A MADAME LA PRINCESSE DE CONTI
pour M. le duc de Bellegarde.
-L/ UR K contrainte départir, A quoi je ne j)uis consentir, Et dont je ne m'ose défendre, Que ta rigueur a de pouvoir!
Et (|ue tu me fais bien apprendre Quel tyran c'est que le devoir !
J'aurai donc nommé ces beaux yeux Tant de fois mes rois et mes dieux.
Pour aujourd'iiui n'eu tenir compte, Et permettre qu'à l'avenir On leur impute cette honte De ne m'avoir su retenir '
STANCES
Ils auront donc ce déplaisir , Que je meure après un désir Oîi la vanité me convie ; Et qu'ayant juré si souvent D'être auprès d'eux toute ma vie , Mes serments s'en aillent au vent!
Vraiment je puis bien avouer Que j'aurois tort de me louer Par-dessus le reste des hommes -, Je n'ai point d'autre qualité Que celle du siècle où nous sommes , La fraude et l'infidélité.
Mais à quoi tendent ces discour.s , O beauté qui de mes amours Etes le port et le naufrage .'' Ce que jo dis contre ma foi, N'est-ce pas un vrai témoignage Que je suis déjà hors de moi;'
Votre esprit, de qui la beauté Dans la plus sombre obscurité Se fait une insensible voie , Ne vous laisse pas ignorer Que c'est le comble de ma joie Que riionneur de vous adorer.
Mais pourrois-je n'obéir pas Au destin, de qui le compas Marque ;\ chacun son aventure, Puisqu'en leur jiropre adversité Les Dieux, tout-puissants do iialuic, Cèdent à la nécessité ?
Pour le moins j'ai ce reconfort,
io6 LIVRE II.
Que les derniers traits de la mort •Sont peints en mon visnge blême, Et font voir assez clair à tous Que c'est ra'arracher à nioi-nième Que de me séparer de -vous.
Un lâche espoir de revenir
Tâche en vain de m'eutretenir :
Ce qu'il me propose m'irrite;
Et mes vœux n'auront point de lieu ,
Si par le trépas j e n'évite
La douleur de vous dire adieu.
de la Renommée au roi Henri le Grand, dans le ballet de la reine, dansé au mois de mars j6oq.
A. L E I N E de lanfjues et de voix , <) Roi, le miracle des rois, .le viens de voir toute la terre, Et publier en ses deux bouts Que pour la paix ni pour la guerre Il n'est rien de pareil à vous.
Par ce bruit je vous ai donné Un renom qui n'est terminé ]\i de lleuve ni de montagne; Et par lui j'ai l'ait désirer A la troupe que j'accompagne De vous voir et vous adorer.
Ce sont douze rares beautés^
STANCES. 107
Qui de si digues qualités Tirent un cœur à leur service, Que leur souliaiter plus d'appas, C'est vouloir avec injustice Ce que les cieux ne peuvent pas.
L'Orient, qui de leurs aïeux Sait les titres ambitieux , Donne à leur sang un avantage Qu'on ne leur peut faii-e quitter Sans être issu du parentage Ou de vous ou de Jupiter.
Tout ce qu'à façonner un corps Nature assemble de trésors Est en elles sans artifice ; Et la force de leurs esprits , D'où jamais n'approcbe le vice , Fait encore accroître leur prix.
Elles souffrent bien que l'Amour Par elles fasse chaque jour Nouvelle preuve de ces charmes ; Mais sitôt qu'il les veut toucher, Il reconuoît qu'il n'a point d'arme* Qu'elles ne fassent reboucher.
Loin des vaines impression»
De toutes folles passions La vertu leur apprend à vivre , Et dans la cour leur fait des lois Que Diane auroit peine à suivre Au plus grand silence des bois.
Une reine qui les conduit De tant de merveilles reluit ,
,oS I, IVR E II.
Que le soleil, qui tout surmonte, Quaufl même il est plus flamboyant, S"il étoit sensible à la honte , Se cacheroit en la voyant.
Aussi le temps a beau courir, .le la ferai toujours fleurir Au ranj:; des choses éternelles ; Et non moins que les immorlels , Tant que mon dos aura des ailes, Sou image aura des autels.
Orand Roi, faites-leur bon .Tccueil ; Louez leur magnanime orf;neil Que vous seul ayez fait plfiyable ; Kt vous acquérez saftement , ;V(în de me rendre croyable , La faveur de leur jugement.
.Tnsqu'iei vos faits glorieux Penvent avoir des envieux :
Mais quelles amcs si farouches Oseront douter de ma foi.
Quand on verra leurs belles bouches Les raconter avccque moi.-'
STANCES. 109
STANCES
pour Henri le Grand, sous le nom d'Alcandre , au sujet de l'absence de la princesse de Condé, sous le nom d'Oranthe.
±/oNc cette merveille des cieux.
Pour ce qu'elle est chère à mes yeux.
En sera toujours éloignée !
Et mon impatiente amour , Par tant de larmes témoignée, N'obtiendra jamais son retour .'
Mes vœux donc ne servent de rien .' Les Dieux , ennemis de mon bien , Ne veulent plus que je la voie !
Et semble que les rechercher De me permettre cette joie Les invite à me l'empccher !
O beauté , reine des beautés , Seule de qui les volontés Président à ma destinée , Pourquoi n'est comme la Toison Votre conquête abandonnée A l'effort de quelque Jasou?
Quels feux , quels dragons, quels lanrraux. Quelle horreur de monstres nouveaux , Et quelle puissance de charmes Garderoit que jusqu'aux enfers
Je n'allasse avecque mes armes Rompre vos chaînes et vos fers ?
N'ai-je pas le coeur aussi liant, Er pour oser tout ce qu'il faut Un aussi grand ilesirde gloire , Que j'avois lorsque je convri D'exploits d't'ternelle mémoire Les plaines d'Arqués et d'Ivry ?
Mais quoi î ces lois dont la rigueur Retient mes souhaits en langueur Régnent avec un tel empire.
Que, si le ciel ne les dissout ; Pour pouvoir ce que je désire , Ce n'est rien que de pouvoir lont.
.le ne veux point , en lîie flatlani , Croire que le sort inconstant De ces tempêtes me délivre ; Quelque espoir qui se puisse offrir , Il faut que je cesse de vivre.
Si je veux cesser de souffrir.
Arrière donc ces vains discours.
Qu'après les nuits viennent les jours, S'.t le re[>os après l'orage.
Autre sorte de reconfort iN(! me satisfait le courage , Que de me résoudre à la mort.
(?est là que de tout mon tonmient Se bornera le sentiment ; Ma foi seule , aussi pure et belle, Comme le sujet en est beau , Sera ma compagne éternelle, V.l me .suivra dans le loiul*»;*"-
STANCES
Ainsi (.l'une mourante voix Alcandre, au silence des bois , Témoi^oit ses vives atteintes ; Et son visage sans couleur Faisoit counoitre que ses pLiiutes Etoient moindres que sa douleur.
Oranthe , qui par les zé])hyrs lleçut les funestes soupirs D'une passion si fidèle.
Le cœur outré de même ennui, Jura que , s'il mouroit ])Our elle , Elle mourroit avecque lui.
STANCES
pour Alcaudrc , sur le même sujet que les précédentes.
V^UELQUE ennui donc qu'en celte absence
Avec une injuste licence
Le Destin me fasse endurer ,
Ma peine lui semble petite
Si chaque jour il ne l'irrite
D'un nouveau sujet de pleurer !
Paroles que permet la râpe A l'innocence qu'on outrafje , C'est aujourd'hui votre saison ; l''aites-vous ouïr en ma plainte :
.lamais l'ame n'est bien atteinte.
Quand ou parle avecque raison.
LIYRE II.
O fureurs dont même les Scythes N'nseroient j)as vers des mérites- Qui n'ont rien de pareil à soi !
Madame est captive ; et son crime C'est que je l'aime, et qu'on estime Qu'elle en fait de même de moi.
Roclier où mes inquiétudes Tiennent chercher les solitudes Pour blasphémer contre le sort, Quoiqu'insensiblcs aux tempêtes, .le suis plus rocher que vous n'êtes De le voir et n'être pas mort.
Assez de preuves à la guerre , D'un bout à l'autre de la terre , Ont fait paroître ma valeur ; Ici je renonce à la f;loire , Et ne veux point d'autre victoire Que de céder à ma douleur.
Quelquefois les Dieux pitoyables
Terminent des maux incroyables :
Mais, en un lieu que tant d'appas
Exposent à la jalousie,
Ne seroit-ce pas fréné.sie
De ne les en soupçonner pas ?
Qui ne sait combien de mortelles Les ont fait soupirer pour elles , Et, d'un conseil audacieux , En bergers , bêtes et satyres , Afin d'appaiser leurs martyres , Les ont fait descendre des cieux.'
Non , non ; si je veux un remède ,
STANCES. ir3
Cest de moi qu'il faut qu'il procède , Saus les importuner de rieu :
J'ai su faire la délivrance Du malheur de toute la France; Je la saurai faire du mien.
Hâtons donc ce fatal ouvrage; Trouvons le salut au naufrage ; El multiplions dans les Lois Les herbes dont les feuilles peintes Gardent les sanglantes empreintes De la fin tragique des rois.
Pour le moins , la haine et l'envie Ayant leur rigueur assouvie, Quand j'aurai clos mon dernier jour, Oranthe sera sans alarmes, Et mon trépas aura des larmes De quiconque aura de l'amour.
A ces mots tombant sur la place , Transi d'une mortelle glace, Alcandre cessa de parler ; La nuit assié{;;ea ses prunelles ; Et son ame , étendant les ailes , l'ut toute prête à s'envoler.
Que fais-tu ., monarque ador;djlc , Lui dit un démon favorable.'' En quels termes te réduis-tu ?
Veux-ta succomber à l'orage.
Et laisser perdre à ton courage Le nom qu'il a pour sa vertu .''
N'en doute point, quoi qu'il aviennc, La belle Oranthe sera tienne;
ii4 LIVRE II.
C'est chose qui ne peut faillir.
Le temps adoucira les choses , Et tous deux vous aurez des roses Plus que vous n'en sauriez cueillir.
STANCES
Alcandre plaint la captivité de sa maîtresse.
\)v E d'épines , Amour , accompagnent tes roses ! Que d'une aveugle erreur tu laisses toutes choses
A la merci du sort !
Qu'en tes prospérités à bon droit on soupire.' Et qu'il est mal-aisé de vivre en ton empire,
Sans désirer la mort .'
Je sers , je le confesse , une jeune merveille , En rares qualités à nulle autre pareille,
Seule semblable à soi ; Et, sans faire le vain, mon aventure est telle. Que de la même ardeur que je brûle pour elle
Elle brûle pour moi.
Mais parmi tout cet heur, 6 dure destinée.
Que de tragiques soins, comme oiseaux de Phinéo,
Seus-j e me dévorer î Et ce que je supporte avccque patience, Ai-je quelque eiiuemi , s'il n'est sans conscience ,
Qui le vît sans pleurer i"
La iiM-r a moins de vents qui ses vagues irritent Qu<' je n'ai de ])eusers qui tous me sollicitent
STANCES. iiS
D'an funeste dessein ; Je ne trouve la paix qu'à me faire la guerre ; Et si l'enfer est fable au centre de la terre ,
Il est vrai dans mon sein.
Depuis que le soleil est dessus l'hcraisphere ,
Qu'il monte ou qu'il descend , il ne me voit rien faire
Que plaindre et soupirer.
Des autres actions j'ai perdu la coutume ; Et ce qui s'offre à moi, s'il n'a de l'amertume
Je ne puis l'endurer.
Comme la nuit arrive, et que par le silence Qui fait des bruits du jour cesser la violence
L'esprit est relâché , Je vois de tons côtés sur la terre et sur l'onde Les pavots qu'elle semé assoupir tout le monde,
Et n'en suis point touché.
S'il m'avient quelquefois de clorre les paupières Aussitôt ma douleur en nouvelles manières
Fait de nouveaux efforts; Et de quelque souci qu'en veillant je me ronge , Il ne me trouble point comme le meilleur songe
Que je fais quand je dors.
Tantôt cette beauté , dont ma flamme est le crime M'apparoit à l'autel, où , comme une victime,
On la veut égorger.
Tantôt je me la vois d'un pirate ravie; Et tantôt la fortune abandonne sa vie
A quelque autre danger.
En ces extrémités la pauvrette s'écrie : Alcandre ,' mon Alcandre, ôte-moi, je te prie, Du malheur où je suis!
iifi LIVRE II.
La fureur me saisit, je mets la luaiu aux anucs : Mais son destiu m'arrête ; et lui tlouuer des larmes . C'est tout ce que je puis.
Voilà comme je vis , voilà ce que j'endure Pour une affection que je veux, qui me dure
Au-delà du trépas. Tout ce qui me la blâme offense mon oreille ; Et qui veut m'aflliger , il faut qu'il me cousejlle
De ne m'affliger jjas.
Ou me dit qu'à la Un toute chose se change ,
Kl qu'avecque le temps les beaux yeux de mou ange
Reviendront m'éclairer.
Mais voyant tous les jours ses chaînes se restreindre Désolé que je suis , que ne dois-j e point craindre ?
Ou que puis-je espérer:'
IN on, non , je veux mourir; la raison m'y convie; Aussi bien le sujet qui m'en donne l'envie
Ne peut être plus beau; Et le sort, qui détruit tout ce que je consulte , Me fait voir assez clair que jamais ce tumulte
N'aura paix qu'au tombeau.
Ainsi le giand Alcaudrc aux camj)agnes de Seine l'aisoit, loin de témoins, le récit de sa peine,
Et se fondoil en pleurs.
Le fleuve en fut ému , ses iNyn!})hcs se cachcrcnl , Et l'herbe du rivage où ses larmes tonehercut
Perdit toutes ses fleurs.
STANCES
STANCES
pour Alcandre, au retour d'Oranthe à Fontaiue-Bleau.
JLlevenez, mes plaisirs, ma dame est revenue ; Et les vœux que j'ai faits pour revoir ses beaux yeux, Rendant par mes soupirs ma douleur reconnue , Ont eu grâce des cienx.
Les voici de retour ces astres adorables O'a prend mon océan son flux et son reflux ; Soucis, retirez-vous ; cherchez les misérables ; Je ne vous connois plus.
Peut-on voir ce miracle où le soin de nature A semé comme fleurs tant d'aimables appas , Et ne confesser point qu'il n'est pire aventure Que de ne la voir pas.'
Certes l'autre soleil d'une erreur vagabonde Court inutilement par ses douze maisons ; C'est elle, et non pas loi , qui fait sentir an monde Le change des saisons.
Avecqae sa beauté toutes beautés arrivent ; Ces déserts sont jardins de l'un à l'autre bout ; Tant l'extrême pouvoir des grâces qui la suivent Les pénètre par-tout .'
Ces bois en ont repris leur verdure nouvelle ; L'orage en est cessé , l'air en est éclaiici ;
ii8 LIVRE II.
Et même ces canaux ont leur course plus bt-Ue , Depuis qu'elle est ici.
De moi , que les respects obligent au silence , J'ai beau me contrefaire et beau dissimuler; Les douceurs où je nage ont une violence Qui ne se peut celer.
Mais, ô rigueur du sort .' tandis que je m'arrête A chatouiller mon aiue en ce contentement , Je ue m'appercois pas que le destin m'apprête Un autre partement.
Arrière ces peusers que la crainte m'envoie ; Je ne sais que trop bien l'inconstance du Sort : Mais de m'Aler le goût d'une si chcre joie , C'est me donner la mort.
STANCES
composées en Bourgogne.
V^OMPLiCES do ma servitude , Peusers, où mon inquiétude Trouve son repos désiré , IVles fidèles amis et mes vrais secrétaires , INe m'abandonnez point en ces lieux solitaires; C'est pour l'amour de vous que j'y suis retiré.
Par-tout ailleurs je suis eu crainte ; Ma langue demeure contrainte; Si je jiarle , c'est à regret ;
STANCES. 119
Je pesé mes discours, je me Unuble el m'étonne, Tant j'ai peu d'assurance à la foi de personne : iVIais à vous je suis libre, et n'ai rien de secret.
Vous lisez bien en mon visage
Ce que je souffre en ce voyage
Dont le ciel m'a voulu punir ; Et savez bien aussi que je ne vous demande, F.taut loin de ma dame , une grâce p-lus grande Que d'aimer sa mémoire et m'en entretenir.
Dites-moi donc sans artifice, Quand je lui vouai mon service , l''aillis-je en mon élection ?
N'est-ce pas un objet digne d'avoir un temple , Et dont les qualités n'ont jamais eu d'exemple , tlomme il n'en fut jiimais de mon affection i'
Au retour des saisons nouvelles.
Choisissez les fleurs les plus belles De qui la campagne se peint; En trouverez-vous une où le soin de nature Ait avecque tant d'art employé sa peinture , Qu'elle soit comparable aux roses de son teint.'
Peut-on assez vaater l'ivoire De son front, où sont en leur gloire La douceur et la majesté :
Ses yeux, moins à des yeux qu'à des soleils semldables ; Et de ses beaux cheveux les nœuds inviolables. D'où n'échappa jamais rien qu'elle ait arrêté?
Ajoutez à tous ces miracles Sa bouche de qui les oracles Ont toujours de nouveaux trésors; Prenez garde à ses mœurs , considércz-la toute !
Ne m'avoùrez-vous pas que vous êtes en doute Ce qu'elle a plus parfait , ou l'esprit , ou le corps ?
Mon roi, par son rare mérite, A fait que la terre est petite Pour un nom si grand que le sien ; Mais si mes longs travaux faisoient cette conquête , Quelques fameux lauriers qui lui couvrent la tète , Il n'en auroit pas un qui fût égal au mien.
Aussi quoique l'on me propose
Que l'espérance m'en est close.
Et qu'on n'en j)eut rien obtenir;
Pulsqu'à si beau dessein mon désir me convie ,
Son extrême rigueur me coûtera la vie,
Ou mon extrême foi m'y fera parvenir.
Si les tigres les plus sauvages
Enfin apprivoisent leurs rages ,
Flattés par un doux traitement ;
Par la même raison jiourquoi u'est-il croyable
Qu'à la lin mes ennuis la rendroiit pitoyable ,
Pourvu que je la serve à sou contentement.''
Toute ma peur est que l'absence
Ne lui donne quelque licence
De tourner ailleurs ses appas; Et qu'étant, comme el!e est, d'uu sexe variable, Ma foi , qu'en me voyant elle avoit agréable , Ne lui soit contemptible en ne me voyant pas.
Amour a cela de Neptnne , Que toujours à quelque infortune Il se faut tenir préparé ; Ses infidèles flots ne sont point sans orages , Aux jours les plus sereins on y fait des naufrages , Et tucme dans le port on est mal assuré.
STANCES. 121
Peut-être qu'à cette même heni-e Que je languis, soupire et pleai'e.
De tristesse me consumant, Elle, qui u'a souci de moi ni de mes larmes, fcltale ses beautés , fait montte de ses charmes , Kt met en ses filets quelque nouvel amant.
Tout beau , pensers mélancoliques ,
Auteurs d'aventures tragiques ,
De quoi m'osez-vous discourir ?
Impudents boute-feux de noise et de querelle ,
Ne savez-vous pas bien que je brûle pour elle ,
Et que me la blâitier c'est me faire mourir?
Dites -moi qu'elle est sans reprocbe.
Que sa constance est une roche , Que rien n'est égal à sa foi.
Prêchez-moi ses vertus, contez-m'en des merveilles; C'est le seul entretien qui plaît à mes oreilles : Mais pour en diri; mal n'approchez point de moi.
STANCES
AU ROI HENRI LE GRAND
pour de petites Nymphes, menant l'Amour prisonnier.
i6io.
A. la fin tant d'amants, dont les âmes blessées
Languissent nuit et jour, Verront sur leur auteur leurs peines renversées , Et seront consolés aux dépens de l'Amour :
Ce public ennemi , cette peste du monde ,
Que l'erreur des humains Fait le maître absolu de la terre et de l'onde, §e trouve à la merci de nos petites mains.
Nous le vous amenons dépouillé de ses armes ,
O roi , l'astre des rois ; Quittez votre bonté , nioquoz-vous de ses larmes. Et lui faites sentir la rigueur de vos lois.
Commandez que sans grâce on lui fasse justice ;
II sera mal-aisé Que sa vaine éloquence ait assez d'artifice Pour démentir les faits dont il est accusé.
Jamais ses passions, par qui cbacun soupire.
Ne nous ont fait d'ennui ; Mais c'est un bruit commun que dans tout votre
empire H n"est point de malheur qui ne vienne de lui.
Mars , qui met sa louange à déserter la terre ,
Par des meur>res épais , N'a rien de si tragique aux fureurs de la guerre Comme ce déloyal aux douceurs de la paix.
Mais, sans qu'il soit besoin d'en parler davantage ,
Votre seule valeur , Qui de son impudence a ressenti l'outrage , Vous fournit-elle pas une juste douleur?
Ne mêlez rien de lâche à vos hautes pensées ;
Et par quelques appas Qr'il demande merci de ses fautes passées , Imitez son exemple à ne pardonner pas.
STANCES. 123
L'ombre de vos lauriers admirés de l'envie
Fait l'Europe trembler; Attachez bien ce monstre , ou le privez de vie , Vous n'aurez jamais rien qui vous puisse troubler.
STANCES
sur la mort de Hem-i le Grand, au nom du duc de Bellegarde.
i6io.
JCjNFiNrire du ciel et sa fatale envie. Dont j'avois repoussé tant d'injustes efforts. Ont détruit ma fortune , et , sans m'ôter la vie , M'ont mis entre les morts.
Henri, ce grand Henri, que les soins de nature Avoient fait un miracle aux yeux de l'univers, Comme un homme vulgaire est dans la sépulture A la n^erci des vers.
Belle ame, beau patron des célestes ouvrages,
Qui fus de mon espoir l'infailhble recours, "
Quelle nuit fut pareille aux funestes ombragea
Où tu laisses mes jours ?
C'est bien à tout le monde une commune plaie. Et le malheur que j'ai chacun l'estime sien : Mais en quel autre cœur est la douleur si vraie Comme elle est dans le mien ?
Ta fidèle compagne, aspirant à la gloire Que son affliction ne se puisse imiter ,
Seule de eet ennui me débat la victoire , Et me la fait quitter.
L'image de ses pleurs , dout la source féconde Jamais depuis ta mort ses vaisseaux n'a taris. C'est la Seine en fureur qui déborde son onde Sur les quais de Paris.
Nulle heure de beau temps ses orages n'essuie, Et sa grâce divine endure en ce tourment Ce qu'endure une fleur que la bise ou la ])luie Bat excessivement.
Quiconque approche d'elle a part à sou niartvre, Et par contagion prend sa triste couleur ; Car, pour la consoler, que lui sauroit-on dire En si juste douleur;'
Reviens la voir , grande ame : ôte-lm cette nue Dont la sombre épaisseur aveugle sa raison ; Et fais du même lieu d'où sa peine est venue Venir sa guérison.
lîien que tout reconfort lui soit une amertume Avec quelque douceur qu'il lui soit jirésenté, Elle prendra le tien, et, selon sa coutume, Suivra la volonté.
Quelque soir en sa chambre apparois devant rile, ]Non le sang à la bouche et le visage blanc. Comme tu demeuras sous l'atteinte mortelle Qui le jicrca le Uanc:
Viens-y tel que lu lus , quaud aux monts de Savoie Hymen en rob« d'or te la vint amener ; Ou tel qu'à Saint Dciiys, <'ntrc nos cris de joie, ïu la ils couronner.
STANCES. I
Après cet essai fait, s'il demeure inutile, Je ne couuois plus lieu qui la puisse toucher ; Et saQS doute la France aura comme Sipyle Quelque fameux roclier.
Pour moi, dout la foiblesse à l'orage succombe , Quaud mon heur abattu pourroit se redresser , J 'ai mis avecque toi mes desseins en la tombe ; Je les y veux laisser.
Quoi que pour ni'obliger fasse la destinée. Et quelque heureux succès qui me jiuisse arriver. Je n'attends mon repos qu'en l'heureuse journée Où je t'irai trouver.
Ainsi , de cette cour l'honneur et la merveille, Alcippe soupiroit, prêt à s'évanouir.
On l'auroit consolé ; mais il ferma l'oreille , De peur de rien ouir.
A LA REINE MARIE DE MÉDICIS
pendant sa régence.
V^B JKT divin des âmes et des veux.
Reine, le chef-d'œuvre des cieux, Quels doctes vers me feront avouer Digne de te loueri'
Les monts fameux des ^'ierges que je sers
Ont-ils lies fleurs en leurs déserts , Qui, s'efforçant d'embellir ta couleur, Ne ternissent la leur ?
Le Thermodon a vu seoir autrefois
Des reines au trône des rois :
Mais que vit-il par qui soit débattu Jje prix à ta vertu ;'
Certes nos lis , quoique bien cultivés ,
Ne s'étoient jamais élevés Au point heureux où les destins arais Sous ta main les ont mis.
A leur odeur l' Anglois se relâchant
Notre amitié va rechercliant ;
Et l'Espagnol , prodige merveilleux .'
Cesse d'être orgueilleux.
De tous côtés nous regorgeons de biens ;
Et qui voit l'aise où tu nous tiens De ce vieux siècle aux fables récité Voit la félicité.
Quelque discord murmurant bassement
Nous lit peur nu commencement :
Mais sans effet presque il s'évanouit Plutôt qu'on ue l'ouit.
Tu menaças l'orage paroissani, Et, tout soudain obéissant , 11 disparut comme Ilots courroucés Que Neptune a tancés.
Que puisses-tu , grand soleil de nos jours, Faire sans ilii le même cours,
STANCES
Le soin du ciel te gardant aussi-Lien Que nous garde le tien !
Puisses-tu voir sous le bras de ton fils Trébucher les murs de Menipbis, Et de Marseille au rivage de Tyr Son empire aboutir .'
Les vœux sont grands : mais avecque raison
Que ne peut l'ardente oraison .' Et, sans flatter, ne sers-tu pas les Dieux Assez pour avoir mieux ?
STANCES
chantées par les Sibylles, le premier jour des fêtes du camp de la Place royale, données les 5, 6 et 7 avril 1619., pour la publication des mariages arrêtés du roi Louis XIII avec l'infante d'Espagne Anne d'Autriche ; et de madame Elisabeth, sœur de ce roi, avec le prince, depuis roi d'Espagne, Philippe IV.
lA SIBVI,I.E PERSIQUE.
Pour la reine.
\JvE Bellcne et Mars se détachent.
Et de leurs cavernes arrachent Tons les vents des séditions ; La France est hors de leur furie , Tant cju'elle aura poiw alcvons L'heur et la vertu de Marie.