‹ Poésies de SchillerChapitre 140 sur 258 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

cause, la reKgion devait rester entièrement en dehors d'une guerre dont la chute de Tennemi commun était Tunique but.

Mais comment les princes allemands auraient-ils pu oublier leurs projets personnels pour seconder ceux du *nobIe Henri? L'ambition et le fanatisme étaient leurs points de départ et se manifestaient dans toutes leurs actions; aussi les vit-on^ semblables à des oiseaux de proie, s'abattre sur les États ecclésiastiques, y lever des contributions de guerre, toucher les impôts ordinaires» vider les caisses publiques et piller les particuliers.

Et, comme s'ils eussent craint de laisser aux catholiques quelques doutes sur le véritable but de leur expédition, ils déclarèrent hautement, et avec force menaces et injures, qu'elle était dirigée contre tous les partisans de Rome.

Le grand et noble Henri fut forcé de reconnaître qu'il s'étaft cruellement trompé dans le choix de ses instruments. Lorsque, dans l'intérêt de la justice et de l'humanité, Ton est réduit à employer la force, il faut éviter surtout de confier cette arme dangereuse à des caractères violents, à des âmes viles, à des esprits bornés. S'il peut être permis quelquefois de troubler momentanément l'ordre et la paix des États, ce devoir redoutable ne doit être accompli que par l'homme supérieur qui comprend tout ce qu'il y a de sacré dans Tordre et dans la paix.

La conduite des princes unis mit le comble à l'irritation des catholiques; mais l'empereur était hors d'état dé leur accorder le moindre secours. Forcés de reconnaître que leurs ennemis n'étaient devenus si puissants et si audacieux que par V Union qu'ils venaient de conclure, ils comprirent enfin la nécessité de leur opposer des armes semblables. Ce fiU Tarchevêque de Wurtzbourg qui conçut le plan de l'union des catholiques^

connu sous le nom de Ligue, dont les clauses et conditions étaient à peu près les mêmes que celles de V Union évangélique. Presque entièrement composée d'évêques, cette Ligue se donna pour chef Maximilien, électeur de Bavière, qui, en considération de son rang élevé fut révolu d*un pouvoir illimité.

Cette unité de pouvoir, et les secours d'argent que les riches prélats étaient toujours à même de fournir à leur parti, donnaient à la tigue catholique une force et une promptitude de mouvement qui la rendaient infiniment supérieure à V Union êvangélique. Se devant tout ai euxmêmes, les ligueurs dédaignèrent d'offrir à Tempereur la place à laquelle son titre de représentant d*Étals catholiques lui donnait droit; et, comme s'ils avaient oublié qu'il était chef de TEmpire, ils ne jugèrent même pas à propos de lui taire connaître l'existence de cette alliance, et parurent tout à coup aussi menaçants et aussi terribles pour le (roue impérial que pour V Union êvangélique.

Le début des princes unis avait cependant été assez heureux dans le duché de Juliers et dans l'évêché de Strasbourg ; mais leurs succès ne s'étendirent pas plus loin. L'armée française si impatiemment attendue sur les bords du Rhin ne parut. point, car Henri IV avait cessé de vivre !

. Le poignard de Havaillac, en frappant ce grand monarque, sauva la maison d'Autriche, pour reculer de plusieurs siècles la pacification de l'Europe et les progrès de la civilisation.

Le fonds social de V Union était épuisé; les députés des États refusaient de voter de nouveaux subsides, et les villes impériales accusaient les princes unis de dédaigner leurs conseils tout en demandant leur argent, et d'employer cet argent, non selon les clauses du traité, mais pour leur usage personnel et la satisfaction de leura

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