‹ Poésies de MillevoyeChapitre 39 sur 119 · LA NÉRÉIDE · texte numérisé non relu

LA NÉRÉIDE

Quittez pour l'Océan la source Aganippide , Muses! chantez Caltha, la blanche Néréide.

Vierge encor, de Doris et l'amour et l'espoir,

Des filles de Doris elle était la plus belle.

Thétis l'aimait , Thétis se plaisait à la voir ;

Les grands dieux de la mer s'empressaient autour d'elle.

Les Nymphes l'admiraient; les Tritons complaisants

A ses pieds, chaque jour, apportaient leurs présents;

Même on dit qu'une fois le pasteur de Nérée

Pour elle répétant la chanson désirée,

Oublia de veiller sur ses phoques pesants.

Quittez pour l'Océan la source Aganippide, Muses! chantez Caltha, la blanche Néréide.

Monarque aux flèches d'or, que révère Délos! A l'heure où tes coursiers se plongent dans les flots, Tu la vis, tu l'aimas; et la Nymphe charmante T'apparaissait, les nuits, sur la vague écumante. Sur la vague, une nuit, dans le calme des airs, Des oiseaux de Thétis écoutant les concerts,

Elle vit un nocher, dont la barque sans voiles Voguait légèrement au rayon des étoiles , Tandis que l'aviron , de son bruit mesuré , Accompagnait ce chant par l'amour inspiré : « Accours , hôte léger de la plaine liquide ! De mes filets tendus ne crains plus les réseaux , Ni l'hameçon qui flotte à la ligne perfide : ïyphis est amoureux d'une fille des eaux; Amoureux sans espoir! De quel œil verrait-elle Un simple nautonier chérir une immortelle ?4 Je n'ose de son nom charmer l'écho des mers, De peur qu'en se jouant Zéphire sur son aile Ne le porte à Doris ; et mon cœur le recèle , Caché comme la perle au sein des flots amers.

Quittez pour l'Océan la source Aganippide, Muses! chantez Caltha, la blanche Néréide.

Chaste Nymphe ! ta voix fit entendre ces mots :

« Jeune et beau nautonier , que ton cœur se rassure !

Du chasseur de Vénus tu connais l'aventure.

Lorsque Diane, un jour, s'égara vers l'Athmos,

Un pasteur dénoua sa pudique ceinture.

Le nautonier doit plaire à la fille des eaux.

Les dieux eurent souvent des mortels pour rivaux ;

Et peut-être , ô ïyphis ! la beauté qui t'est chère

A l'azuré Glaucus en secret te préfère. »

Une main sur la poupe, elle tient ces discours :

Et cependant la barque avait suivi son cours;

Et ïyphis, s'inclinant sur la rame agitée,

Abordait en silence à la dune écartée.

« O déesse! a-t-il dit, que vos pas immortels

Daignent toucher le seuil de mon humble cabane !

Dès demain ce séjour ne sera plus profane;

Page 1