‹ Poésies de SchillerChapitre 149 sur 258 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

d'autorité personnelle que lui laissait la puissance toujours croissante des membres de l'empire germanique, lui fut sans cesse disputée par ses collatéraux. Infirme et sans héritiers directs, il eut la douleur de voir toutes les espérances, tous les vœux dont jadis il avait été l'objet, se diriger vers son jeune et brillant successeur, qui, fier de son avenir et impatient de l'atteindre d'avance, posa les premiers jalons de son règne avant que le vieillard décrépit eût terminé le sien.

La branche souveraine allemande de la maison d'Autriche s'était éteinte par la mort de Mathias, car des six fils de Maximilien II, il ne restait plus que l'archiduc Albert, qui, toujours maladif et sans enfants,, avait renoncé à ses -droits en faveur de la branche styrienne. Par un traité seeret, la cour d'Espagne avait fait le même avantage à l'archiduc Ferdinand de Gratz, que l'on regardait comme prédestiné à donner de nouveaux rejetons à la branche allemande des Habsbourg, et à rendre à la maison d'Autriche son antique splendeur.

Ferdinand était fils du plus jeune des frères de Maximilien II, l'archiduc Charles, duc de Carniole, de Carinthie et de Styrie; et s^ mère était une princesse bavaroise. Il n'avait pas encore dix ans lorsque son père mourut; l'archiduchesse confia son éducation à son frère, le duc de Bavière, qui le fit élever sous ses yeux à l'université d'Ingolstadt, dirigée par les jésuites. Il est facile de se faire une juste idée des principes qu'il puisa dans cette université et dans la société intime d'un prince qui poussa la bigoterie jusqu'à abdiquer sa couronne, parce que les soins du gouvernement l'empêchaient de remplir ses devoirs religieux.

Pour exalter la jeune imagination de Ferdinand, on lui montra d'un côté l'image sinistre de Maximilien II et de ses fils, tous plus ou moins disposés à transiger avec les hérétiques, et par conséquent sous le

poids de l'anathème céleste qui convertit leurs États en une arène permanente de discordes civiles et de luttes sanglantes ; et de l'autre on lui présenta le riant tableau de la Bavière, calme, riche, heureuse, comblée enfin de toutes les bénédictions du ciel, parce que ses souverains n'avaient jamais chancelé dans leur dévouement à TÉglise romaine.

Entre ces deux exemples, présentés avec l'adresse perfide qui caractérise les jésuites, le choix du jeune prince ne pouvait être douteux. Décidé à se faire le défenseur de Dieu, le champion du catholicisme, il quitta la Bavière, après un séjour de cinq ans, pour aller prendre possession des États que son père lui avait légués. Avant de lui prêter serment de fidélité, les députés demandèrent la confirmation des libertés religieuses. Ferdinand se borna à -déclarer 'que ces libertés n'avaient rien de commun avec la fidélité qu'ils devaient à leur souverain légitime; et les députés, confondus par cette réponse, prêtèrent le serment voulu*

Plusieurs années cependant s'écoulèrent sans qu'il parût songer à l'exécution des projets arrêtés à l'université dlngolstadt. Avant de les avouer ouvertement, il fit un pèlerinage à Notre-Dame de Lorette, afin de s'assurer ses bonnes grâces; puis il alla se prosterner aux pieds du pape Clément YIII , qui le fortifia par sa bénédiction contre les périls d'une entreprise .donf le but était de chasser le protestantisme d'une contrée où il avait la majorité et où il était devenu une institution légale, par le Décret de tolérance que son père, Tarchiduc Charles, avait accordé à la noblesse de ses États. La révocation de ce décret authentique pouvait avoir les suites les plus funestes; mais quels obstacles auraient pu arrêter le pieux et digne élève des jésuites ? L'exemple des souverains de l'Empire qui s'étaient faits les arbitres

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