LE PHÉNIX
Sous les pas du chameau les sables de Libye .
En poudreux tourbillons s’élèvent jusqu’au ciel :
Les peuples sont venus; car l’oiseau d’Arabie S’élance, après dix jours, du tombeau paternel.
Avant que le soleil , vaste flambeau du monde,
Atteigne; plus ardent, son zénith enflammé,
Le beau Phénix, éclos de la cendre féconde,
Ira porter son père au bûcher parfumé.
Le temple du Soleil découvre son portique ;
Et l’Arabe en ces mots commence le cantique :
n Phénix , amour du ciel , écoute nos accents ;
Phénix , amour du ciel , porte-lui notre encens.
» Apparais, noble oiseau , père et fils de toi-même! Monlre-nous de ton front l’étoilé diadème,
Ton cou doré , ton bec d’émeraude et d’azur,
Ton aile où , diaprant l’albâtre le plus pur,
Le brillant incarnat nuance ton plumage,
De la pourpre d’Auir éblouissante image.
84 CHANTS ÉLÉGIAQUES
Que le rapide éclair s’échappe de les yeux ;
Qu’il brille, ce regard qui , des champs du tonnerre , Traverse en un instant l'immensité des cieux,
Et voit ramper l’insecte aux bornes de la terre.
» Phénix, amour du ciel, écoule nos accents;
Phénix , amour du ciel, porte-lui notre encens.
» De tes ans merveilleux l’étonnant témoignage Par la voix des vieillards fut transmis d’âge en âge. Cinq fois l’astre pompeux qui dispense le jour De ta centième année éclaira le retour :
Beau Phénix! ahl dis-nous quel jour te vit éclore. Es-tu né d’un rayon de la vermeille Aurore?
Des dieux le souille pur a-t-il , du haut des airs , Semé ton germe heureux au sein de nos déserts ;
Ou , quand régnaient au loin les ténèbres protondes , Iteposais-tu déjà dans le berceau des mondes?
» Phénix, amour du ciel, écoute nos accents; Phénix, amour du ciel, porte-lui notre encens.
» Depuis l’heure où ton vol tranquille et solitaire Se balance au milieu des globes éclatants ,
Oh! combien de mortels ont passé sur la terre , Nomades engloutis dans les déserts du temps !
Las d’errer sans espoir, caravane oubliée ,
En des sables mouvants sans ruisseaux et sans (leurs, Ils ont enfin trouvé le terme des douleurs,
El leur tente d'un jour pour jamais s’est pliée.
» Phénix , amour du ciel , écoute nos accents ;
Phénix , amour du ciel , porte-lui notre encens.
CHANTS ÉLÉGIAQUES
» Recommande au soleil les trésors de nos plaines : Qu’il mûrisse la datte et ses sucs nourriciers ,
Des troupeaux de Cédar épaississe les laines,
Donne aux chameaux la force et l'audace aux coursiers , Et détourne des vents les mortelles haleines ;
Qu’à l’approche du soir il dirige vers nous Le voyageur errant aux plages étrangères ;
Qu’il colore au matin de ses feux les plus doux Le berceau de nos fils, la tombe de nos pères ! »