LIVRE PREMIER
parti religieux s'arrogeait le droit de juger l'autre ; et le but d'une institution aussi importante que celle de la diète germanique pouvait-il, devait-il subir les chances du hasard?
A force de luttes et de combats, les princes protestants avaient obtenu enfin le droit de siéger à la chambre im« pénale ; mais ils y furent en minorité, et continuèrent à être exclus du droit de parvenir à la couronne impériale. Malgré ce que Ton a pu dire de la prétendue égalité établie par la paix d'Âugsbourg entre les deux Églises, celle de Rome resta triomphante; celle de Luther n'était ^e tolérée, et les concessions qu'on lui avait faites, elle les devait à la peur qu'elle avait su inspirer, et non à la reconnaissance légale de ses droits.
Une pareille paix, que l'empereur Ferdinand I" avait préparée avec tant de peines et d'efforts patients, était donc moins un traité entre deux puissances, qu'une con« vention entre un maître irrité et un rebelle indomptable; aussi ne pouvait-elle manquer de devenir une source de discordes nouvelles. Embrasser le protestantisme était toujours un crime, puisque cet acte était puni par la perte de tous les avantages dont on avait joui en qualité de membre fîdèle de TÉglise romaine; et cette Église préféra toujours se voir tout arracher par la force, plutôt que de consentir volontairement aux plus légères concessions. Elle avait compris qu'elle pouvait espérer de reprendre un jour ce qu'on lui avait fait perdre par la violence, tandis qu'elle aurait ébranlé ses fondements en accordant au protestantisme un droit quelconque.
Toutes les conditions de la paix étaient basées sur ce principe, car aucune des concessions en faveur des protestants n'était définitive; ils ne devaient en jouir que jusqu'au moment où s'assemblerait un nouveau concile, spécialement chargé de réunir les deux Églises; et ce
n*élail que dans le cas où l'impossibilité de cette v&n^ nion serait reconnue, que le traité de paix devait cesser enfin d*ê(re conditionnel* Les deux partis ne croyaient pas, il est vrai , à la possibilité d'une réconciliation ; mais le parti • catholique feignait de Tespérer, parce que cet espoir lui fournissait le prétexte de sou» mettre les bases fondamentales de la paix à toutes les chances du hasard qui pourraient lui être favo* râbles.
La paix d*Augsbourg, qui devait à jamais étouffer les guerres intestines » ne fut donc qu'un expédient temporaire y une conséquence forcée des faits accom- . plis et des nécessités qu'ils imposaient à tout le monde. Il n'était pas donné aux papistes d'entrer dans les combinaisons d'un traité fondé sur la justice et sur un mûr et consciencieux examen des principes religieux et de la liberté des consciences; hâtons-nous d'ajouter qu'il n'entrait pas davantage dans les vues des protestants de proposer un pareil traité. Loin de se montrer équitables et impartiaux, ils persécutaient partout où ils le pouvaient les catholiques, qui, de leur côté, au reste, ne cherchaient pas même à mériter plus de ménagements par une conduite modérée et des principes tolérants.
Des nuages trop épais enveloppaient encore rintelligence humaine, pour qu'une véritable paix religieuse fût possible. Comment un parti aurait-il pu exiger de l'autre des sacrifices dont lui-même se sentait incapable? Les avantages que les deux Églises avaient conservés ou obtenus par le traité d'Augsbourg, n'étaient que le résultat de leurs forces respectives ; et ce qu'elles devaient à la force ne pouvait être maintenu que par la force» C'était le glaive à la main qu'on avait tracé les limites de leurs droits, c'était le glaive à la main qu'il fallait veiller sur ces limites; et malheur au parti qui aurait désarmé le premier! Aussi vit-on, au sein même de cette paix