‹ Poésies de SchillerChapitre 131 sur 258 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

orage terrible était près d'cclaler sur sa tête, mais il n'était plus temps de le détourner. Déjà la Hongrie, TAutriche et la Moravie avaient prêté foi et hommage à Bf athias , qui s'avançait vers la Bohême pour y poursuivre l'empereur jusque dans son château de Prague, et renverser ainsi la dernière colonne de son trône chancelant. Le royaume de Bohême, au reste, était pour la maison d'Autriche une possession tout aussi dou* teuse que celui de Hongrie, avec la diiïérence cependant que dans ce dernier pays les troubles tenaient à des causes politiques, tandis que la religion seule agitait la Bohême.

Ce fut là que cent ans avant Luther éclatèrent les premières étincelles de discorde religieuse; ce fut là encore que cent ans après Luther s'alluma le feu terrible de la célèbre guerre de trente ans. La secte de Jean Hus y était toujours très-nombreuse. Le droit de communier sous les deux espèces, seule différence réelle qui distinguât les hussites des catholiques, leur avait été accordé au concile de Bâle, par une convention spéciale, connue sous le nom de Pacte bohémien; et quoique plus tard ce droit leuç fût contesté par les papes, ils continuaient à en jouir sous la protection des lois de leur pays.

L'usage de la coupe dans leurs cérémonies religieuses leur avait fait donner le surnom d' Utraquistes;ei ce nom, qui signifie communier sous les deux espèces, en leur rappelant un privilège dont ils étaient si fiers, leur plut tellement, qu'ils le.conservèrent, en dépit des variations que subirent leurs principes ; car les hussites ont toujours suivi de près les réformes religieuses qui se sont opérées en Suisse et en Allemagne. Cette secte enfanta les frères moraves et les frères bohèmes, semblables sur presque tous les points aux protestants allemands ; et si elle tenait encore à conserver le nom à'Vtraquistes^ c'est parce que, grâce à ce nom, elle se trouvait à l'abri des persécutions dont les protestants étaient J^objet.

Enhardis par leur nombre et surtout par la tolérance de Maximilien II» les hussites ou utraquistes s'étaient montrés sous le règne de ce prince pour ce qu*ils étaient en effet. Imitant l'exemple des protestants de l'Allemagne, ils avaient rédigé leur confession et demandé pour elle les privilèges qu'avait obtenus celle d'Augsbourg. Mais cette prétention avait été contestée à rassemblée de leurs états par tous les membres catholiques, [ei ils avaient été forcés de se contenter d'une promesse verbale de l'empereur concernant leurs libertés religieuses. Tant que ce prince vécut, cette promesse eut pour eux force de loi; mais, sous le règne de Rodolphe, la scène du monde politique et religieux avait entièrement changé d'aspect. Un édit impérial interdit aux frères bohèmes l^exercice de leur culte, et .frappa en même temps celui des hussites, qui, par la forme du moins, se confondait avec le leur. A l'assemblée des états, ils réclamèrent contre cet édit , mais il leur fut impossible de le faire révoquer.

L'empereur et les États catholiques s'étaient appuyés sur la décision du concile de Bàle, et sur la constitution 'de la Bohême, car on savait d'avance qu'il était impossible d'y trouver des clauses en faveur d'une religion qui, à l'époque d'où dataient ces documents, était loin d'avoir pour elle la majorité de la nation. Les années qui s'étaient écoulées depuis avaient amené des changements immenses : une secte d'abord obscure et faible était devenue une communion nombreuse et puissante; et le despotisme et l'esprit de chicane s'étaient arrogé le droit de fixer les limites des progrès de cette communion» d'après des traités conclus lorsqu'elle n'existait pas encore. En vain les protestants de la Bohème invoquèrentils la promesse de l'empereur Maximilien, et la liberté religieuse dont jouissaient les Allemands, à laquelle ils croyaient avoir les mêmes droits ; on ne leur accorda rieac

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