XXVI I
-l'j? >aiiplot8 sont de vrais sanglote. Elle ne chaiit«^ pas, parce qu'elle a connu autrefois la souffrancou l'amour; elle chante parce qu'elle souffre • t qu'elle aime dans le moment même, actuellement. Elle semble ignorer cette loi de l'art, qu'il tant qu'un intervalle sépare chez le poète le sentiment ressenti du sentiment exprimé. Cet intervall*n'existe pas chez elle : ses élégies ne racontent pas "les souvenirs, elles sont contemporaines des sentiments qu'elles expriment On a là les larmes jaillissant sous le coup de l'émotion immédiate, le premier cri arraché par la blessure quinflige un <'tre trop aimé, les paroles incohérentes arrachées par la trop cruelle vérité , l'appel désespéré et la supplication en face de l'offenseur. Comprenez-vous maintenant pourquoi nous disions que les poésies de M™^ Desbordes-Valmore étaient ce qu'il y avait de plus rapproché de Vétreàç la poésie? Là est son originalité, mais là aussi est son infériorité. Le poète est trop près de ses émotions pour avoir la liberté d'âme et la tranquillité relative de cœur qui sont nécessaires pour les exprimer et les faire partager à la foule; il sent trop vivement pour communiquer ce qu'il sent au lecteur. Avez-vous remarqué que la première impression de la douleur, qui est la plus violente, la plus sincère et la plus vraie, est cependant la plus confuse, la plus trouble, la plus embarrassée, la moins puissante sur l'esprit du spectateur? Le spectacle de la douleur à ce premier moment est moins touchant qu'affreux ; les paroles arrachées par le désespoir et en même temps refoulées par les sanglots sor-
tout des lèvres anarcbiquement, d'une manière incohérente, sans choix, sans ordre, tantôt trop pressées, tantôt trop languissantes, en sorte qu'une certaine impatience s'unit chez le spectateur à la pitié qu'il ressent. On pleure trop d'ailleurs, les larmes rougissent les yeux, altèrent la beauté des traits, et le spectateur, bienveillant et charitable comme tous les hommes sont bienveillants et charitables, c'est-à-dire jusqu'à concurrence de leur lilaisir, trouve que les larmes enlaidissent, et détourne la tête. Ce n'est que plus tard, lorsque les larmes seront séchées, que la violence de la première douleur sera apaisée et qu'il ne restera plus «l'autres traces de l'ancien désespoir qu'une tristesse inexprimable, que ce visage sera intéressant et aimable à regarder. M""' Desbordcs-Valmorc ignora toujours ces secrets, et crut, à son honneur, que la poésie devait être plus sincère. La poésie joua chez elle le même rôle que les larmes; elle fut une issue que la nature ouvrit pour donner passage aux sanglots qui l'étouflFaient. Elle chanta, parce qu'il faut bien crier quand on souffre et pleurer quand les larmes vous étouffent. Sa poésie est flonc, dans toute la force de l'expression, un acte de la nature. Il y en a de plus brillantes et de plus ornées, il n'y en a pas de plus sincères et de plus pathétiques.
j^jine Desbordes-Valmore avait été comédienne par besoin et par devoir plutôt que par goût et par inclination, et elle nous a appris elle-même dans des vers touchants les mécomptes amers qu'elle avait rencontrés dans cette carrière :
L'infortune m'ouvrit le tem|ile de Tiialip;
L'espoir in'\ pnitliguu ses riaiiie» eir»-urs.
Jiuis je sentis parfuis cutiler mes pleur>
Sous le bandeau de la Tolie ! . . .
Cliarnianie musc, objet de mépris et d'jinour.
1^ soir, on vous honore au temple.
Et l'on vous dédaigne au grand jour.
Je n'ai pu supporter ce liiiarré mélange
De triomphe et d'obscurité.
Oii l'orgueil insultant nous punit 't -•■ v. h-m
D'un éclair de célébrité.
Cette profession ne pouvait convenir à son âme, «'t elle n'a laissé aucune empreinte sur son talent. ^£me Desbordes-Valmore n'a rien retenu de cet art «lu comédien que les plus grands poètes ont connu et pratiqué dans une certaine mesure, et n'en a rien porté dans sa poésie. Elle ne sut jamais utiliser SOS larmes au profit de sa gloire, et personne plus iju'elle n'a ignoré la science des effets et les jeux <ic scène. Elle est poète et non artiste, ce qui veut dire que chez elle le sentiment dépasse de beaucoup l'expression. Elle nous offre le spectacle d'une âme toute nue, sans auctin ornement, d'une âme véritablement indigente. Xe prenez pas ce mot d'indigence en mauvaise part : il signifie que M™^ Valinore est riche seulement d'elle-même, riche de sa tendresse, de son amour, du trésor de ses malheurs, et que tout ce qu'elle possède lui vient de Dieu et de la nature. C'est une âme orpheline, déclasser; elle n'a pas de gras patrimoine intellectuel, de riches fermes philosophiques, de glorieuse lignée d'ancêtres : c'est un poète réduit à gagner sa poésie à la fatigue de son cœur. Oh! que nous aimons
mieux cette indijçeiice que le faux luxe dont elle aurait pu s'entourer et les haillons dorés dont elle aurait pu couvrir sa nudité ! Mais cette indigence trahit sa volonté, l'empêche de se faire connaître et de révéler toute sa valeur. On sent que les instruments manquent à cette âme musicale. Elle s'exprime comme elle peut, et avec les mots que lui présente sa mémoire peu chargée. Tantôt un sentiment d'une violence extrême est traduit, — contraste péniJde, — en termes languissants ; tantôt un mouvement que toutes les forces soulevées de la vie se sont réunies pour produire s'exprime en termes incolores et presque abstraits. D'autres fois la passion se \ieillit elle-même en s'ornant des vieilles fleurs fanées d'un langage suranné, depui.longtemps hors d'usage, ramassées chez des poète.urtificiels et corrompus : vieilles allégories mythologiques, vieux amours, vieux flambeaux d'hyménéf tirés des n>uvres erotiques de la fin du dernier siècle. Cette femme ingénue et simple a la coquet terie malheureuse et maladroite, et ne sait pa^ rajeunir les vieux moyens de séduction qui pourraient la faire valoir; mais la beauté qui lui est propre, étant inhérente à sa personne même, ne peut être effacée par quelques parures passées de mode ou par quelques ornements mal choisis. Il y a des femmes qu'il ne faut voir que sous une certaine lumière, à certaines heures du soir; vues ainsi, elles éclipsent toutes les autres femmes qui les entourent, mais pour une minute seulement. D< même il y a des poètes qu'il ne faut goûter que dan< certain o< n-nvroi, parce que dans ces œuvres il.-
iralont los plus grands; si vous les ouvrez indilT^- 1 imniontrt au hasard, le charme est rompu, et vous n'avez plus sous les yeux qu'un poète d'un ordr<inférieur. Il n'en est pas ainsi de M™^ Desbordes- X'almore : de même que le poète qui est en elle -date en dépit de l'indigence de son langage, il 3<révèle sous quelque lumière que vous le regardiez, à quehiue passage que vous l'ouvriez. Sa poésie et -•>u âme ne faisant qu'un, elle est toujours égale à • lle-mènie. Il est presque imjjossible de la citer, car toutes ses pièces se valent, k de très-rares exceptions près. Ouvrez le livre où vous voudrez, vous êtes sur de rencontrer quelque trait de passion touchante, d'entendrequelquesaceentsde tendressesuppliante dignes des plus grands poètes. Il n'y a pas une seule page, même parmi celles qui semblent au premier al»ord les plus pâles, qui ne soit illuminée tout à coup par quelque éclair inattendu. Connaissez-vous une preuve plus grande de sincérité que cet embarras qu'éprouve le lecteur à préférer et à choisir? M™" Desbordes-Valmore est poète h chaque page, parce qu'elle est sincère à toute heure, parce que la poésie se confond en elle avec la vie, et n'est en quelque sorte qu'une des fonctions de la vie, comme la circulation du *tng ou la respiration.
Si la poésie lyrique consiste avant tout dans l'expression intime des sentiments personnels. M'"*' Desbordes-Valmore est le plus lyrique des poètes contemporains : elle l'est plus que les plus grands, plus que M. de Lamartine, plus que M. Victor Hugo, car cil' 7 file l'élément lyrique est sans alliage. Il y
.t <..ii,s u- ii-u\rt> (11- fts y^r.uni< iio. tes un rU-iiient dramatique qui manque à M™»» Valmnre; l«ur âme n'est jamais seule, quoi qu'ils en disent; il y a toujours à leur Coté quelque Elvire pour s'attendrir avec eux sur la brièveté de la vie, et consentir, au profit de leur épicuréisme mélancolique, aux applications les plus consolantes du carpe diem des anciens. La nature joue aussi son rôle dans leur œuvre, et mêle ses mille voix à la voix de leur cceur. Rien de pareil n'existe chez ^1™*= Desbordes- Valmore; l'âme du poète est seule, absolument seule, sans autre compagnie que celle de ses chagrins, trop absorbée par sa douleur pour entendre les voix consolantes de la nature. Il y a bien un second personnage qu'on peut désigner sous le nom de lui, lui qui a fait tout le mal, lui qui est la cau.-^e adorée de ces souffrances; mais on ne le voit jamais, et l'on pourrait dire qu'il vient toujours de partir :
Ma sœur, il est parti ! Ma Mtar, il m'abandonne.'
Je sai« qu'il m'abandunne, et j'attends, et je meurs I . . .
Le chant ne commence que lorsque le dialogue a pris fin, que la porte s'est refermée sur l'ingrat ou le coupable, et que le poite s'est senti de nouveau solitaire. Aussi n'entre-t-il dans ces monologues d'une âme abandonnée que les éléments dont se compose essenfieUement la poésie lyrique, c'est-àdire des plaintes et des cris. On a ici la poésie lyrique pure, réduite à ses éléments primordiaux, tels que l'analyse pourrait les donner, s'il était possible de décomposer par de.s procédés chimiques
les œuvres poétiques, comme on décompose les corps matériels.
Ces poésie^ ne donnent donc qu'une seule note, mais une note si déchirante et si pathétique, qu'aucun poète ne pourrait la dépasser en énergie et en vérité. Quelques-unes de ces élégies sont uniques dans leur genre, et ne redoutent, pour la force du sentiment, aucune comparaison , au moins dans notre langue. Pour leur trouver des rivales, il faudrait les aller chercher dans certains recueils poétiques anglais, par exemple chez mistress Felicia Hemans. Cette note est celle de la passion malheureuse. La passion chez M™^Valmore est lyrique comme sa poésie : j'entends par là qu'elle est essentiellement passire et mhjective : elle est toute douleur, tout regret, tout désespoir. D'autres victimes de l'amour ont été des héroïnes , elle est une martj're. Elle ne lutte pas, ne résiste pas, ne maudit pas ; elle se résigne, soupire et s'affaisse. Tous les éléments dramatiques de la passion active, la haine, l'invective, le reproche, la jalousie, lui manquent; elle n'a pas d'armes agressives et ne combat que par des plaintes. En vérité, on pourrait appeler sans trop de hardiesse ses poésies les psaumes de l'amour. Ses chants sont des prières désespérées qui implorent non l'appui, mais la pitié et le pardon du vieux tyran de l'âme humaine; c'est le miserere lamentable d'un cœur las de souffrir et qui demande grâce. Oh ! comme avec elle nous sommes loin des nocturnes ardeurs et des incantations dangereuses des autres victimes de la passion ! Elle ne dit pas, comme ses sœurs de tous les temps : <cPour-
quoi, amour, m'abandonues-tu et me reprends-tu ce que tu m'as donné ? » mais elle dit : ^< Pourquoi ne m'as-tu pas épargnée? » Elle imite en l'honneur du dieu païen, sans trop s'en douter, les accents des vieux cantiques religieux où est exprime le deuil de lame. « Du plus profond de l'abîme, j'ai crié vers toi, amour. . . . Aie pitié de moi, toi qui tiens nos cœurs dans tes mains. Vois, les larmes ont creusé mon visage, et la fièvre a consumé ma
cbair Toute la nuit je me suis retournée sur ma
couche, et j'ai entendu dans le silence gémir la voix de mon cœur.» C'est ainsi qu'on pourrait résumer, sans parodie irréligieuse aucune, la plupart de ces élégies, dont quelques-unes ont été si bien nommées de ces tristes noms : Pleurs et pauvres fleurs. Mais ce qui achève de leur mériter ce nom de psaumes de Vamour que nous leur donnons, ce sont les sentiments singuliers d'humilité et de pénitence dont ils sont remplis. Le poète s'accuse à ciel ouvert et se reconnaît coupable envers l'amour. Il demande pardon du péché de tendresse, pardon du péché de bonté, pardon d'avoir osé aimer. Oui, elle a été bien ambitieuse et bien présomptueuse, mais elle confesse son crime, et cependant n'ose croire qu'il lui sera pardonné. Elle devait savoir que l'amour a ses préférences, et qu'il étend sur qui lui plaît la bénédiction de sa grâce divine. A quelquesuns toutes les joies de la tendresse partagée et de la passion heureuse, à d'autres toutes les coape.% d'amertume et tous les fardeaux de l'infortune. Elle devait savoir qu'il n'est donné qu'à un petit nombre de le remercier de ses bienfaits, mais que tous lui
loivcut leurs hommages et leurs prières. Aussi ut ce qu'elle implore de lui, c'est la faveur de -apcnouillcr en suppliante et de le remercier pour l<s afflictions dont il l'HCcable. Elle adresse au vieil Krns la prière chrétienne : <"< Soyez béni, amour, puisque votre main a daigné s'appesantir sur moi!» ' ctte mélodie plaintive est tellement navrante in'ello finit par donner le frisson et par produire
lie impression sinistre. L'imagination du lecteur ■ i>- reste accablée. Que ceux qui voudront se rendre
■"•mptc de cette impression relisent les élégies de M™^ Valmore! On n'en peut rien détacher; les
raits de passion qui les traversent comme des
clairs ne peuvent se séparer des pages orageuses qu'ils illuminent subitement, et sont tout sembla- Ides à ces lumières décevantes trop aimées du poète :
Comme ces feux errants dont le reflet égare, La flamme de ses yeux a- passé devant moi.
Cependant, pour réveiller dans la mémoire des lecteurs qui l'auraient oublié l'accent douloureux 'le cette voix, et pour en donner une idée à ceux qui par hasard ne la connaîtraient pas, je choisirai quelques fragments qui leur feront comprendre la gamme entière des sentiments parcourus par l'âme du poète. Dans les premières élégies, toute la poésie est dans l'éclair et dans l'orage; l'âme du poète est blessée, mais elle regarde sa blessure avec joie. Elle se sent heureuse de souffrir et jouit de son martyre. La vie abonde et surabonde, et les flèches en-
flammées volent de toutes parts. Eloigne-toi, ditelle à l'amour :
Eloigne-loi, reprends ces trompeuses coiJeurs,
Ces lettres qui font mon supplice.
Ce portrait qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit tout baigné de mes pleurs !
Cache au moins ma colère au cruel qui t'envoie ;
Dis que j'ai tout brisé, sans larmes, sans efforts ;
En l'ii peignant mes dculoureux transports.
Tu lui donnerais trop de joie.
Reprends aussi, reprends les écrits dangereux Où, cachant sous des fleurs son premier artifice, Il voulut essayer sa cruauté novice
Sur un cœur simple et malheureux. . . .
Il n'ose me répondre, il s'envole. ... Il est loin. Puisse-t-il d'un ingrat éterniser l'absence ! Il faudrait par fierté sourire en sa présence :
J'aime mieux mourir sans témoin.
Il ne reviendra plus, il sait que je l'abhorre • Je l'ai dit & l'Amour, qui déjà s'est enfui. S'il osait revenir, je le dirais encore ; Mais on approche, on parle. . . . Hélas ! ce n'est pas lui !
Ce délire continue longtemps ; mais à la fin \r cœur s'est épuisé dans les tourments de l'incertitude, dans les alternatives de l'espérance et du rpgret Le poète le sent qui défaille et lui fait exhaler son dernier souffle passionné dans une élégie que ne désavouerait pas un grand poète. Ecoutez ces paroles suprêmes, ces novissima verba d'un cœur frappé à mort :
S'ils viennent demander pourquoi ta fantaisie De cette couleur sombre attriste un temps d'amour. Dis que c'est par amour que ton cœur l'a choisie ; Dis que l'amour est triste ou le devient un jour.
XXX vil
^iiif i- «'jt un vdu d'enfance, une atinin imniMn Oh ! (lis-le sans froideur, car je l'écoutcini ! Invente un doux symbole où je me cacherai. Cette ruse entre nous encor. . . . c'est la dernière : Dis qu'un jour dont l'aurore avait eu bien des pieu Tu trouvas sans défense une aheillc endormie. Qu'elle se laissa prendre et devint ton amie, Qu'elle oublia sa roule a te chercher des fleurs. Dis qu'elle oublia tout, sur les pas égarée. Contente de brrtler dans l'air choisi par toi. Sous celle ressemblance avec pudeur livrée, Dis-leur, si tu le peux, ton empire sur moi. Dis que, l'ayant blessée, innocemmenl pcul-èlre. Pour le suivre elle fil des efforts superflus, El qu'un soir accouraal, sûr delà voir paraître. Au milieu des parfums tu ne la trouvas plus ; Que la voix, tendre alors, ne fut pas entendue, Que tu sentis sa trame arrachée à tes jours. Que tu pleuras sans bonle une abeille perdue, Car ce qui nous aima, nous le pleurons loujcjurs ; Qu'avant de renouer la vie "a d'autres chaînes. Tu détachas du sol oii j'avais dû mourir. Ces fleurs, et qu'à travers les plus brillantes scènes De ton abeille encor le deuil vient t'altendrir.
Enfin l'orage a cessé tout à fait, et il ne reste plus qu'une âme foudroyée et un cœur noyé sous le déluge de ses larmes. Le recueil intitulé Plmtrs et ï)<titi're8 Fleurs est plus particulièrement que tous les autres l'expression de ce sentiment de lassitude qu'on pourrait appeler la mort dans la vie. Lo poète est arrivé au dernier détachement de luimême et de la terre. Nous en extrairons un court fragment où se révèle toute l'horreur mélancolique de ce foyer ardent, autrefois ouvert à tous les vents de la vie, aujourd'hui peuplé de cendres presque
refroidii;.. <. ist la dernière phiinti-, le c>jui a reçu pour ainsi dire le coup de grâce :
Si solitaire, hélas ! et puis si peu bruyante.
Tenant si peu d'espace, on me l'envie encor :
Cette pensée est triste, elle entraîne^ la mort,
El pour s'en reposer la tombe est attrayante!
C'est la première fois qu'elle a navré mon sein ;
A tous les flots amers de ma vie écoulée
Celle goutte de fiel ne s'élai*. pas mêlée ;
Personne n'avait dit : t S'en ira-l-elle enfin ? »
Ob ! personne ! A présent j<; suis de trop au monde,
Et j'ai bâte, et j'ai peur d'amasser mes instants ;
Je trompe une espérance î. . . en vain je la seconde :
Importune et mourante, on peut vivre longtemps !
Oui, je me presse en vain d'avancer et de vivre.
Quelque aiHieau tient encor mon cœur ! Il se rompra.
Tout ce que j'aime est frêle et meurt, et pour vous suivre.
Mes cbers anneaux brisés, mon cœur se brisera !
Voilà quelles sont les principales étapes de •-•'• calvaire de douleurs; mais avant de recevoir c roup de grâce, avant de proférer ce suprême Lamm" sabachtani, que de blessures le cœur a reçues, qu. de fois le poète est tombé sous la croix! Nous m marquons ici que les temps d'arrct importants ûf cette passion, en renvoyant ceux qui seraient curieux de suivre le poète pas à pas dans sa voi< douloureuse à ses poésies elles-mêmes.
M™* Desbordes-Valmore appartenait à une rai ' d'âmes très-rare, la race des âmes tristes et blessées avant de naître. Quelle est l'origine de ces âmes que le monde voit apparaître do temps à autre, et qui semblent ne venir à lui qu'à regret V C'est un sujet sur lequel aurait pu se plaire à mé-