‹ Poésies de SchillerChapitre 10 sur 258 · L'OTAGE · texte numérisé non relu

L'OTAGE

les prairies. Moros voit deux passants qui marchent à la hâte, et il les entend prononcer ces mots : a A présent il ra mourir sur Téchafaud. »

La douleurl ai donne un nouveau courage; Tanxiété lui donne des ailes. Aux rayons du crépuscule, il Toit briller de loin les remparts de Syracuse et de Philostrate; le fidèle gardien de sa maison vient à lui et le regarde avec effroi.

« Eloigne-toi, tu ne peux plus sauver ton ami, car il va mourir; sauve au moins ta propre vie; d'heure en heure il attendait ton retour avec espoir, et les railleries du tyran ne pouvaient lui enlever sa ferme confiance.

— S'il est trop tard, si je ne puis le sauver, je veux que la mort me réunisse à lui : il ne faut pas que le tyran avide de sang puisse dire qu'un ami a manqué à la parole donnée à son ami : qu'il nous immole tous deux et qu'il croie à la fidélité, i»

Le soleil a disparu derrière l'horizon: Le voyageur est à la porte de la ville, et voit au milieu de la foule ébahie Téchafaud déjà dressé. Déjà on y attache son ami, il fend la foule avec vigueur : « C'est moi, bourreau, s'écric-t-il, c'est moi qu'il faut faire mourir ! c'est pour moi qu'il s'est mis en otage. r>

Le peuple le regarde avec surprise. Les deux

50 POESIES DE SCIIILLER.

amis se jettent dans les bras Tun de l'autre et versent des larmes de joie et de douleur. Tous les yeux alors sont mouillés de pleurs. On raconte au roi ce qui se passe. Il éprouve une émotion humaine et fait venir les deux amis devant son trône.

Il les regarde longtemps avec étonnement, puis leur dit : « Vous avez réussi à subjuguer mon cœur. La fidélité n*est donc pas un vain mot ! Prenez^moi aussi pour votre ami, je vous en prie, recevez-moi en tiers dans votre union. »

HÊRO ET LÉAKDRE

Voyez ce vieux château que les rayons du soleil éclairent sur les rives où les vagues de rHellcspont se précipitent en gémissant contre les rocs des Dardanelles. Entendez-vous le bruit de ces vagues qui se brisent sur le rivage? Elles séparent l'Asie de TEu- Tope, mais elles n'épouvantent pas Tamour.

Le Dieu de Tamour a lancé un de ses traits puissants dans le cœur de Héro et de Léandre. Pléro est belJe et fraîche comme Hébé ; lui parcourt les montagnes, entraîné par le plaisir de la chasse. L'inimitié de leurs parents sépare cet heureux couple, et leur amour est en péril. Mais sur la tour de Sestos, que les flots de THellespont frappent sans cesse avec impétuosité, la jeune fille est assise dans la solitude et regarde les rives d'Abidos, où demeure son bienaimé. Hélas I nul pont ne réunit ces rivages éloignés, nul bateau ne va de Tun à Tautre ; mais T Amour a su trouver son chemin, il a su pénétrer dans les détours du labyrinthe ; il donne l'habileté à celui qui est timide^ il asservit à son joug les animaux

féroces, il attelle à son char les taureauxfougueux. Le Styx même, avec ses neuf contour;5, n'arrête pas le Dieu hardi : il enlève une amante aux sombres demeures de Pluton.

Il excite le courage de Léandre, et le pousse sur les flots avec un ardent désir. Quand le rayon du jour pâlity Taudacieux nageur se jette dans les ondes du Pont, les fend d'un bras nerveux, et arrive sur la terre chérie où la lumière d'un flambeau lui sert de guide.

Dans les bras de celle qu'il aime, l'heureux jeune homme se repose de sa lutte terrible ; il reçoit la récompense divine que l'amour lui réserve, jusqu'à ce que l'aurore éveille les deux amants dans leur rêve de volupté, et que le jeune homme se rejette dans les ondes froides de la mer.

Trente jours se passent ainsi ; trente jours donnent à ces tendres amants les joies, les douceurs d'une nuit nuptiale, les transports ravissants que les Dieux eux-mêmes envient. Celui-là n'a pas connu le bonheur, qui n'a pas su dérober les fruits du ciel au bord cflroyable du fleuve des enfers.

Le soir et le matin se succèdent à Thorizon. Les amants ne voient pas la chute des feuilles, ils ne remarquent pas le vent du nord qui annonce l'approche de l'hiver; ils se réjouissent de voir les jours

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