LIVRE PREMIER
taqneront dans la personnede l'empereur, et s'ils feignent de le respccler encore , c'est pour ne pas se rendre coupables de tous les crimes à la fois. Tant qu'on n'aura pas aboli jusqu'au dernier des privilèges qu'on a eu l'imprudence de leur accorder, il n'y aura pour rAUemagne ni bonheur ni tranquillité, et TÉglise catholique ne pourra jouir en paix de l'exercice de ses droits sacrés. Que sont les maux de la guerre quand il s'agit d'un pareil on* nemi'fÂu reste, les sacriilces d'argent seront amplement compensés par la confiscation des biens des rebelles, et leurs têtes en tombant sur l'échafaud < inspireront une c salutaire terreur à tous leurs complices, en prouvant ;
« qu'il ne leur reste d'autre moyen de salut qu'une c prompte obéissance. »
Faut-il s'étonner de ce que les Bohémiens firent tous leurs efforts pour se garantir de la mise en action de pareils principes? Et cependant les troubles de la Bohême n'avaient encore d'autre but avoué que celui de fermer à jamais le chemin du trône de ce royaume à Tarchiduc Ferdinand de Gratz, que Mathias avait désigné pour son successeur; et si les Bohémiens protestaient contre ce choix à main armée, ils conservaient du moins les apparences de la soumission , afin de ne pas empoisonner les derniers moments de l'empereur, dont la mort paraissait prochaine.
D'un autre côté, l.'attitude qu'ils venaient de prendre était trop belliqueuse pour que Mathias pût leur offrir la paix sans^e déshonorer. Il arma donc à son tour ; l'Espagne lui fournit les fonds nécessaires, et mit à sa disposition les troupes espagnoles stationnées en Italie et dans Jes Pays-Bas. Réduit à se défier de la fidélité de ses sujets, il confia la charge de généralissime au comte de Boucquoi, Flamand de naissance, et plaça immédiatement sous ses ordres le comte de Dampierre, également étranger. Toutefois, avant de permettre à son armée d'en
venir aux mains, il eut encore recours aux voies de conciliation, par uu manifeste dans lequel il déclarait que la Lettre impériale était toujours sacrée pour lui, que jamais il. n'avait eu l'intention d'abolir les privilèges qu'elle accordait aux Bohémiens; que leurs dispositions menaçantes l'avaient forcé de se préparer à la guerre, mais que s'ils voulaient déposer les armes, il congédierait à rinslant les troupes qu'il venait de lever.
Les intentions paciGques de l'empereur s'accordaient peu avec les espérances ambitieuses des chefs des re* belles; aussi se hâtèrent-ils d'eippêcher sa proclamation d'arriver jusqu'au peuple; et, pour achever de rirrilcr, ils firent publier en chaire et afficher partout des pamphlets de leur composition, qu'ils attribuaient au parti catholique, et dans lesquels la réformation était menacée d'une Saint-Barthélémy bohémienne. Ces machinations produisirent l'effet qu'on en avait espéré, et bientôt il ne resta plus à l'empereur, dans tout le royaume, que les villes de Budweiss, Krummau et PiU sen, dont les populations étaient presque entièrement catholiques.
Pénétré de l'importance de ces trois places, le comte de Thurn parut devant Budweiss et Krummau avec la promptitude et la témérité qui caractérisaient toutes ses opérations. Effrayée d'une attaque aussi violente qu'imprévue, Krummau se soumit, mais Budweiss lui opposa une résistance opiniâtre. Ces événements décidèrent enfin l'empei^eur à montrer quelque énei^ie. Boucquoi et Dampierre reçurent Tordre d'entrer en Bo* hème, où ces deux généraux rencontrèrent beaucoup plus d'obstacles qu'ils ne s'y étaient attendus. Forc^ d'enlever chaque place forte, les difficultés grandissaient à mesure qu'ils s'avançaient vers la capitale. D'un autre côté, les excès de leurs troupes, presque entièrement composées de Wallons et de Hongrois, indignaient les