire Du prince qui tient cet empire Nous avoit faits ambitieux De mériter sa bienveillance,

gS LIVRE II.

Et donner à notre vaillance Le témoignage de ses yeux.

Nos forces, par-tout reconnues, Faisoient monter jusques aux nues Les desseins de nos vanités; Et voici qu'avecque des charmes Un enfant qui n'a voit point d'armes Nous a ravi nos libertés.

Belles merveilles de la terre, Doux sujets de paix et de guerre , Pouvons-nous avecque raison Ne bénir pas les destinées Par qui nos âmes enchaînées Servent en si belle prison .''

L'aise nouveau de cette vie Nous ayant fait perdre l'envie De nous en retourner chez nous, Soit notre gloire ou notre honte, Neptune peut bien faire compte De nous laisser avecc^ue vous.

Nous savons quelle obéissanca Nous oblige notre naissance De porter à sa royauté ; Mais est-il ni crime ni blâme Dont vous ne dispensiez une ame Qui dépend de votre beauté?

Qu'il s'en aille à ses Néréides Dedans ses cavernes humide, Et vive misérablement Confiné parmi ses tempêtes ; Quant à nous, étant où vous êtes.

Nous '.ouïmes en noire é'émeuf.

ST AIN CES. 99

STANCES

ponr M. le duc de Bellegarde, à une femme qui s'ëtoit imaginée qu'il étoit amoureux d'elle.

X HiLis , qai me voit le teînt blême , Les sens ravis hors de moi-même, Et les yeux trempés tout le jour , Cherchant la cause de ma peine , Se figure , tant elle est vaine , Qu'elle m'a donné de l'amour.

Je suis marri que la colère Me porte jusqu'à lui déplaire ; Mais pourquoi ne m'est-il permis De lui dire qu'elle s'abuse, Puisqu'à ma honte elle s'accuse De ce qu'elle n'a point commis?

En quelle école nompareille Auroit-elle appris la merveille De si bien charmer ses appas , Que je pusse la trouver belle, Pâhr, languir, transir pour elle , Et ne m'en appercevoir pas ?

O qu'il me seroit désirable Que je ne fusse misérable Que pour être dans sa prison !

Mon mal ne m'étonneroit guère» ,

loo LIVRE II.

Et les herbes les plus vulgaires M'eu cloaneroient la guéiisou.

Mais, ô rigoureuse aventure !

Un chef-d'oeuvre de la nature Au lieu du monde le plus beau Tient ma liberté si bien close , Que le mieux que je m'en propose, C'est d'en sortir jiar le tombeau.

Pauvre Philis mal avisée, Cessez de servir de risée , Et souffrez que la vérité Vous témoigne votre ignorance, Afin que, perdant l'espérance.

Vous perdiez la témérité.

C'est du Glycere que procèdent Tous les ennuis qui me possèdent , Saus remède et sans réconfort.

Clycere fait mes destinées; Et, comme il lui plaît, mes années Sont ou près ou loin de la mort.

C'est bien un courage de glaee Ou la ])itlé n'a point de place.

Et que rien ne peut émouvoir; Mais quelque d<faut que j'v blâme , Je ne puis l'ôter de mon amc , Non plus que vous y recevoir.

pour la vicomtesse d'AucIiy.

J jA.issE-Moi , raison Imporlui'C ,

Cesse d'affliger mon repos ,

En me faisant mal-à-propos

Désespérer de ma fortune ;

Tu perds temps de me seconrir ,

Puisque je ne veux point gnérir. ,

Si l'amour en tout son empire , Au jugement des beaux esprits , Wa rien qui ne quitte le prix A celle pour qui je soupire , D'où vient que tu me veux ravir L'aise que j'ai de la servir?

A quelles roses ne fait honte De son teint la vive fraîcheur ?

Quelle neige a tant de blancheur Que sa gorge ne la surmonte?

Et quelle flamme luit aux cieux Claire et nette comme ses yeux ?

Soit que de ses douces merveille»

Sa parole enchante les sens , Soit que sa voix de ses accents '•'rappe les cœurs par hîs oreilles , A qui ne fait-elle avouer Qu'on ne la peut assez louer ?

Tcmt ce que d'elle on me peut dire , C'est que son trop chaste penser , lDi,'rat à me récompenser, Se moquera de mon martyre ; Supplice qui jamais ne faut Aux désirs qui volent trop haut.

Je l'accorde , il est véritahle ; Je devois bien moins désirer :

Mais mon humcnr est d'aspirer Oà la gloire est indubitable.

I,es danfjers me sont des appas :

Un bien sans mal ne me plaJt pas.

Je me rends donc sans résistance A la merci d'elle et du sort ; Aussi-bien par la seule mort Se doit /aire la jiéuitence D'avoir osé déliiiérer Si jo la devois adorer.

STANCES

sur réloigncmeut prochain de la comtesse de la llocliei ou de la vicomtesse d'Aucliy.

JLj F. dernier de me» jours est dessus l'horizon ; (.lelle dont mes ennuis avoieut leur puérison S'en va porter ailleurs ses appas et ses charmes. Je fais ce que je jniis, l'en pensant diverlir: JMais tout m'est inutile, et semble que mes larmes Fxciteiit sa rigucurà la faire jiarlir.

STANCES. io3

Beaux, yeux, à qui le ciel et mon consentement , Pour nie combler de gloire , ont donné justement Dessus mes volontés un empire suprême , Que ce coup m'est sensible ! et que tout à loisir Je vais bien éprouver qu'un déplaisir extrême Est toujours à la lin d'un extrême plaisir .'

Quel tragique succès ne dois-je redouter

Du funeste voyage où vous m'allez ôter

Pour un terme si long tant d'aimables délices,

Puisque, votre présence étant mon élément,

Je pense être aux enfers et souffrii- leurs supplices,

Lorsque je m'en sépare une heure seulement .'

Au moins si je voyois cette fiere beauté Préparant son départ cacher sa cruauté Dessous quelque tristesse ou feinte ou véritable ; L'espoir qui volontiers accompagne l'amoor. Soulageant ma langueur la rendroit supportable, Et me consoleroit jasques à son retour.

Mais quel aveuglement me le fait désirer ? Avec quelle raison me puis-je figurer Que cette ame de roche une grâce m'octroie, Et qu'ayant fait dessein de ruiner ma foi, Son humeur se dispose à vouloir que je croie Qu'elle a compassion de s'éloigner de moi?

Puis étant son mérite infini comme il est, Dois-je pas me résoudre à tout ce qui lui plaît , Quelques lois qu'elle fasse et quoi qu'il m'en avienne Sans faire cette injure à mon affection , D'appeler sa douleur au secours de la mienne , Et chercher mon repos ea poa affliction P

Non , non : qu'elle s'en aille à son contentement ,

io4 LIVRE II.

Ou dure, on pitoyable , il n'importe comment ; Je n'ai point d'autre vœu que ce qu'elle souhaite : Et quand de mes souhaits j e n'aurois jamais rien Le sort eu est jeté, l'entreprise en e.st faite, Je ne saurois brûler d'autre feu que le sien.

Je ne ressemble point à ces foibles esprits Qui, bientôt déhvrés comme ils sont bientôt pris En leur fidélité n'ont rien que du langage : Toute sorte d'objets les touche également: Quant à moi, je dispute avant que je m'engage; IVIais quand je l'ai promis,] 'aime éternellement.

STANCES

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