‹ Poesies de Millevoye Avec une noticeChapitre 44 sur 118 · LE PHÉNIX · texte numérisé non relu

LE PHÉNIX

Sous les pas du chameau les sables de Libye .

En poudreux tourbillons s’élèvent jusqu’au ciel :

Les peuples sont venus; car l’oiseau d’Arabie S’élance, après dix jours, du tombeau paternel.

Avant que le soleil , vaste flambeau du monde,

Atteigne; plus ardent, son zénith enflammé,

Le beau Phénix, éclos de la cendre féconde,

Ira porter son père au bûcher parfumé.

Le temple du Soleil découvre son portique ;

Et l’Arabe en ces mots commence le cantique :

n Phénix , amour du ciel , écoute nos accents ;

Phénix , amour du ciel , porte-lui notre encens.

» Apparais, noble oiseau , père et fils de toi-même! Monlre-nous de ton front l’étoilé diadème,

Ton cou doré , ton bec d’émeraude et d’azur,

Ton aile où , diaprant l’albâtre le plus pur,

Le brillant incarnat nuance ton plumage,

De la pourpre d’Auir éblouissante image.

84 CHANTS ÉLÉGIAQUES

Que le rapide éclair s’échappe de les yeux ;

Qu’il brille, ce regard qui , des champs du tonnerre , Traverse en un instant l'immensité des cieux,

Et voit ramper l’insecte aux bornes de la terre.

» Phénix, amour du ciel, écoule nos accents;

Phénix , amour du ciel, porte-lui notre encens.

» De tes ans merveilleux l’étonnant témoignage Par la voix des vieillards fut transmis d’âge en âge. Cinq fois l’astre pompeux qui dispense le jour De ta centième année éclaira le retour :

Beau Phénix! ahl dis-nous quel jour te vit éclore. Es-tu né d’un rayon de la vermeille Aurore?

Des dieux le souille pur a-t-il , du haut des airs , Semé ton germe heureux au sein de nos déserts ;

Ou , quand régnaient au loin les ténèbres protondes , Iteposais-tu déjà dans le berceau des mondes?

» Phénix, amour du ciel, écoute nos accents; Phénix, amour du ciel, porte-lui notre encens.

» Depuis l’heure où ton vol tranquille et solitaire Se balance au milieu des globes éclatants ,

Oh! combien de mortels ont passé sur la terre , Nomades engloutis dans les déserts du temps !

Las d’errer sans espoir, caravane oubliée ,

En des sables mouvants sans ruisseaux et sans (leurs, Ils ont enfin trouvé le terme des douleurs,

El leur tente d'un jour pour jamais s’est pliée.

» Phénix , amour du ciel , écoute nos accents ;

Phénix , amour du ciel , porte-lui notre encens.

CHANTS ÉLÉGIAQUES

» Recommande au soleil les trésors de nos plaines : Qu’il mûrisse la datte et ses sucs nourriciers ,

Des troupeaux de Cédar épaississe les laines,

Donne aux chameaux la force et l'audace aux coursiers , Et détourne des vents les mortelles haleines ;

Qu’à l’approche du soir il dirige vers nous Le voyageur errant aux plages étrangères ;

Qu’il colore au matin de ses feux les plus doux Le berceau de nos fils, la tombe de nos pères ! »

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