XXX IX
ditor quelque platonicien croyant à la théorie do la réminiscence, ou quelque pythagoricien partisan de la métempsycose? Les conjectures poétiques abondent, et il n'y a qu'à choisir. L'astrologie Judiciaire par exemple est-elle par hasard autre chose qu'un vain mot, et y a-t-il réellement des conjonctions d'étoiles propices ou sinistres? Si cela est vrai, un nnage devait passer sur l'étoile de Vénus le jour où naquit M™<= Desbordes - Valmore. Peut-être l'heure de la naissance n'est-elle pas chose indifférente, et pour notre part, diit-on nous accuser de superstition, nous avons toujours cru qu'il était fatal de naître à la première heure de l'aurore, heure souriante en apparence, maudite en réalité. C'est l'heure où s'éveillent les fées bienfaisantes et où s'appellent l'un l'autre les génies de la poésie et de l'amour; mais c'est l'heure aussi où le chant du coq rappelle les fantômes dans leur sépulcre, et où le vent du matin chasse les odeurs méphitiques des nocturnes sabbats. La pâle Hécate, l'astre des sorcières, brille encore à l'horizon; forcée de fuir devant les esprits qui rouvrent les portes du jour, elle s'éloigne courroucée, et malheur alors aux enfants qui entrent dans la vie et sur qui tombe son regard! M™*= Desbord es-Valmore était-elle née à ces heures du matin, et un regard d'Hécate était-il tombé sur son berceau, que les fées comblaient de leurs dons? Ou bien, supposition plus triste encore, y aurait-il par hasard dans le ciel des anges jettatorif Eux qui savent toute chose et qui connaissent les misères de l'existence humaine doivent plus d'une fois regarder avec tristesse les âmes
condamnées à partir ponr la terre. Qui sait si 1. âmes venues au monde mélancoliques et blessée-, comme celle de M™* Desbordes-Valmore, ne soijt pas bien souvent celles sur lesquelles s'est arrêt, le regard attriste d'un ange touché de compassion'^ Heureuses alors celles qui ont été vues sans voir ! elles pourront connaître la joie et le bonheur; maimalheureuses celles qui ont rencontré ce regard au moment où il tombait sur elles! elles l'emporteront avec elles comme un dard lumineux, et ne seront jamais guéries de leur tristesse. En un instant et avant d'avoir vécu, ces âmes ont appris, par 1^ seule puissance d'un regard angéliquc, toute 1 science de la vie humaine; elles ont vu comm dans un éclair leur existence future, et elles vion nent au monde avec la certitude qu'elles épuiseront toutes les douleurs. Une telle certitude détruit d'avance en germe toutes les chances de joie et d^ bonheur. Il n'est pas un événement de la vie qu'on n'accueille comme un pressentiment sinistre. Di qu'elles sentent les premières atteintes de l'amour, loin de se réjouir comme les autres âmes, celles-ci s'écrient:. Je sais qu'un grand malheur me menacf. Dès qu'elles sentent les premières morsures d.l'ambition, leur ardeur, loin de doubler, se glace, f-t elles s'écrient : Je sais qu'un piège m'attend. Mauvaises dispositions, on en conviendra, pour donner ou jiour recevoir le bonfieur. Aussi ne le connais- -sent-elles jamais et ne le font-elles jamais connaître à ceux qui le leur demandent. Rien n'égall'extrême timidité de ces âmes en qui la passion s'unit à la faiblesse. Comme elles disent : Cela est
AJL.I
iinpossililo, (levant toute chose, elles rendent toute chose impossil)le. Comme elles n'ont pas confiance, elles engendrent vite chez autrui la défiance et la lassitude. Au lieu de se laisser aller naïvement aux joies qu'on leur propose, elles élèvent des doutes et interrogent avec inquiétude pour savoir si elles ne sont pas trompées. Est-ce bien sûr? disent-elles ; pourquoi vous faire un jeu de mes souffrances, et me faire le soir des promesses que vous aurez oubliées demain? Cette timidité et ces appréhensions engendrent une exigence intolérable qui décourage l'amour ; mais ces âmes ne détruisent ainsi en germe toutes leurs chances de bonheur que par la certitude et la foi pour ainsi dire religieuse qu'elles ont au malheur. Le malheur fut leur première religion, la divinité qu'on ne discute pas, celle que l'on nomme et qu'on implore; le bonheur n'est I)Our elles qu'une utopie religieuse, le dieu inconnu qu'on n'a pas servi et qu'on ne connaît pas. Aussi restent-elles scrupuleusement fidèles à cette religion première; tout ce qui réjouit. les autres âmes les blesse et les fait souffrir, et elles ne trouvent que des sources nouvelles de tourment là où les autres trouvent la consolation et l'oubli de leurs peines.
Telle fut M™*^ Desbordes-Valmore ; on la voit , sans qu'elle en ait conscience, s'acharner après son bonheur : par ses plaintes et ses appréhensions, ell6.provoque l'infidélité et l'ingratitude. Elle désire ardemment d'être aimée, et au moment même où elle le désire, elle ne peut croire qu'elle le soit. Comme toutes les personnes malheureuses, elle dit
de l'amour ce que les personnes corrompues ti vicieuses disent de la vertu : C'est trop beau pour être vrai. Et quand elle a provoqué l'infidélité ou l'aJiandon, elle succombe sous le poids de la déception qu'elle s'est préparée elle-même. Alors arrivent les consolations que lui présente l'amitié, et au lieu de les prendre comme elles doivent être prises, comme une distraction et une preuve que, pour avoir perdu un cœur, on n'a pas tout perdu, elle trouve moyen de s'en faire une nouvelle passion et un nouveau chagrin. Et lorsqu'enfin elle cherche un refuge dans ce suprême asile du cœur féminin, l'amour maternel, son bonheur encore n'est pas sans mélange. Elle en ressent plus vivement les souffrances que les joies. Il faut se séparer un jour de ce cher fils, dont la candeur a été surveillée avec tant de sollicitude. L'aimera-t-il encore au retour comme il l'aimait autrefois?
Candeur de mon enfant, on va bien vous détruire I
Alors elle tombe à genoux et lève les yeux vers l'image de la mère dont le cœur fut percé des sept glaives. Heureuse encore quand la séparation n'est que temporaire! Mais il arrive que les enfants ne sont quelquefois prêtés aux mères que pour un instant, et qu'ils partent en les laissant inconsolables. Alors la voix de la mère fait entendre une plainte si prolongée et si douce, qu'on est tenté de trouver ces petites créatures bien ingrates, puisqu'elles ne répondent pas à cet appel, ou la Provi-
«lent-e bien cnicllo, puisquVUe ne Kni i.. .•,,,. r i ,de revenir au nid qu'elles ont quitta
Je ne dis rien de loi, toi, la |ilus enfermée.. . fP US-
«'o n'est pas assez de tortures encore, il faut <iuc le deuil soit plus complet. La dernière et suprême infortune, c'est de ne pouvoir oublier. Le malheur a une longévité qui lui est propre ; il se dédouble en quelque sorte et se perpétue par le souvenir, vivace comme au premier jour. Nul n'a plus connu cette perpétuité du malheur que M™* Dcsbordes- Valmore. Il y a chez elle un détail poétique remarquable qui achèvera de peindre la tristesse de sa physionomie. Elle a tellemeut l'habitude de la douleur qu'elle se demande si elle pourrait jamais la désapprendre. « Si j'avais besoin de sourire, comment ferais-je? » se demande-t-elle. Elle craint que sa tristesse ne la poursuive même au delà de la tombe. Elle sent une secrète honte à l'idée de paraître devant Dieu avec la physionomie que lui a faite la vie. Ne pouvoir s'écrier triomphalement avec l'apôtre : « O mort, où est ton aiguillon? ô sépulcre, où est ta victoire? » redouter d'être poursuivie par le malheur jusqu'au sein de la vie bienheureuse, et sous l'aile de Dieu, c'est là vraiment la dernière limite où puisse atteindre le découragement d'une âme chrétienne.
Si je pouvais trouver un éternel sourire. ... P. IS7 ■ Ce sentiment amer revient par intersalles dans
ffOi poésies inédites, qui nous la montrent pourtant apaisée et sereine, autant qu'une pareille âme pouvait le devenir. « Je voudrais oublier afin de pouvoir sourire, » dit-elle, et cependant ce volume d'outre-tombe montre qu'elle n'aurait pas voulu être prise au mot Par une de ces contradictions qui sont naturelles au cœur humain, elle chérit ces souvenirs qu'elle demandait tout à l'heure à oublier, elle les berce amoureusement et les nourrit de tendresse. Avec le temps, ils ont perdu leur aiguillon, et lui sont devenus familiers ; ils forment toute la vie de son cœur. Elle se plaigrnait d'avoir désappris le sourire, et voilà que, pour les accueillir, son visage retrouve un rayon pâle et doux :
ËDlrez, mes souvenirs, quand vous seriez en larmes. . . 'P. 69. j
Ses souvenirs sont mieux pour elle que des amis et des compagnons, ils sont ses bons anges et sa protection contre le malheur, toujours menaçant. Ce sont eux qui gardent la porte de son cœur contre les peines nouvelles qui voudraient l'envahir. C'est par eux seulement qu'elle est protégée contre ellemême, car elle n'est pas si bien pacifiée qu'elle n'entende encore à l'horizon gronder avec inquiétude les orages d'autrefois. Le malheur est dans l'air et la guette ; mais, avertie par le passé, elle se tient en garde, et lui dit : « Je ne dois plus te voir, mais je sais ton nom. Tu es celui à qui je n'ai pu plaire. >■>
Amour, divin r&dear glissant cnlre les imes. . ■ P. 63./
— Eloignez-vous, dit-olle aux désirs errants qui rassiétjent encore; éloignez-vous, vous n'avez plus rien à m'apprendre, mon cœur est plein, il n'a plus de place pour vous.
Tous mes étonneoients sont finis sur la terre.
Tous mes adieux sont faits ; l'àme est prèle h jaillir . . . .
Coninie elle ne demande plus rien, au moins pour elle, sa puissance d'amour s'est transformée en tendresse pour autrui et en sympathie clémente pour toutes les souffrances méritées et imméritées. Le souvenir d'une jeune comédienne morte à Fontenay-aux-Roses lui inspire une très-belle pièce pleine de ce sentiment qui poussa le bon Samaritain à verser l'huile sur les blessures de l'homme que les prêtres et les scribes avaient laissé mourant sur le bord du chemin. Elle est prête à répandre sur tous ceux qui l'entourent les conseils de son amère expérience et le trésor de ses consolations, car il ne lui est resté de ses douleurs aucune amertume, aucun dépit contre la vie et la destinée. Loin d'insinuer dans ceux qui l'approchent le poison du désenchantement, elle les relève par des paroles d'espérance, et leur montre dans la souffrance le prix d'un bonheur futur. Elle rassure ceux qu'elle voit accablés et soupirants sous l'orage.
Laissez pleuvoir, ô cœurs solitaires et d oux ! Sous l'orage qui passe, il renaît tant de choses ! Le soleil sans la pluie ouvrirait-il les roses ?
Elle a des avis pleins de délicatesse féminine pour
ir> aiiu- iiiN-i- .1. u-03 qu'elle voit languir d'uu secret qu'elles ne disent pas, aussi bien que pour les âmes trop ardentes qui ne savent pas cacher leur bonheur ou dissimuler leur désespoir.
Si U Tie obscure et charmée. . . 'P. 57.)
Ces dernières poésies prédisent les approches de la mort; elles ressemblent à des adieux chuchotes d'une voix tendre. Le poète se réconcilie avec tous ceux qui furent la cause innocente ou coupable de ses peines. Elle leur pardonne afin d'être elle-même pardonnée, et, comme elle le dit, afin de ilésarmi-r Dieu :
Allez en paix, mon cher tourment. . . (P. 7. ;
A ces heures suprêmes du soir, lorsque les ombres descendent et voilent à ses yeux ces lumières trop aimées vers lesquelles elle était allée brûler ses ailes, comme le papillon à la flamme, ce n'est plus le vieil amour qu'elle implore; elle sent enfin qu'elle a ou}»lié peut-être d'autres divinités qui l'auraieut protégée contre le dieu jaloux- Fierté, pardonne-moi ! . . . ''P. 38.')
Elle se rappelle les chants de la nourrice et de la fileuse qu'elle entendit lorsqu'elle était enfant, et, se souvenant qu'ils furent pour elle une semence de vertu et de piété, elle les transmet comme un legs précieux aux enfants des générations nou-
'lies, et les transforme en prières. Ici nous r^iontrons la note dominante de ce dernier volume, qui est une note mystique. Le poète, même en parlant des choses d'ici-bas et des passions humaines, tient l'œil constamment fixé sur le ciel et cherche des consolations là où en cherchent ceux qui n'attendent plus rien de la terre. M™" Valmore est religieuse et chrétienne, et le fut toujours. Même au milieu de ses plus grands troubles, elle ne cessa de •^'lurner ses regards vers la patrie céleste comme • rs le seul port de refuge. Elle avait bu dès son a fan ce à ces sources d'eau vive que le Christ promit à la Samaritaine : aussi son âme ne fut elle jamais altérée, même au milieu de ses plus grandes ardeurs, et ne connut-elle jamais cette sécheresse à ' iquelle arrivent si facilement les âmes qui n'ont is été abreuvées de religion dans leur enfance, lorsque les rosées que la nature a répandues sur l'adolescence et la jeunesse ont été taries par les limiers feux de la vie. Elle tenait des deux reliions qui se divisent notre Occident; elle avait [>eut-être quelques gouttes de sang huguenot dans les veines, et, quoique renié, cet héritage n'avait .<is été perdu, comme le prouvent la vaillance de >n cœur et ce triste courage à se nourrir de soiuième qui lui est commun avec les âmes réformées. Toutefois ses parents étaient catholiques fervents, et l'on sait qu'eu pleine révolution française t frappés dans leurs moyens d'existence, ils avaient mieux aimé refuser l'opulence que leur offraient leurs proches, établis en Hollande, que d'abjurer leur religion. Je ne sais si M™« Desbordes- Valmore
xi.\n 1 fiA catholique tris-rirthodoxp, et si f ilr cnnmit cette obéissance stricte aux puissances de l'église visible qne recommande le catholicisme; mais elle en eut tontes les vertus qui s'accordent si bien avec un cœur féminin et une vie obscure, la soumission volontaire, l'humilité, la piété et la tendresse. Elle resta fidèle à la Vierge et ne cessa de l'implorer dans tous ses jours d'affliction, ce qui veut dire à peu près pendant toute sa vie, tant furent rares ses jours d'oubli et de bonheur. Son christianisme est tout intime et tout instinctif : M™* Valmore est de la religion des humbles, des faibles et des petits, de la religion du publicain, du bon Samaritain et de ce coupable repentant qui, avant d'expirer sur la croix, dit au Christ : Intercédez pour moi lorsque vous serez auprès de votre père. Elle prie à la manière de ces âmes blessées et méconnues et attend de Dieu les mêmes consolations. Elle ne dit pas comme les pharisiens gonflés du poison de lent confiance insolente : Je vous ai servi fidèlement, et je viens la tête haute chercher mon salaire. Elle dit : Je suis votre enfant, ne détournez pas la tête. Nous détacherons encore du volume la pièce intitulée la Couronne effeuillée; elle fera comprendre la douceur particulière de cette note religieuse :
J'irai, j'irai porter ma cooronne effeuillée .. . 'P. 163. j
Arrêtons-nous sur cette jolie pièce où l'on respire les parfums d'une rose foulée qui remontent vers le ciel. Par le sentiment consolateur qu'elle exprime, cette pièce forme l'épilogue naturel de la
poésie éplorée de M'"'' Desbordes-Valniore, comme l'espérance religieuse était la consolation naturelle de sa triste existence. Si nous avons insisté si longuement sur un poète qui tint, selon ses propres paroles, si peu de place dans cette vie, et qui passa parmi nous comme une ombre plaintive, ce n'est pas dans l'espoir de lui conquérir des admirateurs posthumes, ni d'intéresser k ses chants , que ses contemporains écoutèrent avec distraction, des générations qui ne l'ont pas connue, et dont l'oreille est attentive à des chansons d'un genre bien différent. Elle n'est point de ceux dont la mort commence la gloire et dont le tombeau se décore de couronnes. Il lui manque les deux choses essentielles qui enlèvent la sympathie : la magie de l'expression et la variété. Prononçons crûment les mots vrais : sa poésie est incolore et elle est monotone; ses images se dérobent et se fondent sous les yeux du lecteur, ses vers ne se gravent pas dans la mémoire, et ses émotions les plus poignantes glissent sur le cœur sans le toucher. Ce n'est point par la sensibilité, mais par l'intelligence, que le lecteur parvient à saisir l'émotion contenue dans ces poésies, sorties pourtant directement du cœur, et l'on reste tristement surpris que des sentiments d'une telle force soient revêtus d'un langage aussi pâle et aussi languissant. Et puis il y a chez elle trop de larmes et de douleurs pour que le lecteur puisse s'y plaire longtemps. La sympathie morale même la plus voisine de la charité est beaucoup régie par les mêmes lois qui régissent l'épicurisme ; elle demande à ne pas souffrir des peines d'autrui, et
n'en supporte que ce qu'il en faut pour pouvoir savourer le plaisir de la souffrance. Les hommes n'aiment pas les inconsolables, parce qu'ils leur enlèvent la volupté de consoler; ils n'aiment pas à compatir aux douleurs qu'ils ne voudraient pas avoir supportées : ils veulent, quand ils s'attendrissent, pouvoir faire un retour sur eux-mêmes, et se rappeler avec complaisance qu'eux aussi ont été tristes un certain jour. Cependant il est bon que justice soit rendue même à ceux qu'on ne lit pas, et que chacun occupe la place qu'il mérite d'occuper. Nul écrivain, nul poète n'est inutile et ennuyeux pour le critique, lorsqu'il lui fait faire une expérience et lui révèle un fait intéressant et original. Or c'est le service que nous a rendu M""' Desbordes-Valmore. Nous avons trouvé un poète qui présentait le spectacle delà matière poétique à son état rudimentaire, et nous permettait de montrer au lecteur les éléments premiers dont se composent les chefs-d'œuvre qui l'ont tant de fois touché. Par son absence d'artifice et de ruse, parla nudité de son langage, par ses qualités et ses défauts, M™« Desbordes-Valmore nous aide à reconnaître et à nommer ces éléments que recouvrent et dlsàimnlent les combinaisons savantes dont se sont servis les grands poètes. Nous découvrons par elle les secrets qu'ils ne nous disaient pas et la cause cachée des émotions que nous avons éprouvées. Par elle, nous constatons aussi ce qu'est la poésie à son origine, avant le travail de l'art. C'est quelque chose que de donner un tel enseignement, et c'est pourquoi celle qui l'a donné, quelque impar-
faites que soient ses œuvres, mérite de laisser mieux qu'un nom. Nous n'oserions pas la recommander au lecteur qui cherche avant tout son plaisir, mais nous la recommandons sans crainte à tous ceux pour qui la poésie est chose sacrée, et qui aiment à s'instruire dans ses mystères.
Emile Montégut.
Œevue des Deux Mondes du 15 décembre 1860.)
Un livre sensible et charmant vient de paraître sous ce titre: Poésies inédites de Madame Desbordea- Vahnore, publiées par M. Gustave Revilliod. Il renferme une foule de morceaux divers, sur les sujets variés qui viennent l'un après l'autre ébranler un cœur ou une imagination de femme. A côté de la grâce heureu:iie, de la \Taie poésie, du cri spontané des émotions et de la naïve tristesse qui n'ont jamais manqué aux vers de M™® Valmore, on trouve dans ce nouveau recueil une pensée encore plus ferme et un art encore plus exquis. Personne ne sait idéaliser comme elle les impressions enfantines et les rayons changeants du matin de Ih vie. Est-il rien de plus charmant?
Petits enfants heureux, que vous savez de choses ! . . . fP. 175.}
Et la grande petite JiHe qui s'écrie :
Maman ! comme on grandit vite ! .P. i9T.j
Nous voudrions sans fin citer, citer encore; mais le choix est trop difficile et, presque au hasard, nous copions encore une pièce tout entière.