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La noble indépendance est l'âme des talents ; Rien ne peut du génie enchaîner les élans : Ce n'est point pour ramper qu'il a reçu des ailes. Le sage, en ses écrits au vrai toujours fidèles, A des succès honteux n'immole point ses mœurs. Éloigné des partis et sourd à leurs clameurs, D'un tardif repentir s' épargnant l'amertume , Il ne vendit jamais ni son cœur, ni sa plume. On ne le verra point, au prix de ses vertus, Acheter les faveurs du stupide Plut us , User son avenir en des cercles frivoles , Et d'un monde profane encenser les idoles. Le front ceint des lauriers qu'il venait de cueillir, Despréaux dans Auteuil allait se recueillir; Au fond de ses berceaux, assis près de Molière, Il confiait ses chants à l'ombre hospitalière; Et, d'un éclat menteur trop long-temps éblouis, Ses yeux se reposaient du faste de Louis. Rousseau, riche d'une âme indépendante et fière, Transfuge des châteaux , revole à sa chaumière : Les honneurs, les trésors en vain lui sont offerts; Pour lui des fers brillants n'en sont pas moins des fers
De l'orgueilleux bienfait il repousse l'outrage; Il fuit enveloppé de sa vertu sauvage, Et porte au sein des bois , sur la cime des monts , Sa longue rêverie et ses pensers profonds.
Trop heureux l'écrivain qui , dans la solitude , Amasse lentement les trésors de l'étude ; Qui, préparant de loin ses destins éclatants, Épure ses travaux dans le creuset du temps ! Comme il dédaigne alors tant de vils adversaires, Tant de combats grossiers , pugilats littéraires , Tant de rivaux jaloux qui, pour mieux le flétrir, Du mépris qu'on fait d'eux cherchent à le couvrir! Descartes, que noircit l'impure calomnie , Dans les champs du Batave exile son génie, Recommande sa gloire à la postérité, Et sur des bords lointains poursuit la vérité.
C'est ainsi que le sage en lui se réfugie.
Son adversité même accroît son énergie.
Athlète infatigable, au jour de la douleur,
Il soutient sans fléchir la lutte du malheur,
Il l'affronte, et de près l'observant sans le craindre,
Semble lui demander des couleurs pour le peindre.
Sur son vaisseau brisé, tel Vernet sans pâlir
Étudiait le flot prêt à l'ensevelir
C'est peu que l'écrivain, armé de ses ouvrages,
Des destins ennemis affronte les outrages;
C'est peu que sa vertu brave l'adversité,
Elle résiste encore à la prospérité.
Libre au palais des rois, sans hauteur, sans bassesse,
Parfois il se soumet, jamais ii ne s'abaisse.
D'un généreux transport son grand cœur animé,