‹ Poésies de MalherbeChapitre 35 sur 45 · A M. DU MAINE · texte numérisé non relu

A M. DU MAINE

sur ses OEuvres spirituelles.

JL XI me ravis , du Maine ., il faut que je l'avoue ; Et tes sacrés discours me charment tellement. Que le monde aujourd'hui ne m'étant plus que boue, Je me tiens profané d'en parler seulement.

Je renonce à l'amour, je quitte son empire, Et ue veux jioint d'excuse à mon impiété. Si la beauté des cieux n'est l'unique beauté Dont on m'orra jamais les merveilles écrire.

Caliste se plaindra de voir si peu durer

La forte passion qui me faisoit jurer

Qu'elle auroit en mes vers une jloire éternelle :

Mais si mon jugement n'est point hors de son lieu , Dois-je estimer l'ennui de me séparer d'elle Autant que le plaisir de me donner à Dieu .•'

SONNETS. i85

A LA REINK MARIE DE MÉDICIS

pour M. de la Ceppede, premier président de la chambre des comptes de Provence, au sujet de ses Tliéorimes spirituels sur la vie et la passion de Notre Seigueur, etc.

J 'estime la Ceppede, et l'honore, et l'admire, Comme un des ornements des premiers de nos jours : Mais qu'à sa plume seule ou doive ce discours , Clertes sans le flatter je n'oserois le dire.

L'esprit du Tout-Puissant , qui ses grâces inspire A celui qui sans feinte en attend le secours , Pour élever notre ame aux célestes amours Sur un si beau sujet l'a fait si bien écrire.

Reine, l'heur de la France et de tout l'univers , Qui voyez chaque jour tant d'hommages diverjj^ Que présente la muse aux pieds de votre imagi?';

Rien que vorre bonté leur soit propice à tous , Ou je n'y coanois rien, ou, devant cet ouvrage, Yous n'en vîtes jamais qui fût digne de vous.

iQ.

r86 LIVRE IV.

Epitapbe de la femme de M. Puget , qui fut dans la suite évêque de Marseille.

( Le mari parle. )

VIELLE qu'avoit Hymen à mon cœnr attachée, Et qui fut ici-bas ce que j 'aimois le mieux , Allant changer la terre à de plus dignes lieux. Au marbre que tu vois sa dépouille a cachée.

Comme tombe une fleur que la bise a séchée , Ainsi fut abattu ce chef-d'œuvre des cieux ; Et, depuis le trépas qui lui ferma les yeux, L'eau que versent les miens n'est jamais étanehée.

Ni prières ni vœux ne m'y purent servir ; La rigueur de la mort se voulut assouvir. Et mon affection n'en put avoir dispense.

Toi doat la piété vient sa tombe honorer , Pleure mon infortune ; et, pour ta récompense , Jamais autre douleur ne te fasse pleurer.'

EPIGRAMME

Au uom Je M. Puget, pour servir de dédicace à rtpit,ii)Ii« précédeute.

iGl/,.

If r. 1. 1. E A M E (jui fus mon flambeau , Bccois rhoiimur qu'en ce tombeau

Je suis obligé de te rendre.

Ce que je fais te sert de peu ,

Mais au moins tu vois en la cendre t

Comme j'en conserve le feu.

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