LIVRE PREMIER
santés pour soutenir de longues âiscussions» mais il fat aussi itppossible à Tune qu*à Tautre de prouver la jus* tesse de ses prétentions. Le droit ne peut décider que les cas supposables; les querelles des établissements spiri* tuels ne sauraient l'être, surtout quand elles portent sur des dogmes et des articles de foi. Est-il possible, par exemple, de supposer une donation étemelle en faveur d'une opinion nécessairement variable, comme tout ce qui existe en ce monde ?
Quand la justice est insuffisante pour décider une question, la force vient prendre sa place ; et c'est ce qui ne tarda pas à arriver dans les démêlés qui s'élevèrent à propos des biens et des privilèges de l'Église. Le parti protestant conserva tout ce qu'il avait eu le bonheur d'arracher au parti catholique, qui persista plus que jamais à se maintenir dans la plénitude des droits et des biens qui lui étaient restés. Forcé d'abandonner les évéchés et les abbayes, devenus des États séculiers, il se réserva l'avenir en stipulant que désormais tout état ou chapitre ecclésiastique qui n'avait pas été sécularisé avant la conclusion de cette paix, ne pouvait plus l'être parce que l'abbé, Tévêque, et même l'électeur qui possédait ces États ou ces chapitres serait, s'il embrassait le protestantisme, déchu de ses droits et de ses dignités, et que l'on procéderait immédiatement à l'élection de son remplaçant.
Cette clause du traité d'Augsbourg , connue sous le nom de Réserve ecclésiastique, faisait de la renonciation à la foi catholique une véritable mort civile, et sou* mettait l'existence temporelle des princes et des chefs de l'Église à leur attachement à la foi catholique; aussi peut-on la regarder comme l'ancre de salut de celte religion. Les protestants contestèrent vivement la Réserve ecclésiastique ; ils ne la laissèrent consigner dans le traité d'Augsbourg qu'avec l'adjonction précise que
les deux parties ne s'étaient pas sufGsamment entendues sur cette clause» qui ne pouvait, par conséquent, être regardée comme obligatoire; et ils ne la respectèrent pas davantage que les souverains ecclésiastiques ne respectèrent la promesse que l'empereur Ferdinand !•» avait faite aux prolestants des États ecclésiastiques.
Cette célèbre paix d'Augsbourg, qu'on croyait éternelle, portait donc en elle deux principes de discorde dont les conséquences funestes ne tardèrent pas à se manifester. Les mêmes difQcultés qui s'opposaient à la liberté religieuse et à la tranquille possession des biens ecclésiastiques, jetèrent le trouble et la confusion dans les affaires temporelles. L'Église s'était divisée, la diète se composait de deux partis religieux ; et cependant le système politique tout entier ne devait suivre que les impulsions d'un seul de ces partis. Jusque-là les empereurs avaient appartenu à l'Église romaine, car jusquelà cette Église n'avait pas eu de rivale en Allemagne : mais les rapports d'un prince avec Rome pouvaient-ils constituer un empereur d'Allemagne? et cette dignité ne tenait-elle pas plutôt à l'Allemagne elle-même, qui se représentait dans la personne de son chef? Le parti protestant n'appartenait-il pas aussi à l'Allemagne? et comment pouvait-il se croire représenté par une suite d'empereurs catholiques?
C'était pour que les États allemands pussent se juger eux-mêmes dans la haute diète, qu'ils en fournissaient les membres : tel était l'esprit de celte institution ; ne pas y admettre les deux Religions c'était donc s'en écarter entièrement. Par un pur effet du hasard, il n'y avait qu'une seule religion en Allemagne lorsque la dièle germanique se forma pour empêcher les oppressions que, sous les apparences de la légalité^ les divers États de l'Empire auraient pu faire peser les uns sur les autres. Ce but était manqué du moment où un