LIVRE PREMIER. H
toute autre circonstance, les souverains allemands n'auraient pu obtenir de leurs siijets les sacrifices qu'ils étaient obligés de Isur demander pour résister à la puissance autrichienne; et, dans toute autre circonstance aussi, ces souverains auraient vainement cherché à aug-* menter leurs forces pap des alliances étrangères.
Jamais Vautorité de 1* Autriche n'avait été plus grande et plus généralement reconnue qu'après la bataille de Muhlberg, où Charles-Quint défiUes Allemands. Mais leur liberté, que l'alliance de Schmalkade semblait avoir anéantie pour toujours, reprit un nouvel essor sous Maurice de Saxe ; et les conséquences de la victoire de Muhlberg disparurent devant le congrès de Passau et devant la paix d'Âugsbourg, où, par des concessions mutuelles, on croyait avoir terminé pour toujours les guerres civiles et religieuses. Ce célèbre congrès créa légalement deux' politiques et deux religions ; car les protestants, qui jusque-là avaient été traités en rebelles, redevinrent des citoyens ; et la confession d'Augsbourg pouvait se regarder, en apparence du moins, comme l'égale de l'Église romaine. Chaque membre de la diète germanique avait le droit de choisir entre les deux religions, et de rendre celle qu'il avait préférée universelle et d<h minante' dans 'Ses États; chaque citoyen avait le droit de quitter le pays où sa religion était opprimée ou persécutée.
Ce fut là la première sanction authentique qu'obtint la doctrine de Luther ; et si l'Autriche et la Bavière la repoussèrent toujours, elle pouvait s'en consoler, car elle régnait dans la Saxe et dans la Thuringe. Ces souverains cef>endant avaient exclusivement le droit de décider quelle religion on pratiquerait dans leurs États ; la volonté et la conscience des sujets n'étaient comptées pour rien; la diète, où les peuples n'avaient aucun représentant, n'avait pas daigné s'occuper d'eux. L'empereur
Ferdinand I'^^, lui qui, plus que tout autre, avait contribué à cette paix y avait, il est vrai, demandé pour les sujets protestants des États ecclésiastiques où le culte romain devait irrévocablement rester la religion dominante, le droit de pratiquer librement leur culte ; mais cette demande, contestée par le parti catholique, et consignée dans le traité avec cette contestation, ne pouvait avoir force de loi.
Si la séparation religieuse n'avait porté que sur des opinions et des croyances, elle se serait sans doute opérée paisiblement; elle ne devint difficile et orageuse que parce que des richesses, des dignités et des privilèges ^^^laient attachés à ces opinions, à ces croyances.
Lorsque l'un des deux frères qui jouissent en commun de leur patrimoine, veut quitter la maison paternelle, il éprouve naturellement le besoin de régler ses comptes avec le frère qui, désormais restera seul au logis ; mais ce règlement devient d'autant plus difficile, que leur père, ne prévoyant pas la possibilité d'une séparation, n'a rien stipulé pour le cas où elle deviendrait nécessaire. Telle était la situation de TÉglise, enrichie par les pieuses donations qui lui avaient été faites pendant les dix premiers siècles, de l'ère chrétienne. 11 s'agissait de décider si, à l'exemple de la noblesse, elle admetfait le droit d'aînesse et sanctionnait la validité d'une valeur accordée au premier-né, quand le puîné n'existait pas encore pour réclamer la part que lui accordaient les lois de la nature.
Pouvait-on priver les luthériens d'une fortune provenant aussi bien de leurs ancêtres que de ceux des catholiques? Pouvait-on les regarder comme déchus de leurs droits, parce qu'à l'époque de la fondation de cette fortune la dissidence qui, plus tard , sépara la même Église en catholique et en luthérienne, était encore inconnueT Les deux partis trouvèrent desL raisons suffi-