‹ Poésies de SchillerChapitre 134 sur 258 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

les magistrats de la ville. Enhardis par ce succès, ils avaient demandé Tautorisation de construire une église consacrée à leur culte: on la leur avait refusée; mais, se* condés par le gouvernement de la ville, ils étaient parvenus à se la faire accorder de vive force.

Cette ville importante, tombée au pouvoir de la réformation, était un coup aussi imprévu que terrible pour le parti catholique, et même pour l'empereur, qui, après avoir vainement épuisé lès menaces et les somma* lions, eut recours aux moyens extrêmes. Aix-la-Chapelle fut mise au ban de l'Empire par le conseil aulique de Vienne; mais cet arrêt ne put avoir un commencement d'exécution que sous le règne suivant.

Deux autres tentatives des protestants pour étendre leur domination eurent des conséquences plus graves encore. L'archevêque Gérard, de la maison Truchsessde Waldbourg^ électeur de Cologne, s'était épris d'une passion violente pour la jeune comtesse Agnès de Mansfeld, chanoinesse deCerresheim, qui n'y resta pas longtemps insensible. L'intérêt que l'Allemagne tout entière prit à cette liaison força les deux frères de la comtesse, qui étaient des calvinistes zélés , de prendre ouvertement la défense de l'honneur de leur sœur; mais cet honneur ne pouvait être réparé que par un mariage, et ce mariage était impossible tant que l'électeur resterait archevêque de l'Église -romaine. Malgré cette difficulté, ils le sommèrent de rompre tout rapi)ort avec la comtesse, ou de l'épouser, déclarant que s'il leur refusait cette satisfaction, ils laveraient dans son sang et dans celui de leur sœur l'affront fait à leur maison. Soit que l'archevêque se sentit déjà disposé en faveur de la réformation, ou que Tamour seul eût suffi pour opérer un miracle, il abjura la foi catholique, et conduisit la belle Agnès à l'autel.

Cet événement mit les deux partis en émoi. D'après

les Réserves ecclésiastiques , rarchevêqiie avait perdu tous ses droits à rélecloral de Cologne, et il importait plus que jamais aux catholiques de tenir à U stricte exécution de ces réserves. De son côté, Gérard désirait vivement conserver la souveraineté, qui seule lui permettait d'oflrir à sa jeune épouse un sort digne d'elle. Plusieurs circonstances, au reste, Tautorisaient à Tespcrer, car les Réserves ecclésiastiques étaient un des articles les plus contestés du traité d'Augsbourg, et toute TAllemagne protestante avait intérêt à le soutenir dans sa lutte contre ces réserves, qui avaient déjà été combattues avec succès à Toccasion des évêchés de la bnsse Allemagne.

La plupart des chanoines du chapitre de Cologne, excités par rexemple de leur archevêque, avaient abjuré la religion catholique et s'étaient mis à la tête du parti nombreux et puissant qui, à Cologne même, se déclara en faveur de la réformation. Tout engageait donc Gérard a la résistance, car ses amis, ses parents et la plupart des souverains protestants, lui promettaient leur appui. Malgré tant de chances favorables, il fut bientôt forcé de reconnaître que sa victoire était douteuse. En proposant à l'assemblée des États le libre exercice du culte prolestant sur le territoire de Cologne, il rencontra une opposition d'autant plus vive qu'elle était soutenue par l'empereur, et justifiée par l'excommunication de Rome, qui venait de déclarer Parchevêque apostat déchu de tous ses droits réguliers et temporels. Contraint de recourir à la force, il leva une armée ; le chapitre en fit autant, et, pour donner plus de poids à sa résistance, il procéda immédiatement à l'élection d'un nouveau souverain.

L'évcque de Luttich, prince bavarois, réunit tous les suffrages et devint électeur de Cologne.

Dès ce moment commença une guerre civile qui, vu TinlércH qu'y prenaient tous les partis religieux, m^

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