‹ Poésies de SchillerChapitre 150 sur 258 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

de la conscience de leurs sujets, et surtout Textension illégale que les députés de la Styrie avaient donnée à leurs libertés religieuses, devinrent le prétexte et la justification de mesures aussi violentes qu'injustes. S'appuyanti0ur la lettre morte d'une loi despotique et insensée, l'archiduc' Ferdinand crut pouvoir s'affranchir impunément de tous les devoirs qu'imposent la raison et la justice ; et, il faut l'avouer, dans cette entreprise criminelle, il déploya un courage héroïque et une constance digne d'une meilleure cause.

Ce fut sans bruit et même sans cruauté qu'il marcha à son but, et obtint un tel siiccès, qu'à la grande surprise de l'Allemagne, il ne resta bientôt plus une seule ville de ses États où il n'eût supprimé le culte protestant. Mais plus les catholiques le proclamaient le héros de l'Église romaine, plus les protestants le redoutaient comme leur plus dangereux ennemi. Cependant Mathias, en le proposant comme son successeur, n'avait rencontré que fort peu d'opposition, même de la part des représentants de la Bohême, qui ne lui devinrent hostiles qu'après avoir acquis la certitude qu'il cherchait à indisposer Tempereur contre eux.

Leur défiance dégénéra en haine, lorsque les ennemis de ce prince leur livrèrent plusieurs actes secrets, parmi lesquels se trouvait un pacte de famille qui, dans le cas où Ferdinand viendrait à mourir sans "postérité mâle , cédait à l'Espagne la Bohême , sans aucune considération pour les vœux de la nation et les lois fondamentales de ce royaume, d*après lesquelles il avait le droit d'élire ses souverains. Le mauvais effet que cet acte avait produit sur les Bohémiens fut encore augmenté par Tarrivée des protestants exilés de la Styrie, qui cherchaient à faire passer dans tous les cœurs les sentiments de haine et le besoin de vengeance dont ils étaient animés. Ce fut dans cet état que

Ferdinand trouva la Bohême, lorsque la mort de Mathia» rappela au trône.

De pareils rapports entre le peuple et le souverain auraient suffi pour exciter des orages, même à une époque de calme. Quelle ne devait pas être leur influence incendiaire dans un moment où la nation, en pleine insurrection , avait repris sa souveraineté et ses droits naturels? Dans un moment" enfin où, les armes à la main, elle révoquait toutes les concessions qu'elle avait faites, parce que, animée par un sentiment unanime, sa confiance en elle-même s'exaltait jusqu'à l'enthousiasme ; tandis que les succès de ses premiers efforts , et les preuves de sympathie qu'elle recevait de tous cOtés, rautorisai(înt à regarder déjà ses brillantes espérances comme autant de faits accomplis?

Oubliant ou feignant d'oublier que Ferdinand avait été élu roi de Bohême, les députés déclarèrent le trône vacant et se disposèrent à une élection nouvelle. Ferdinand ne se dissimulait point que pour ressaisir cette couronne, il fallait renoncer à tous les avantages qui pouvaient la rendre désirable, ou la conquérir par les armes. Ce dernier parti cependant n'offrait que peu de chances de succès. Déjà la Silésie s'était laissé entraîner dans le mouvement de la Bohême; la Moravie était sur le point d'imiter cet exemple; Tesprit d'indépendance commençait à lever la tête dans la haute et dans la basse Autriche; la Hongrie était menacée d^un côté par Bethlen Gabor, de l'autre par la Turquie, et pour mettre le comble aux embarras de Ferdinand, les protestants de la Styrie, de la Carniole et de la Carinthie, levèrent l'étendard de la révolte.

Dans ces trois provinces, ils avaient non-seulement Tavantage d'être les plus nombreux, mais ih disposaient encore des revenus publics sans lesquels le souverain ne pouvait faire la guerre. Un pareil concours d'événements

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