A M. LE PREMIER PRESIDENT DE VERDUN
pour le consoler de la mort de sa première femme.
^ACRÉ ministre de Thémis,
Verdun, en qui le ciel a mis
Une sagesse non commune.
Sera-ce pour jamais que ton cœur abattu
Laissera sous une infortune , Au mépris de ta gloire , accabler ta vertu ?
Toi de qui les avis prudents
En toute sorte d'accidents
Sont loués même de l'envie , Perdras-tu la raison jusqu'à te lîgurer
Que les morts reviennent en vie, Et qu'on leur rende l'ame à force de pleurer?
Tel qu'au soir on voit le soleil
Se jeter aux bras du sommeil,
Tel au matin ii sort de l'onde.
Les affaires de Tbomme ont un autre destin:
Après qu'il est parti du monde, La nuit qui lui survient u'a jamais de matin.
Jupiter, ami des mortels.
Ne rejette de ses autels Ni requcles ni sacrifices:
Il leciioit en ses bras ceux qu'il a menacés ;
STANCES. 147
Et qui s'est nettoyé de vices Ne lui fait point de vœux qui ne soient exaucés.
Neptune en la fureur des flots ,
Invoqué par les matelots,
Remet l'espoir en leurs courages ; Et ce pouvoir si grand dont il est renommé
N'est connu que par les naufrages Dont il a garanti ceux qui l'ont réclamé.
Plnton est seul entre les Dieux
Dénué d'oreilles et d'yeux
A quiconque le sollicite :
Il dérore sa proie aussitôt qu'il la prend ;
Et, quoi qu'on lise d'Hippolyte, Ce qu'une fois il tient, jamais il ne le nend.
S'il étoit vrai que la pitié
De voir un excès d'amitié
Lui fît faire ce qu'on désire.
Qui devolt le fléchir avec plus de couleur
Que ce fameux joueur de lyre Qui fut jusqu'aux enfers lui montrer sa douleur.»'
Cependant il eut beau chanter,
Beau crier , presser et flatter ,
Il s'en revint sans Eurydice; Et la vaine faveur dont il fut obligé
Fut une si noire malice, Qu'un absolu refus l'auroit moins affligé.
Mais quand tu pourrois obtenir Que la mort laissât revenir Celle dont tu pleures l'absence, La voudrois-tu remettre en un siècle effronté Qui , plein d'une extrême liccute ,
i48 LIVRE II.
Ne ferolt que troubler soa extrême bonté ?
Que voyons-nous que des Titans
De bras et de jambes luttants
Contre les pouvoirs légitimes; Infiimes rejetons de ces audacieux
Qui, dédaignant les petits crimes, Pour en faire un illustre attaquèrent les cienx ?
Quelle borreur de flamme et de fer
IN 'est éparse, comme en enfer.
Aux plus beaux lieux de cet empire?
Et les moins travaillés des injures du sort
Peuvent-ils pas justement dire Qu'un bomme dans la tombe est un navire an port?
Crois-moi, ton deuil a trop duré,
Tes plaintes ont trop murmuré ;
Cbasse l'ennui qui te possède, Sans l'irriter en vain contre une adversité
Que tu sais bien qui n'a remède Autre que d'obéir à la nécessité.
Rends à ton ame le repos
Qu'elle s'ôte mal-à-propos
Jusqu'à te dégoûter de vivre ; Et si tu n'as l'amour que cb,Tcun a pour soi,
Aime ton prince et le délivre Du regret qu'il aura s'il est privé de toi.
Quelque jour ce jeune lion
Choquera la rébellion ,
En sorte qu'il en sera maître:
rilais quiconque voit clair ne conno!t-il pas bien
Que, pour l'empccber de renaître , Il faut que ton labeur accompagne le sien?
La lusticc , le glaive en main ,
Est un ponvoir autre qu'humain
Contre les révoltes civiles :
Elle seule l'ait rordre-, et les sceptres des rois
N'oTit que des pompes inutiles , S'ils ne sont appuyés de 'a force des lois.
STANCES
pour M. le comte de Soissons, à qui l'on faisoit espérer qu'il époHscroit madame Henriette Marie de France, depuis reine d'Angleterre.
xM E délibérons plus , allons droit à la mort ; La tristesse m'appelle à ce dernier effort ,
Et l'honneur m'y convie :
.le n'ai que trop gémi.
Si parmi tant d'ennuis j'aime encore ma vie,
.1 e suis mon enuemi .
O beaux yeux, beaux objets de gloire et de grandeur, Yive source de flamme où j'ai pris une ardeur
Qui toute autre surmonte , '
Puis-je souffrir assez Pour expier le crime et réparer la honte
De vous avoir laissés i'
Quelqu'un dira pour moi que je fais mon devoir, Et que les volontés d'un absolu pouvoir . Sont de justes contraintes :
Mais à quelle autre loi
i5o LIVRE II.
Doit un parfait amant des respects et des craintes , Qu'à celle de sa foi?
Quand le ciel offriroit à mes jeunes désirs
Les plus rares trésors et les plus grands plaisirs
Dont sa ricliesse abonde ,
Que saurois-je espérer A quoi votre présence , o merveille du monde,
Ne soit à préférer ?
On parle de l'enfer et des maux éternels Baillés en châtiment à ces grands criminels Dont les fables sont pleines :
Mais ce qu'ils souffrent tous, Le souffré-je pas seul en la moindre des peines D'être éloigné de vous ?
J'ai beau par la raison exhorter mon amour De vouloir réserver à l'aise du retour
Quelques restes de larmes ;
Misérable qu'il est !
Contenter sa douleur et lui donner des armes.
C'est tout ce qui lui plaît.
Non, non; laissoTis-nous vaincre après lant de
combats ; Allons épouvanter les ombres de 3à-Las
De mon visage blême;
Et, sans nous consoler. Mettons fin à des jours que la Parque elle-même
A pitié de filer.
.le cf)iinois Charigene, et n'ose désirer Qu'elle ait un sentiment qui la fasse pleurer
Dessns ma sépulUire ;
Mais, cela m'arrivant,
STANCES. i5i
Quelle seroit ma gloire ! et pour quelle aventure Voudrois-je être vivant?
STANCES
pour une mascarade.
V>4EUX-ci, de qui vos yeux admirent la venue. Pour un fameux honneur qu'ils brûlent d'acquérir, Partis des bords lointains d'une terre inconnue , S'en vont au gré d'Amour tout le monde courir. Ce grand démon qui se déplaît D'être profané comme il est , Par eux veut repurger son temple ; Et croit qu'ils auront ce pouvoir Que ce qu'on ne fait par devoir On le fera par leur exemple.
Ce ne sont point esprits qu'rme vague licence Porte inconsidérés à leurs contentements ; L'or de cet âge vieil où régnoit l'innocence N'est pas moins en leurs mœurs qu'en leurs accoutrements.
La foi , l'honneur et la raison , Gardent la clef de leur prison ; Penser au change leur est crime , Leurs paroles n'ont point de fard; Et faire les choses sans art Est l'art dont ils fout plus d'estime.
Composez-vous sur eux , âmes belles et hautes , Retirez votre humeur de l'inlldélité ; Lassez-vous d'abuser les jeunesses peu cautes, Et de vous prévaloir de leur crédulité.
iSi LIVRE II.
N'ayez jamais impression Que d'uue seule jjnssion , A quoi que l'espoir >oiis convie.
Bien aimer soit votre vrai bien; !Ù , bien aimés, n'estimez rien •Si doux qu'une si douce vie.
On tient que ce plaisir est fertile de peines. Et qu'un mauvais succès l'accompagne souvent; Mais n'est-ce pas la loi des fortunes humaines Qu'elles n'ont point de havre à l'abi'i de tout vent? Puis cela n'avient qu'aux amours Où les désirs , comme vautours Se paissent de sales rapines ; Ce qui les forme les détruit • Celles f[ue la vertu produit Sont roses qui n'ont point d'épines.
STANCES
\J II o I donc ! ma lâcheté sera si criminelle ;
Et les voMix (jue j'ai faits |)ourront si j)eu sur moi,
Que je quitte ma dame, cl déiiieritc la foi
Dont je lui promettois une amour éternelle?
Que ferons-nous, mon cœur? Avec quelle science "Vaincrons-nous les malheurs qui nous sont préparés? C'ourrons-nons le hasard comme désespérés? Ou nous lésoudrons-nous à prendre patience?
Non , non ; quelques assauts que me donne l'envie, Et quelques vains respects qu'allègue mon devoir,
STANCES. i53
Je ne céderai point, que du même pouvoir Dont on m'ôte ma dame on ne m'ôte la vie.
Mais où va ma fureur? quelle erreur me transporte, De vouloir en géant aux astres commander ? Al-je perdu l'esprit, de me persuader Que la nécessité ne soit pas la plus forte ?
Achille, à qui la Grèce a donné cette marque D'avoir eu le courage aussi haut que les cieux. Fut en la même peine, et ne put faire mieux Que soupirer neuf ans dans le fond d'une harque.
Je veux, du même esprit que ce miracle d'armes ,
Chercher en quelque part un séjour écarté
Où ma douleur et moi soyons en liberté.
Sans que rien qui m'approche interrompe mes larmes.
Bien sera-ce à Jamais renoncer à la joie D'être sans la beauté dont l'objet m"est si doux : Mais qui m'empêchera qu'en dépit des jaloux Avecque le penser mon ame ne la voie i'
Le temps qui toujours vole , et sous qui tout succombe. Fléchira cependant l'injustice du sort.
Ou d'un pas insensible avancera la mort Qui bornera ma peine au repos de la tombe.
La fortune en tous lieux à l'homme est daugereuse; Quelque chemin qu'il tienne , il tronve des combats : Mais, des conditions où l'on vit ici-bas , Certes celle d'aimer est la nlus malheureuse.
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PARAPHRASE d'uNE PARTIE DU PSAUME CXLV.
LM 'espérons plus,inon ame,aux promesses du monde; Sa lumière est un verre, et sa faveur une onde Que toujours quelque vent empêche de calmer. Quittons ces vanités , lassons-nous de les suivre :
C'est Dieu qui nous fait vivre,
C'est Dieu qu'il faut aimer.
En vain, pour satisfaire à nos làcbes envies , Nous passons près des rois tout le temps de nos vies A souffrir des mépris et ployer les genoux : Ce qu'ils peuvent n'est rien ; ils sont, comme nous sommes ,
Véritablement hommes ,
Et meurent comme nous.
Ont-lis rendu l'esprit, ce n'est plus que poussière
Que cette majesté si pompeuse et si liere
Dont l'éclat orgueilleux ctonnoit l'univers;
Et, dans ces grands tombeaux où leurs âmes hautaines
l'"ont encore les vaines ,
Ils sont mangés des vers.
Là se perdent ces noms de maîtres de la terre , D'arbitres de la paix , de foudres de la guerre ; Comme ils n'ont plus de sceptre, ils n'ont plus de
flatteurs; Et tombent avec eux d'une cbi'ue commune
Tous ceux que leur fortune
Faisoit leurs serviteurs.
FIN DU IiIVRE SECOND.