‹ Poésies de SchillerChapitre 139 sur 258 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

motifs qui le guidaient, et que Sully était seul capable d'apprécier et de seconder. C'est par les motifs les plus puissants, dont la politique puisse disposer, qu'il s'efforça de décider les princes dont l'assistance lui était nécessaire, à se charger du rôle qu'ils devaient jouer dans cette grande entreprise. Aux protestants des États autrichiens, ainsi qu'à ceuH des Pays-Bas, il ne demandait rien que ce qu'il^désiraient ardemment eux-mêmes, c'est-à-dire de s'affranchir, les uns du joug de l'Autriche, les autres de celui de l'Espagne.

Quant au pape, aux républiques italiennes et à l'Angleterre,, rien ne pouvait leur être plus agréable et plus utile que la chute de la tyrannie de l'Espagne et de celle de l'Autriche. Chaque puissance trouvant ainsi un avantage quelconque dans le partage des possessions de la maison d'Autriche, ce partage, loin de troubler l'équilibre européen, devait au contraire l'asseoir sur des bases plus solides ; et la France pouvait refuser généreusement sa part des dépouilles, car la ruine de l'Autriche lui oflrait un avantage assez grand en augmentant son influence et en consolidant son avenir. Pour récompenser les princes autrichiens du service qu'on voulait les forcer à rendre à l'Europe en débarrassant à jamais cette partie du monde de leur présence, on devait leur accorder la, permission de se créer autant d'États qu'ils en pourraient conquérir dans toutes les autres parties du globe déjà connues on nue l'on pourrait découvrir plus lard.

La formation de V Union èvangélique et les démêlés de la succession de Juliers avaient averti Henri IV que 'instant était venu de faire une première démarche décisive pour l'accomplissement de son projet* Les agents habiles qu'il envoya à toutes les cours protestantes, sans trahir le secret politique de leur maître, en laissaient deviner assez pour influencer des souverains aussi ar-

56 HISTOIRE DB LA GUERRE DE TRENTE AlfS>

dents dans leur haine contre rÂutriche; que dans leur désir de s'agrandir aux dépens de cet ennemi redouté ; et bientôt un plan d'opérations aussi vaste que prudent fut arrêté en commun.

Une nombreuse armée française, commandée par Henri IV en personne, devait se joindre à celle de Tt/nion sur les bords du Rhin. 'Après avoir achevé la conquête et la pacification du duché de Juliers , ces deux armées réunies auraient pénétré en Italie, où Ton s'était assuré d'avance du concours franc et sincère de la Savoie, de Venise et de la Romagne. Fortifiés par ces alliances, les Français et les Allemands devaient, en passant par la Lombardie, entrer dans les États héréditaires de la maison de Habsbourg, d'où, secondés par le soulèvement général des protestants de ces États, on allait passer en Bohême, en Hongrie, eh Transylvanie, et achever ainsi de briser le sceptre autrichien. Les Flamands et les Hollandais, soutenus par des troupes françaises, se seraient pendant ce temps délivrés des Espagnols ; et ce torrent étranger, dont les sombres flots menaçaient d'engloutir la liberté de FEurope, eût été réduit à couler, oublié et tranquille, derrière la haute barrière des Pyrénées.

Jusque-là, les Français s'étaient fait remarquer par leur promptitude; cette fois cependant les Allemands les avaient devancés : les troupes de V Union parurent les premières en Alsace, où elles dispersèrent l'armée autrichienne, que l'archevêque de Strasbourg se disposait à conduire dans le duché de Juliers.

Henri IV avait conçu son plan en homme d'État, en roi, en héros ; il en confia l'exécution à des chefs de brigands. Pour empêcher les princes catholiques de défendre l'Autriche, il voulait éviter, avec le plus grand soin, tout ce qui pouvait les autoriser à croire qu'ils étaient personnellement menacés ; et, en tout état de

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