LIVRE PREMIER
ils étaient parvenus à s*emparer des emplois les plus importants, car la voix de quelques prélats isolés était trop faij)le pour s*opposer à une telle majorité. Ces prélats n'avaient même plus le pouvoir de réprimer les railleries indécentes et les allusions grossières dont ils étaient devenus Fobjet, ce qui finit par les décider à ne plus siéger aux assemblées des états. Celte conduite imprudente assura la puissance de leurs ennemis, car les empereurs dépendaient des états qui, dans leurs assemblées, refusaient ou accordaient les impôts.
Les protestants ne manquèrent pas d'exploiter cette ressource précieuse, qui leur faisait obtenir des privi* léges proportionnés aux besoins d*argent qu'éprouvaient les empereurs. Dans un moment de crise, Maximilien 11 avait poussé la condescendance jusqu'à permettre aux seigneurs suzerains protestants de professer ouverte* ment leur religion dans leurs terres et dans leurs châteaux. Enhardis par cette liberté, des prédicateui^ fanatiques poussèrent l'audace jusqu'à prêcher les doctrines de la réformation dans l'assemblée des états autrichiens, et jusque dans les rues devienne. La populace accourait en foule pour entendre ces prédicateurs, dont toute l'éloquence évangélique consistait en injures grossières contre l'Église de Rome et les serviteurs qui lui étaient restés fidèles. Ce zèle imprudent et malentendu, loin d*ètre* favorable à la cause du protestantisme, ne servit qu'à enflammer les haines qui divisaient deux Églises si peu différentes l'une de l'autre, que pour les séparer à jamais il a fallu que les .passions les plus malfaisantes et les plus honteuses les couvrissent de leur venin.
De tous les États héréditaires de l'Autriche, la Hongrie et la Transylvanie étaient les plus difficiles à conserver. Déjà les attaques réitérées des Turcs, qui convoitaient ces deux pays, avaient imposé à Ferdinand P' des conditions humiliantes; il s'était engagé à payer à la Porte
un tribut, annuel, et à la reconnaître pour souveraine de la Transylvanie. Cet aveu honteux de son impuissance était devenu pour la noblesse hongroise, natureUemep^ inquiète et belliqueuse, un nouveau grief contre un souverain qu'elle n*avait pas accepté sans conditions ; car la couronne de Hongrie était élective, et les nobles ienaient opiniâtrement à tous les avantages que pouvaient leur procurer leurs votes. Le voisinage de la Turquie, toujours prête à les soutenir dans leurs révoltes, leur facilitait le moyen de changer de maître, et augmentait l'audace des magnats, qui, dès qu'ik se croyaient blessés par le gouvernement autrichien, se jetaient dans les bi*as de la Porte ottomane, qu*au premier sujet de mécontentement ils abandonnaient à son tour pour revenir à l'autorité allemande.
Ces passages subits d*une domination à une autre avaient exercé une telle influence sur leur esprit, qu*ils flottaient sans cesse entre des projets de désertion et des projets de soumission. Le peuple, qui voyait à regret son beau pays réduit à Fétat de province tributaire d'une monarchie étrangère, désirait ardemment un souverain national, et promettait à tout rebelle hongrois un succès d'autant plus facile, qu'il pouvait compter sur l'assistance de la Porte, qui, dans ces occasions, s'empressait toujours de lui envoyer le sceptre et la couronne. De son côté, l'Autriche ne manquait jamais de reconnaître la souveraineté suzeraine au guerrier audacieux qui était parvenu à enlever une province à la domination ottomane; trop heureuse de pouvoir ainsi ressaisir quelque ombre d'autorité dans une contrée où elle était sans cesse méconnue ou insultée.
C*est ainsi que Bathori, Bosclikai, Ragoczi, Bethlen- Gabor et plusieurs autres magnats, étaient parvenus à se faire couronner rois de Hongrie ou de Transylvanie,