LIVRE PREMIER
douteuse, se développer le germe d'un avenir terrible; qui menaçait l'Europe tout entière.
L'Empire jouissait d'un moment de calme; un lien fragile semblait vouloir réunir les membres divisés de ce grand corps, et réveiller les sympathies nationales; mais ce corps avait été frappé au cœur, et rieû ne pou* vait y faire renaître l'harmonie primitive. Les droits que le traité d'Âugsbourg croyait avoir réglés, restaient soumis aux interprétations les plus contradictoires. Oh était parvenu à arrêter les deux partis au milieu de la chaleur du combat et à.leur imposer une trêve; on avait recouvert de cendres le foyer de l'incendie, mais on ne l'avait pas éteint. Les prétentions les plus justes, ou du moins regardées comme telles, n'étaient point satisfaites ; les catholiques croyaient avoir trop perdu , les protestants étaient convaincus qu'ils n'avaient pas assez gagné; et les uns et les autres se consolaient en interprétant, au gré de leurs désirs, le traité qu'ils n'osaient pas encore violer ouvertement.
Les mêmes motifs d'intérêt qui avaient déterminé tant de princes à embrasser les doctrines de Luther, existaient après comme avant le traité; aussi les protestants se montraient-ils plus ardents que jamais à s'emparer des États ecclésiastiques, et bientôt toute la basse Allemagne fut sécularisée. Si dans la haute Allemagne le clergé conserva ses possessions , c'est parce que là les catholiques étaient les plus forts, et cependant les souverains ecclésiastiques étaient sans cesse exposés aux vexations et même aux attaques à main armée du parti protestant. Lorsqu'ils n'étaient pas assez puissants pour repousser la force par la force, ils se réfugiaient sous les ailes de la justice, qui, malheureusement» avait beaucoup plus de bonne volonté que de pouvoir pour les protéger. Les chancelleries de l'Empire regorgeaient de plaintes contre les spoliations des protestants, et la diète