LIVRE PREMIER
naçait d*amcncr la rupture de la paix d*Augsbourg. Lçs membres proteslants de la diète furent indignés surfout, que le pape, de sa seule autorité apostolique, , eût osé déposséder un souverain qui ne devait sa di* gnité qu'à la constitution de l'empire. Ce droit exorbitant avait été contesté au saint-sicge, même au temps de sa pins grande puissance ; pouvait-on le lui accorder à une époque où cette puissance menaçait ruine de toutes parts? Aussi l'empereur se voyait-il assiégé de vives réclamations que les princes protestants lui îidressaient à ce sujet ; et Henri IV de France, qui n'était encore que roi de Navarre, ne négligea rien pour exciter ces princes à défendre chaudement leurs droits légitimes. Tout le monde enfin avait compris que la liberté allemande dépendait du résultat de cette lutte.
Les protestants, en majorité 'dans le Conseil des électeurs, quatre contre trois , auraient pu assurer le triomphe de leur cause et fermer à jamais à la maison d'Autriche le chemin du trône impérial; mais l'électeur Gérard, au lieu d'embrasser la religion luthérienne, était entré dans TÉglise calviniste, et cette faute causa sa ruine. Ces deux cultes étaient ennemis jurés l'un de Tautre, et les princes luthériens se seraient exposés aux reproche^ de leur parti s'ils avaient traité un calviniste commet un coreligionnaire. Tous cependant avaient promis de le soutenir et de le défendre, un seul lui tint parole.
Méprisant les ordres et les menaces de Tempereur, le comte palatin Jean Casimir, calviniste zélé et prince apanage de la maison de l'électeur du Palatinat , conduisit ses troupes sur le territoire de Cologne ; mais il n'y obtint aucun résultat favorable à Gérard, qui, dépourvu de toutes ressources, se vit contraint d'abandonner son seul allié à ses propres forces. Soutenu par la Bavière et par l'Espagne, le nouvel électeur ne
tarda pas à devenir paisible possesseur de ses Étals» dont les places fortes s'étaient rendues presque sans combat; car les soldats qui les occupaient n'avaient défendu que faiblement un maître qui ne pouvait plus, payer leur solde.
Après s*être maintenu quelque temps dans ses possessions de Westphalie, l'ancien archevêque s'en vit également chassé par ses ennemis. Forcé de fuir, il se réfugia en Hollande, puis en Angleterre, où il sollicita des secours et des protections qui lui furent re* fuses. Délaissé , repoussé par tout le monde, il se retira dans le chapitre de Strasbourg, dont il était doyen, et où la mort vint bientôt mettre un terme à ses malheurs. C'est ainsi que finit cet homme remarquable, que Ton peut, ajuste titre, regarder comme la première victime des Réserves ecclésiastiques, et des préjugés insensés qui divisaient les protestants allemands. '
La catastrophe qui venait de jeter le trouble et le désordre dans l'électorat de Cologne, eut des suites tout - aussi fâcheuses pour la tranquillité du chapitre.de Strasbourg. Les chanoines de Cologne, qui, à l'exemple de . leur archevêque, avaient abjuré le catholicisme, et qui avaient été, comme lui, frappés par les foudres de Rome, s'étaient réfugiés à Strasbourg ,<où ils possédaient des prébendes. Leurs collègues, restés fidèles à la religion catholique, s'étaient déjà emparés de ces bénéfices, et refusaient de les rendre à des excommuniés. Alors ces derniers s'y installèrent de vive force, et, grâce à l'appui d'une partie de la bourgeoisie dévouée au protestantisme, ils devinrent bientôt les seuls maîtres du chapitre.
Les chanoines catholiques s'enfuirent à Saverne, où, sous la protection de leur archevêque, ils se constilucrent en chapitre régulier, et déclarèrent invalide et hététique celui de Strasbourg, qui, en dépit de cet anatième , devint chaque jour plus nombreux et flu»
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puissant. Les protestants du rang le plus élevé se disputaient rhonneur d'en faire partie; ils s^arrogèvent même le droit de nommer un archevêque de leur religion, et élevèrent à cette dignité le prince Jean-Georgesde Brandebourg.
De son côté» le chapitre catholique de Saverne, loin d'approuver la nomination des protestants, donna son suffrage à l'évêque de Metz, prince de Lorraine, qui se disposa aussitôt à s'installer, par la force, dans sa nouvelle résidence. Mais les habitants de Strasbourg prirent les armes pour défendre le chapitre et l'archevêque protestants contre l'archevêque catholique, qui, à la tête de troupes nombreuses, ravageait et pillait, avec toute la cruauté qu'autorisaient les mœurs du temps , le territoire dont il se disait le pasteur spirituel. En vain l'empereur essaya-t-il de terminer celte querelle en prêtant au parti catholique le poids de son autorité ; la lutte continua jusqu'au moment où le prince de Brandebourg,, épuisé et ruiné, renonça enfin à ses prétentions moyennant une forte somme d'argent.
Après ces deux échecs, la réformation en éprouva un troisième à Donawert, ville impériale delà Souabe. Sous le règne de Ferdinand 1*% et sous Celui de son (Us Maximilien, la religion protestante avait fait tant de progrès dansicette ville, que les catholiques se virent réduits à la seule église du couvent de Sainte-Croix, où ils étaient obligés de renfermer les pratiques de leur culte , car toute cérémonie publique leur était interdite. Malgré cette interdiction , l'abbé de Sainte-Croix , poussé sans doute par un zèle fanatique , sortit un jour de son monastère, à la tête d'une brillante procession ; le peuple, indigné > le força aussitôt à rentrer avec son cortège.
L'empereur Rodolphe, loin de blâmer la tentative téméraire de l'abbé, lui en fit lémoignep sa satisfaction. Ainsi encouragé, Tabbc renouvela, l'année suivante, »
l'occasion de la même fête, la même tentative. Le penple, le voyant bravé- pour la seconde fois, se livra à des voies de fait. La croix et les bannières de la procession furent foulées aux pieds ; et les moines, injuriés et maltraités , n'échappèrent à la fureur populaire qu'en se réfugiant derrière les murs de leur couvent.
L'empereur cita les coupables devant son tribunal suprême : cette mesure mit le comble à leur irritalion; ils menacèrent les commissaires impériaux, et, n'écoutant à leur tour que le fanatisme, ils firent échouer toutes les négociations que leurs chefs avaient entamées avec l'empereur, dans la louable intention de terminer cette affaire par des concessions mutuelles. Donawert fut mise au ban de l'empire, et Maximilien, électeur de Bavière , fut chargé de l'exécution de cet arrêt. A l'approche des troupes bavaroises, l'audace que le peuple avait déployée jusque-là se changea tout à coup eu terreur panique , et il déposa les armes sans avoir même essayé de se défendre. Cette lâche conduite fut suivie de la suppression totale du protestantisme, et de la perte de tous les privilèges dont jouissait cette cité ; car, après avoir été une des premières villes libres de l'Empire , eHe descendit au rang d'une simple cité de la Bavière.
A ce malheur, qui, sous le rapport religieux seul, aurait suffi pour exciter les sympathies des protestants, se rattachaient des considérations politiques de la plus haute importance. Donawert avait été mise au ban de l'Empire par un arrêt du conseil aulique, tribunal arbitraire et entièrement catholique, dont la compétence en ces sortes d'affaires, était aussi contestable que contestée , et Texécution de cet arrêt avait été confiée à l'électeur de Bavière, étranger au territoire frappé. Cette double violation des lois de l'Empire et du traité d'Augsbourg autorisa les protestants à soupçonner les