LIVRE PREMIER
FEmpire se trouvaient entre les mains de Ferdinand \", et après lui elles passèrent en celles de son excellent fils, Maximilien II. Guidé par les sentiments de son cœur, aussi noble que généreux, Ferdinand* I^' était parvenu à conclure la paix d'Augsbourg; mais, en dépit jdes efforts qu'il &i auprès du concile de Trente , il ne put rien pour la réunion des deux Églises. Trahi par Philippe 11 d*Ëspagne, menacé en Hongrie et en Transylvanie par les armes victorieuses de la Porte , ne devait-il pas plus que jamais désirer le maintien de la paix en Allemagne, lors même que cette paix n'aurait pas été son ouvrage? Les États héréditaires de TÂutriche ne pouvaient supporter seuls le fardeau des dépenses qu'exigeait la guerre contre les Turcs; l'assistance de tous les souverains de l'Empire lui était donc indispensable, et sa haute raison lui faisait prévoir que la première violation ouverte du traité d'Âugsbourg entraînerait la division de l'Empire.
Dans une pareille position, la politique seule aurait suffi pour le conti'hindre à se montrer aussi juste envers les princes protestants qu'envers les princes catholiques, et cependant les prétentions contradictoires des deux partis rendaient cette justice presque impossible. Aussi les nobles intentions de Ferdinand n'obtinrent-elles pas le résultat qu'il en avait espéré, et sa généreuse impartialité envers les protestants ne lui valut d'autre avantage que celui de repousser do son règne une guerre qui» sous celui de ses successeurs, éclata si terrible et si violente.
Son fils, Maximilien II, qui, s'il eût vécu plus longtemps, eût peut-être élevé le protestantisme jusqu'au trône impérial, ne fut pas plus heureux. La nécessité avait appris au père à ménager la reformation; la né» cessilé et la justice prescrivirent au fils une conduite semblable; le petit-fils, Rodolphe 11, se montra sourd à
la voix de.la nécessité comme à celle de la justice; aussi ne tarda-t-il pas à expier rayeuglement de son esprit et la dureté de son cœur.
Rodolphe II, qui était rainédessixfilsdeMaximilien, devint Tunique héritier des États de son père et de la couronne impériale; ses cinq frères reçurent, à titre de dédommagement, quelques faibles apanages. Une seule branche collatérale, dont l'archiduc Charles de Styrie était le chef, possédait encore quelques provinces de Fimmense patrimoine de la maison de Habsbourg ; mais, à l'exception de cette parcelle des États héréditaires» toutes les forces de la maison d'Autriche se trouvaient réunies dans les mains de Rodolphe II, malheureusement trop faible pour un pareil fardeau.
Ce monarque cependant ne manquait pas de vertus, et il eût été chéri et révéré, si le sort l'eût fait naitre dans une position moins élevée. Son cai*actère était pacifique, il aimait et cultivait les sciences : l'astronomie, l'histoire naturelle, la chimie et l'étude des antiquités avaient surtout tant d'attraits pour lui, qu'il s'en occupait même dans les moments où les affaires d'État réclamaient toute son attention et toute sa sollicitude. Ce penchant l'entraînait à des dépenses considérables, qui achevèrent d'épuiser ses finances, tandis que ses études astronomiques, ou plutôt ses rêveries astrologiques, remplissaient son esprit, naturellement sombre et thnide, d'une foule de superstitions ridicules et funestes. Avec de pareilles dispositions, entretenues par les souvenirs de sa première jeunesse, qu'il avait passée en Espagne, il ne pouvait manquer de devenir le jouet des perfides insinuations des jésuites et des conseils passionnés de la cour espagnole.
Toujours préoccupé de travaux incompatibles avecles devoirs de sa haute position, et sans cesse effrayé par des prédictions absurdes, il devint bientôt inaccessible