‹ Poésies de SchillerChapitre 138 sur 258 · LIVRE PBEHIER · texte numérisé non relu

LIVRE PBEHIER

deux contre-poids de la puissance de la maison de Habsbourg cesserait de l'occuper, elle se relèverait plus menaçante que jamais. En vain l'adversité avait frappé presque tous les princes de cette maison ; en vain le ciel avait refusé à plusieurs d'entre eux le génie, et même l'intelligence la plus ordinaire; le malheur et la pauvreté' d'esprit, ces deux grands modificateurs des passions ardentes, n'avaient pu éteindre le besoin de domination et la soif des conquêtes dans des veines où coulaient encore quelques gouttes du sang de Ferdinand d'Aragon.

Depuis plus d'un siècle ce besoin de domination, cette «oif de conquêtes troublaient la paix de TEurope et désolaient rAUemagne. Les cultivateurs avaient été forcés de quitter leurs charrues, les marchands leurs comptoirs, les artisans leurs ateliers, pour grossir la masse des combattants. Des armées nombreuses couvraient les champs où jadis mûrissaient de riches moissons ; des flottes* guerrières sillonnaient les mers où naguère le commerce seul envoyait ses paisibles navires, et tous les princes de l'Europe avaient été contraints de prodiguer l'argent et le sang de leurs sujets dans des guerres continuelles. Tant de tristes expériences avaient prouvé enfin, que tout espoir de paix et de tranquillité pour les souverains, de bonheur pour les peuples, ne serait qu'un vain rêve tant que l'Autriche serait assez forte pour agiter l'Europe au gré de ses ambitieux désirs.

Des pensées de cette nature préoccupaient sans doute Henri lY sur la fin de -sa. glorieuse carrière. Son génie était parvenu à débrouiller le chaos où les guerres civiles, fomentées par l'Autriche, avaient plongé la France, Mais ce n'est pas sur le présent, c'est sur l'avenir que les grands hommes fixent leurs regards; c'est pour lui seul qu'ils travaillent ; et qui pouvait répondre à Henri IV de la durée de la prospérité de son pays, tant que la maison de Habsbourg resterait assez forte pour la trou-

bler? 11 comprit donc que ce n'était qu'en désarmant pour toujours cette rivale dangereuse, qu'il léguerait à son successeur un trône afTermi, et à son peuple une paix durable. C'est ainsi, du moins, que nous devons expliquer la haine de ce grand monarque contre cette ihaison; haine irréconciliable, ardente et juste, comme celle d*Annibal pour le peuple de RoiHulûs, mais plus vertueuse, parce qu*elle découlait d'upe source noble et pure.

Tous les souverains de l'Europe nourrissaient des pensées semblables à celles d'Henri IV; mais pas un d'eux n'était un politique assez pénétrant, un héros assez désintéressé pour les traduire en action. Les esprits ordinaires se laissent prendre à l'apgât d'un avantage personnel et prochain ; les biens éloignés dont les générations suivantes pourront profiter, ne sauraient émouvoir que les belles âmes.

Tant que la sagesse ne base ses projets que sur ellemême, et ne compte dans leur exécution que sur ses propres forces, qes projets ne sont que des chimères, et la sagesse, en les concevant, s'expose à devenir la risée du monde. Mais elle peut compter sur l'approbation, et même sur l'admiration de ce même monde, lorsque, dans ses nobles desseins, elle assure un rôle à la barbarie, à la cupidité, aux préjugés ; et si elle trouve le moyen de les faire contribuer à la réalisation de ces desseins, leur succès est infaillible.

Il ne faut donc pas s'étonner si le projet d'Henri IV, d'enlever à la maison d'Autriche ses immenses possessions, et de les partager entre les diverses puissances européennes, fut longtemps traité de chimère par les hommes ordinaires, toujours prêts à flétrir tout ce qui est grand et utile. Henri IV cependant avait une connaissunce trop profonde du cœur humain, pour songer à réaliser ce projet en ne s'appuyant que sur les nobles

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