LITRE PREMIER
tèrent les craintes et les inénances des luthériens , en exagérant les dangers dont ils étaient menacés, et en donnant aux démarches les plus insignifiantes des ca« tholiques les apparences de combinaisons vastes et perfides, qui jamais n'étaient entrées dans leur pensée.
La diète de Ratisbonne, impatiemment attendue par les partisans de la réformation , n'avait point amené de résultat satisraisant pour eux. Aucun de leurs anciens griefs, augmentés par les événements de Cologne, de Strasbourg et de Donawert, n'avait obtenu justice ; l'indignation et la colère décidèrent enfin les princes protestants à favoriser Tassociation que l'électeur du Palalinat leur avait proposée. En 1608, cet électeur, le comte palatin de Neubourg, deux margraves ^e Brandebourg, le margrave dç Bade, le duc Jean-Frédéric de Wurtemberg, les uns luthériens, les autres calvinistes, signèrent à Ânhause , en Franconie , pour eux et pour leurs héritiers , le célèbre traité connu sous le nom d'Union évangéliqne.
D'après ce traité, les princes unis se devaient confit et assistance, dans toutes les affaires concernant leur liberté religieuse, et leurs privilèges comme membres de la diètp. Tous s'engageaient pour chacun, et chacun pour tous, de secourir celui d'entre eux qui serait attaqué par les catholiques, de lui fournir des troupes, et d'ouvrir aux siennes les villes et forteresses de tout le territoire de Y Union. Chaque prince se réservait une part du butin proportionnée aux secours qu'il aurait fournis; la direction de cette alliance était confiée, en temps de paix^ à l'électeur du Palatinat, et un fonds social fut déposé pour subvenir aux frais communs.
En signant ce traité, valable pour dix ans, les princes unis s'étaient engagés à unir tous leurs eflbrls pour décider les autres souverains protestants à faire
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partie de cette alliance. L'électeur de Brandebourg se laissa persuader ; l'électeur de Saxe refusa opiniâtrement ; la Hesse, le Brunswick et le Lunebourg cherchèrent des défaites; mais trois villes libres de TEmpire, Strasbourg, Nuremberg et Ulm, entrèrent dans V Union, à la grande satisfaction des princes unis; car ces riches cités leur promettaient des secours ônanciers précieux, et leur faisaient espérer que leur exemple ne tarderait pas à être imité par les autres villes libres de TEmpire.
Les souverains protestants qui, avant la signature du traité d*Anhause, n'avaient pas osé élever la voix parce qu'ils se sentaient isolés et sans force, changèrent tout à coup de conduite, et chargèrent le prince Christian d*Anbalt d'exposer énergiquement à l'empereur leurs plaintes et leurs réclamations. ' «
Avant tout, ils exigeaient la réintégration de Donawert dans ses droits et privilèges de ville libre de l'Empire; la cessation de toutes les procédures émanées du Conseil aulique; la réforme des conseillers personnels de l'empereur, et la révocation de tous les actes émanés de la seule volonté de ce monarque.
Pour tenir un pareil langage à Rodolphe, on choisît l'instant où, menacé de tous côtés dans ses États héréditaires, il venait de perdre la Hongrie, et d'acheter le repos de la Bohême par la signature de la Lettre impériale; le moment enfin où la succession des États de Juliers et de Clèves lui préparait un nouveau sujet de troubles et de désordres. Incapable de prendre une résolution ferme et prudente, comme l'exigeait la gravité des circonstances, il donna à Y Union évangélique le temps d'organiser et de réunir ses forces.
Les catholiques surveillaient les princes unis^ et les princes unis surveillaient les catholiques et l'empereur, qui se défiait des uns et des autres. Ce fut à cette épo
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4U6, OÙ les craintes et les haines étaient portées à un si haut degré d'irritation, que la mort dé Jean-Guillaume, duc de Juliers, vint jeter, au milieu de tant d'éléments de discorde, l'appât d^uné succession contestable et con« testée. Huit prétendants, sans compter l'empereur, qui manifesta hautement l'intention de s'approprier cette succession à titre de fief de l'Empire, réclamaient les États de Clèves et de Juliers, dont l'indivisibilité avait été stipulée par plusieurs traités solennels. L'électeur de Brandebourg, le comte palatin deNeubourg, le comte 'palatin de Deux-Ponts, et le margrave de Burgau, prince de la maison d'Autriche, réclamaient cette succession à titre de majorât féminin, et a\i nom des princesses de la maison de Juliers, leurs femmes et sœurs du duc Jeai^^ Guillaume. L'électeur de Saxe, de la branche Àlbertine, et le duc de Saxe, de la branche Ernestine, fondaient leurs droits sur une parenté plus ancienne, droits que l'empereur Frédéric III, avait solennellement reconnus à ces deux maisons saxonnes, et qui leur avaient été confirmés par Tempereur Maximilien I".
Les autres prétendants appartenaient à des puissances étrangères, et leurs titres ne furent même pas examinés. Les prétentions du Brandebourg et celles de Neubourg paraissaient également justes; aussi les souverains de ces deux. États commencèrent-ils par s'emparer du pays de Clèves, qu'ils firent garder par leurs troupes, tandis que les cabinets rédigeaient des protocoles. Cette guerre de f»lume se serait indubitablement terminée par l^épée, si l'empereur n'avait pas manifesté l'intention d'appeler ces contestations devant son tribunal, et de mettre préalablement le séquestre sur les États en litige. Ce fut pour échapper à cette dangereuse intervention que les ducs de Brandebourg et de Neubourg s'empressèrent de signer un traité, en vertu duquel ils conservaient et gouvernaient en commun les duchés de Clèves et de Juliers.
L'empereur somma les représentants de ces duchés de refuser le serment de fidélité à, ces nouveaux mallres, et leur envoya son parent, l'archiduc Léopold, évèque de Strasbourg et de Passau, dans Tespoir que sa présence encouragerait le parti impérial et catholique. Mais ce paili, qui n^avait que fort peu d'adhérents dans la ville de JuHers, s'y vit bientôt assiégé par les protestants, qui s'étaient déjà rendus maîtres de tout le pays. Cette guerre attira l'attention des cours de l'Europe, car il ne s'agissait plus de savoir à qui appartiendrait les duchés ^ la question avait été transportée sur un terrain plus vaste : il fallait décider si ces possessions fortifieraient le parti catholique ou le parti protestant; si l'Autriche, dont rinsatiable besoin de conquêtes donnait déjà tant d'inquiétude, réussirait à s'enrichir de cette nouvelle proie, ou si l'Allemagne l'emporterait dans une lutte aussi importante pour son équiUbre et pour sa liberté.
En envisageant sous ce point de vue les démêlés éi la succession de Juliers, on ne s'étonnera point que l'Union évangéliquey la Hollande, l'Angleterre, et même Henri IV de France, se soient empressés d'y prendre une part active. Ce grand monarque avait employé la plus belle moitié de sa vie à lutter contre rAutrichc el TEspagne; sa prudence et son courage héroïque venaient de renverser tous les obstacles que ses ennemis avaient élevés pour l'empêcher de monter sur le troue de France ; et depuis longtemps déjà son regard pénétrant suivait et jugeait les troubles qui agitaient l'empire germanique. Il savait que ce n'était qu'à ces troubles qu'il devait les dispositions pacifiques de l'Autriche à son égard; car, menacée à l'ouest par l'es protestants , et à l'est par les Turcs, elle ne songeait qu'à sa propre conservation.
Mais un génie supérieur comme celui d'Henri IV ne pouvait ignorer que, du moment où l'un ou l'autre de ces