LIVRE PREMIER. ^ S
sans avoir eu, en déGnitive, d'autre mérite que celui de s'être rendus redoutables à leur maître en passant sous le drapeau de l'ennemi.
En vain Ferdinand I^, Haximilien II, et Rodolphe II, avaient-ils épuisé presque toutes leurs ressources pour garantir la Hongrie et la Transylvanie, des invasions des Turcs et des révolutions intérieures; ces deux pays étaient restés le théâtre de scènes sanglantes entrecoupées de courtes trêves. Les terres étaient incultes, les villes sans industrie; et les vassaux ne savaient plus quels étaient leurs amis ou leurs ennemis, car les uns et les autres les traitaient avec la même injustice et la même cruauté.
Au milieu de ces troubles perpétuels» le protestantisme s'était, pour ahisi dire, glissé à travers toutes les parties de la Hongrie et de la Transylvanie, où il avait fait de nombreux prosélytes. La constitution protégea ces nouveaux rdigionnaires, mais le fanatisme leur disputa leurs droits, et les éleva ainsi à la hauteur d'un parti politique qui, sous les ordres de Boschkai, déploya l'étendard de la révolte en Transylvanie. En Hongrie, les chefs de ce même parti cherchèrent à former une ligue avec les protestants de l'Autriche, de la Moravie et de la Bohême. Cette ligue ne menaçait pas seulement la religion catholique, mais encore l'existence de la maison d'Autriche. Ce danger mit le comble à l'indignation des princes de cette maison contre l'empereur Rodolphe, dont l'incapacité avait préparé tant de maux.
Un de ces princes, l'archiduc Hathias, second flls de l'empereur Maximilien II, gouverneur de la Hongrie et héritier présomptif de son frère Rodolphe II, s'était laissé entraîner, dans sa première jeunesse, à une démarche inconsidérée. Une députation flamande l'avait prié de secourir les Pays-Bas contre Philippe II. Malgré la parenté qui l'unissait au roi d'Espagne, Mathias, qui
prit les vœux d'une faible faction pour ceux du peuple flamand, répondit à cet appel, mais il échoua complète* ment. Le désir de faire oublier le mauvais succès de son expédition dans les Pays-Bas lui fit saisir avec empressement l'occasion d'acquérir une gloire réelle, en rétablissant la puissance de sa maison.
Après avoir plusieurs fois, et toujours en vain, exhorté Rodolphe à une conduite plus digne de son rang et plus conforme à ses devoirs, il convoqua les archiducs ses oncles, ses frères et ses cousins, à un conseil de famille, qui se tint à Presbourg. Dans ce conseil, on lui décerna solennellement le droit de défendre les intérêts de la maison d'Autriche, gravement compromis par Tincapacitéde Rodolphe. Devenu ainsi le véritable chef de la famille, Mathias entama des négociations avec la Porte et avec les rebelles hongrois, et il eut l'adresse et le bonheur d'obtenir un traité de paix qui restituait à l'Autriche la plupart des provinces hongroises qu'elle avait perdues. Hais l'empereur Rodolphe, aussi jaloux de ses prérogatives qu'incapable d'en faire un digne usage, refusa de ratifler ce traité, qu'il regarda comme une usurpation de ses droits. 11 accusa son frère de trahison, et lui reprocha de convoiter la couronne de la Hongrie.
ix)rs même que Malhias n'aurait eu dans le principe que des intentions louables, la conduite de son frère eût suffi pour lui suggérer des projets ambitieux. Sûr de l'affection du peuple hongrois et de l'obéissance de la noblesse, soutenu dans les États héréditaires par un parti puissant, il répondit aux accusations de l'empereur, à la tête d'une armée. Les protestants de l'Autriche et de 1& Moravie, auxquels il avait promis des libertés religieuses illimitées, se joignirent à lui, et leur alliance avec les protestants de la Hongrie et de la Transylvanie devint enfin une réalité.
Ce fut alors seulement que Rodolphe reconnut qu'un