‹ Poésies de SchillerChapitre 128 sur 258 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ft ses sujets. Entouré de minéraux, de fossiles^ de médailles, de lunettes d'approche, d'alambics et de fourneaux, il se tenait caché dans son laboratoire pendant que la discorde brisait, un à un, tous les liens de T Empire, et que la révolte gifondait jusque sur les dernières . marches du trône. Personne, sans exception, ne pouvait l'approcher sans un ordre immédiatement émané de luimême; aussi les affaires les plus urgentes restaient-elles suspendues, et l'espoir du brillant héritage de la monarchie espagnole s'évanouit pour toujours : car l'indolent Rodolphe ne pouvait se décider à donner sa main à Tinfante Isabelle ; d'un autre côté, son insouciance à désigner un successeur au trône impérial, plongea l'Empire dans une déplorable anarchie.

Les représentants des États autrichiens refusèrent de lui prêter foi et hommage; la Hongrie et la Transylvanie s'affranchirent de son autorité, et la Bohême ne tarda pas à imiter leur exemple. C'est ainsi que la postérité de l'illustre Charles-Quint se vit menacée dans son existence, d'un côté par les Turcs, et de l'autre par les protestants. Dans cette circonstance, les membres de la diète germanique se conduisirent comme ils l'avaient toujours fait quand le trône était sans empereur, ou quand l'empereur se montrait indigne du trône : ils prirent le parti de se gouverner eux-mêmes. Mais, privés d'un chef qui pût maintenir l'équilibre, ils se divisèrent en deux partis, discutant les intérêts de l'Empire les armes à la main, tandis que Rodolphe, adversaire méprisé de l'un, protecteur impuissant de Tautre, resta oisif, et aussi incapable de diriger ses amis que de dompter ses ennemis. L'incapacité de ce prince ne meiiaçait pas seulement le repos de l'Empire, elle préparait la ruine de sa propre maison, qui, pour éviter celte catastrophe, se ligua contre lui. Chassé de ses États héréditaires par une faction composée des princes de sa

famille, et dont l'archiduc Mathias était le chef, il ne lui resta bientôt plus rien à perdre que la couronne impériale ; la mort vint l'enlever à temps pour lui épargner ce dernier affront.

Le mauvais génie de l'Allemagne voulut que, dans un moment de crise et de danger, où TÉtat avait besoin d'un chef ferme, courageux et doué, surtout, d'une intelligence supérieure y un Rodolphe montât sur le trône impérial. À une époque de calme et de tranquillité, l'Empire aurait marché de lui-môme en suivant sans efforts l'impulsion si «sagement combinée de ses divers rouages; et Rodolphe aurait pu, comme tant d'autres monarques ineptes, cacher son insignifiance dans des nuages mystiques^ le besoin urgent et généralement senti des qualités qui lui manquaient força sa nullité de paraître au grand jour.

Au reste, rAUemagne se trouvait alors dans une position tellement critique, qu'elle avait le droit d'exiger que son empereur lui apportât le pouvoir et la volonté de détourner les dangers qui la menaçaient; mais lors même que Rodolphe 11 se fût trouvé au niveau de sa position, les soins qu'exigeaient la conservation de ses Ëtats héréditaires l'eussent empêché de s'occuper efficacement des intérêts de TEmpire.

Le dévouement des princes autrichiens à l'Église de Rome n'avait pu empêcher le protestantisme de pénétrer dans leurs provinces. Toléré par la politique de Ferdinand 1*% et protégé par la bonté de Maximilien 11, il y avait jeté en peu de temps des racines si profondes, que les États héréditaires de la maison de Habsbourg offraient, dans des limites plus resserrées, le même tableau que l'Allemagne dans son immense étendue. La plus grande partie de la noblesse suzeraine, presque tous les chevaliers et principaux habitants des villes, étaient protestants. Et comme ils siégeaient aux états,

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