‹ Poésies de MillevoyeChapitre 38 sur 119 · LIVRE SECOND. Ê · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. Ê

Melpomène , à ma voix , du cothurne chaussée , Pour le manteau royal dépouilla ses lambeaux ; Et le chœur , mesurant sa marche cadencée , Asservit la parole à ses retours égaux.

N'en doutons plus, Minerve abandonne sa ville; Minerve a trop long-temps protégé des ingrats : Ils m'ont banni du sol que j'ai rendu fertile, Et pourtant mon rival sans moi ne serait pas.

O lyre! que ta voix contre Athènes s'élève. C'est toi que sans pudeur elle ose humilier , Toi qui fus dans mes mains la compagne du glaive , Toi qui mêlas tes sons au bruit du bouclier I

Ah! je devais la fuir quand sa lâche furie Enveloppa mes jours de pièges odieux , M'accusant d'outrager les dieux et la patrie, Alors que je chantais la patrie et les dieux.

Plaine de Marathon ! Salamine ! Platée !

Des plus fiers combattants quand je marchais l'égal ,

Pensiez-vous qu'on verrait une foule irritée

Me traîner en coupable au pied d'un tribunal !

11 fallut attester les libations pures Dont j'arrosai l'autel, dans le jour fortuné Qui décora mon sein de deux larges blessures. J'évoquai Marathon, et sortis couronné.

O consolant départ ! ô fortuné voyage ! Le monarque du Nil me garde son appui ; L'héritier de Lagus, espoir de mon vieil âge, Bénira les destins qui me donnent à lui

fi G ELEGIES.

Son palais est un temple où les sages du monde Viennent dans tous les temps, viennent de tous les lieux Interroger d'Isis la sagesse profonde , Et, mortels, assister aux mystères des dieux.

Tu pourras avec nous, déesse du cothurne, Des rois qui ne sont plus visiter le séjour, Évoquer leur poussière , et du fond de son urne Forcer quelque ombre illustre à remonter au jour.

Éternels monuments de grandeur inégale, Nous verrons de la mort ces palais éclatants Où du royal orgueil la pompe sépulcrale , Ne pouvant fuir la mort, veut triompher du temps.

Du trépas et du temps les sublimes pensées Laisseront dans mon âme un fécond souvenir , Et devront quelque jour, en beaux vers cadencées, Du milieu des tombeaux voler vers l'avenir.

Glisse , léger vaisseau ! frappez , rames agiles ! Cordages, redoublez vos sifflements aigus! Zéphyrs , gonflez le sein de nos voiles mobiles ! Portez-moi sans retard près du fils de Lagus. »

A ces chants prolongés sur la vague sonore, Le' rapide vaisseau fuit plus prompt sur les flots Que la poupe dorée où le brillant théore Voguait, paré de fleurs, aux fêtes de Délos.

Il a touché la rive. Un fidèle message Annonce le poète au monarque enchanté : Il se lève; il accourt, et vient sur son passage Tendre au vieillard la main de l'hospitalité.

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