L'OTAGE
' son fiancé. Je te laisse près de lai pour otage jusqu'à ce que je revienne le délivrer. »
Son ami fidèle Tembrasse en silence et se remet entre les mains du tyran. L'autre part ; avant le troi* siëmejoar il a marié sa sœur, et il se remet en route à la hâte, inquiet d'arriver trop tard.
Cependant il tombe des torrents de pluie, les sources d'eau se précipitent du sommet des montagnes, enflent les rivières, et lorsqu'il arrive, son bâton à la main, au bord d'un ruisseau, l'onde' fougueuse ébranle le pont et renverse les arches, qui s^écroulent avec le fracas du tonnerre.
n erre désespéré sur le rivage, regardant de tous côtés s'il ne voit point de nacelle, et appelant à haute voix le secours d'un batelier; mais personne ne vient à lui, et le torrent sauvage s'étend au loin comme une mer.
Alors il tombe sur le rivage, élève les mains vers Jupiter, pleure et s'écrie : « Oh! arrête l'impétuosité de cette onde. Le temps vole, le soleil est déjà arrivé au milieu de sa course, et lorsqu'il se penchera à l'horizon, si je n'ai pas atteint la ville, mon ami doit mourir, i»
Mais la fureur de l'onde s'accroît sans cesse : les fugues bondissent sur les vagues : les heures rapides se succèdent. Dans son angoisse, Moros se décide à
tout tenter ; il se jette aa milieu des flots mugissants, il les fend d'un bras nerveux, et les Dieux ont piti'^. de lui.
Arrivé sur l'autre bord, il se remet en marche, rendant grâces au ciel qui Ta sauvé , lorsque tout à coup des brigands s'élancent de la forêt, lui ferment le passage, et, brandissant sur lui leurs massues^ le menacent de le faire mourin
« Que voulez-vous? s'écrie- t-il, pâle d'effroi. Je n'ai rien que ma vie, et il faut que je la donne au roi. » Il arrache la massue de l'un des brigands: « Au nom de mon ami, dit-il, ayez pitié! » Puis il abat de ses coups violents trois de ces misérables : les autres prennent la fuite.
Le soleil darde sur la terre ses rayons ardents.' Moros, accablé de fatigue, sent ployer ses genoux : « 0 Dieux, s'écrie-t-il, ne m'avez-vous donc sauvé des mains des brigands, des fureurs de l'onde, que pour me faire languir ici et pour que mon ami périsse I )»
£t voilà que tout à coup il entend près de lui un doux murmure; il s'arrête, écoute : c'est une source d'eau limpide qui tombe du rocher; il s'incline avec joie et rafraîchit ses membres brûlants.
Le soleil brille entre les. rameaux des arbres, et les ombres gigantesques de la forêt s'étendent sur