‹ Poesies de Millevoye Avec une noticeChapitre 27 sur 118 · LA JEUNE ÉPOUSE · texte numérisé non relu

LA JEUNE ÉPOUSE

Vierges filles des mers , jeunes Océanides ,

Écartez le soleil de vos grottes humides.

Les sons de la cithare au bruit des coupes d’or S’unissent ; et déjà la fille d’EIphedor,

Nais , vierge au frout pur, de roses couronnée ,

Rêveuse s’est assise au banquet d’hyménée.

Toutefois par moment, son regard inquiet Mesurait le déclin du jour qui s’enfuyait.

« La nuit vient , disait-elle , et bientôt voici l’heure Où doit s’ouvrir pour moi la nouvelle demeure.

Doux seuil ! toit paternel ! tleurs qu’arrosait ma main ! Mes yeux, sans vous trouver, vous chercheront demain. Mon père , et vous, mes sœurs , à qui je fus si chère !

II faut nous séparer.... O ma mère , ma inère ! L’inexorable hymen va m’imposer sa loi ,

Le baiser du réveil ne sera plus pour loi. «

Dans l’épaisseur des bois, s’ouvrait l’enceinte agreste Où jadis la Pudeur eut son autel modeste :

Un sentier peu connu , de mousse recouvert.

Conduisait au parvis de ce temple désert.

Là , tandis que Vesper cache encor son étoile ,

La virginale épouse , abandonnant le voile Dont le prêtre d’hymen a paré ses cheveux ,

Vient à l’humble déesse offrir ses derniers vœux.

Les yeux baissés , au temple elle arrive en silence; La lige d'un beau lis dans sa main se balance.

Sur l’autel , d’un lait pur elle épanche les Ilots ,

Se prosterne , et sa voix laisse échapper ces mots :

« Sainte Pudeur, accepte une dernière offrande.

Tu ne me verras plus enlacer la guirlande, Couronner tes autels de bandeaux et de fleurs;

Je ne puis désormais te donner que des pleurs. »

Arrosant de ses pleurs le beau lis qu’elle effeuille , La fille d’Elphédor un moment se recueille , Imprime sur l’autel un baiser triste et doux ,

Et lentement retourne au banquet de l’époux.

L’époux distrait, cherchant son épouse charmante , Oubliait et la fêle et la coupe écumantc.

Il voit Nais , et, l’œil étincelant d’amour,

Accuse de lenteur le char brillant du jour.

C’en est fait : dérobée aux larmes de sa mère , Nais... 0 chaste Nuit ! redouble ton mystère.

Tout est calme autour d’eux ; tout dort; on n’entend Que les soupirs mourants et les vagues refus.

Sainte Pudeur 1 adieu : de ton culte jalouse ,

Vénus, Vénus triomphe, et la vierge est épouse,

El l’époux enflammé tremble que le soleil Ne remonte avant l’heure à l'horizon vermeil.

Vierges filles des mers, jeunes Océanides,

Retenez le soleil en vos grottes humides.

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