A. M. J. MAURICE
Dam le Jura.
Nous gravissions de nuit une route sévère,
Une côte escarpée aux rochers les plus hauts; L’orage avait cessé ; chaque nue en lambeaux Flottait, laissant des jours.où brillait quelque sphère.
Une raie un peu blanche au loin parut se faire : C’est l’aube, dit quelqu’un ; — et sur ces monts si beaux,
Si beaux de ligne sombre, et pour moi si nouveaux, Je chantais en mon cœur : Voyons l’aube légère J
Mais, à peine à mon siège où j’étais remonté,
Le sommeil du matin , pesant, précipité,
Ferma de plomb mes yeux. — Quand déjà l’aube errante
Luit du bord éternel, ainsi l’autre sommeil,
Le sommeil de la mort saisit l’ame espérante ,
Et nous nous réveillons au grand et plein soleil !
Sonnets
Je côtoyais ce lac , tant nommé dans mon rêve :
Je le tenais enfin , et j’en voyais le tour.
Le rapide bateau l’embrassait d’un seul jour. Joyeux, je commençais ce qui sitôt s’achève.
Chaque instant amenait quelque nom qui se leve : Coppet venait de fuir; Lausanne avait son tour ; Vevay luisait déjà sous sa légère tour; [sève !
Clarens,... quoi? c’est Clarensl bosquet d’ardente
J’admirais, mais sans pleurs, mais sans jeune trans- Rien en moi ne cLantait ou ne faisait effort, [port ; Je disais : Est-ce tout? — Le peu de ce qu’on aime ,
La fin des longs désirs, leur inégale part,
Me revenaient alors; je m’accusais moi-même , Beaux monts, cadre immortel, et que je vois trop lard I
SONNETS
Mais , dans l’autre moitié du rapide passage ,
Un mot dit sans dessein fit naître à mon côté,
Fit jaillir un regard d’esprit et de beauté,
Tout un jeune bonheur , tout un charmant langage.
Elle parlait du beau dont Dieu peignit l’image,
Des grands livres , de l’art vu dans sa majesté ,
Du coteau plus sévère et trop vite quitté,
Puis de sa chère enfant au retour du voyage !
Je la voyais au cœur, sur ce lac transparent,
Aimant tout ce qu’on aime en la vie en entrant , Confiante jeunesse, admirante et sereine!
Mon regard aux coteaux glissait moins attaché ;
Et tous ces sentimens accompagnant la scène ,
Les lieux furent plus beaux , — je revins plus touché.
% V%Wt ®tt$Uc§( S.
A blrssed lot hath he....
colbbidge, SybHline leavet.
Il est trois fois béni, celui qui dans sa ville ,
En province resté , comme au siècle tranquille ,
Y grandit, y mûrit, intègre et conservé;
Dans la même maison qui l’avait élevé Devient maître , puis prêtre en cette église même Où sa communion se fît, et son baptême.
Il n’a pas tour à tour de tout astre essayé ;
Chaque vent ne l’a pas tour à tour balayé.
Non qu’il ignore au fond la vie et la tempête. L’écume aussi peut-être a passé sur sa tête;
Mais il est au rocher. A vouloir trop ramer
Sur ces flots inconstans que Christ seul peut calmer,
Il n’a pas défailli , ni bu, dans sa détresse ,
A ces eaux où se perd le goût de sainte ivresse.
Il sait le mal, il sait maint funeste récit,
Mais de loin il les sait, la distance adoucit;
Ailleurs ce qui foudroie, au rivage l’éclaire;