‹ Poésies de Sainte-BeuveChapitre 28 sur 39 · A. M. J. MAURICE · texte numérisé non relu

A. M. J. MAURICE

Dam le Jura.

Nous gravissions de nuit une route sévère,

Une côte escarpée aux rochers les plus hauts; L’orage avait cessé ; chaque nue en lambeaux Flottait, laissant des jours.où brillait quelque sphère.

Une raie un peu blanche au loin parut se faire : C’est l’aube, dit quelqu’un ; — et sur ces monts si beaux,

Si beaux de ligne sombre, et pour moi si nouveaux, Je chantais en mon cœur : Voyons l’aube légère J

Mais, à peine à mon siège où j’étais remonté,

Le sommeil du matin , pesant, précipité,

Ferma de plomb mes yeux. — Quand déjà l’aube errante

Luit du bord éternel, ainsi l’autre sommeil,

Le sommeil de la mort saisit l’ame espérante ,

Et nous nous réveillons au grand et plein soleil !

Sonnets

Je côtoyais ce lac , tant nommé dans mon rêve :

Je le tenais enfin , et j’en voyais le tour.

Le rapide bateau l’embrassait d’un seul jour. Joyeux, je commençais ce qui sitôt s’achève.

Chaque instant amenait quelque nom qui se leve : Coppet venait de fuir; Lausanne avait son tour ; Vevay luisait déjà sous sa légère tour; [sève !

Clarens,... quoi? c’est Clarensl bosquet d’ardente

J’admirais, mais sans pleurs, mais sans jeune trans- Rien en moi ne cLantait ou ne faisait effort, [port ; Je disais : Est-ce tout? — Le peu de ce qu’on aime ,

La fin des longs désirs, leur inégale part,

Me revenaient alors; je m’accusais moi-même , Beaux monts, cadre immortel, et que je vois trop lard I

SONNETS

Mais , dans l’autre moitié du rapide passage ,

Un mot dit sans dessein fit naître à mon côté,

Fit jaillir un regard d’esprit et de beauté,

Tout un jeune bonheur , tout un charmant langage.

Elle parlait du beau dont Dieu peignit l’image,

Des grands livres , de l’art vu dans sa majesté ,

Du coteau plus sévère et trop vite quitté,

Puis de sa chère enfant au retour du voyage !

Je la voyais au cœur, sur ce lac transparent,

Aimant tout ce qu’on aime en la vie en entrant , Confiante jeunesse, admirante et sereine!

Mon regard aux coteaux glissait moins attaché ;

Et tous ces sentimens accompagnant la scène ,

Les lieux furent plus beaux , — je revins plus touché.

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colbbidge, SybHline leavet.

Il est trois fois béni, celui qui dans sa ville ,

En province resté , comme au siècle tranquille ,

Y grandit, y mûrit, intègre et conservé;

Dans la même maison qui l’avait élevé Devient maître , puis prêtre en cette église même Où sa communion se fît, et son baptême.

Il n’a pas tour à tour de tout astre essayé ;

Chaque vent ne l’a pas tour à tour balayé.

Non qu’il ignore au fond la vie et la tempête. L’écume aussi peut-être a passé sur sa tête;

Mais il est au rocher. A vouloir trop ramer

Sur ces flots inconstans que Christ seul peut calmer,

Il n’a pas défailli , ni bu, dans sa détresse ,

A ces eaux où se perd le goût de sainte ivresse.

Il sait le mal, il sait maint funeste récit,

Mais de loin il les sait, la distance adoucit;

Ailleurs ce qui foudroie, au rivage l’éclaire;

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