L’ANNIVERSAIRE
Hélas ! après dix ans je revois la journée Où l'àine de mon père aux cieux est retournée. L’heure sonne : j’éeoute. . . O regrets ! ô douleurs ! Quand cette heure eut sonné , je n’avais plus de père. On retenait mes pas loin du lit funéraire ;
On me disait : « Il dort; » et je versais des pleurs.
Mais du temple voisin quand la cloche sacrée Annonça qu’un mortel avait quitté le jour,
Chaque son retentit dans mon âme navrée,
Et je crus mourir à mon tour.
Tout ce qui m’entourait me racontait ma perte : Quand la nuit dans les airs jeta sou crêpe noir ,
ÉLÉGIES
Mon père à ses côtés ne me fit plus asseoir ,
Et j’attendis en vain à sa place déserte Une tendre caresse et le baiser du soir.
Je voyais l’ombre auguste et chère M'apparaître toutes les nuits;
Inconsolable en mes ennuis ,
Je pleurais tous les jours , même auprès do ma mère. Ce long regret, dix ans ne l’ont point adouci !
Je ne puis voir un fils dans les bras de sou père Sans dire en soupirant : « J’avais un père aussi ! » Son image est toujours présente à ma tendresse.
Ah! quand la pâle automne aura jauni les bois,
U mon père! je veux promener ma tristesse Aux lieux où je te vis pour la dernière fois.
Sur ces bords que. la Somme arrose ,
J’irai chercher l’asile où ta cendre repose :
J’irai d’une modeste fleur Orner ta tombe respectée,
Et sur la pierre , encor de larmes humectée ,
Kedire ce chant de douleur.