‹ Poésies de SchillerChapitre 151 sur 258 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

fâcheux découragea ses partisans : l'audace de ses ennemis seule allait toujours en augmentant; ils savaient que la moitié de rAllemagne les approuvait, et que Fautre atten.dait le résultat de la lutte pour se ranger du parti du plus fort. De son côté, l'Espagne trouva des prétextes pour retenir les troupes qu'elle avait mises à la disposition de Ferd*nand, et ce fut à l'instant qui semblait lin offrir la réalisation de ses vœux, que ce prince se vit menacé de perdre toiit ce qu'il possédait. .

Dompté par la*loi impérieuse de la nécessité, Ferdi- \ nand se résigna à proposer la paix aux rebelles de la Bohême; mais ses offres furent repoussées avec dédain. Le comte de Thurn venait d'entrer en Moravie, où son arrivée devint pour les protestants de cette province le signal de la révolte; la ville de Brunn fut prise d'assaut; le reste du pays se rendit sans combat, et accepta le gou< vernement nouveau et sa religion.

Grossissant sans cesse dans son cours impétueux et rapide, le torrent révolutionnaire inonda la haute Autriche. Partout les protestants proclamaient qu'il n'y avait pas de différence entre les divers cultes chrétiens, et que tous jouiraient désormais des mêmes droits. Pour justifier l'invasion du territoire autricliien, ils assuraient qu'ils étaient venus dans le seul but de combattre l'armée étrangère que l'archiduc avait levée contre eux, et qu'ils étaient décidés à poursuivre cette armée jusqu à Jérusalem, s*il le fallait.

Pas un bras ne se leva pour défendre Ferdinand, et les insurgés s'avancèrent vers Vienne pour l'y assiéger. Ce prince avait d'abord envoyé ses enfants à Gratz, mais ne les y croyant pas assez en sûreté, il les fit cacher au fond du Tyrol, puis il attendit ses ennemis avec calme et résignation. Toute la résistance qu'il pouvait leur opposel* se bornait à une poignée de soldats mal disciplinés et peu zélés; car le maître pour lequel

ils devaient exposer leur vie ne pouvait ni leur payer leur solde, ni même leur donner du pain. Au reste, la ville de Vienne était peu préparée à un long siège, et la partie protestante de la population se disposait à suivre Texemple des habitants de la campagne, qui venaient de se joindre aux insurgés. Déjà Ton s'attendait à voir l'archiduc renfermé dans un couvent, ses États partagés entre les princes protestants, et ses enfants forcés d'embrasser la réformation. Conseillé par des ennemis secrets, menacé par des ennemis armés, l'abîme où devait s'engloutir ce malheureux prince s'agrandissait à chaque instant sous ses pas.

Les balles bohémiennes venaient de pénétrer dans la Burg\ lorsque tout à coup seize barons autrichiens

■ On donne encore aujourd'hui an palais impérial de Tienne le nom de Burg^ par lequel on défignait jadis la demeure des chevaliers. Ce mot n'a pas d'équivalent en français, car la Burg des chevaliers allemands n'a rien de commun avec le manoir ni avec le castel des chevaliers français. Dans le principe, la Bwrg n'était qu'une espèce de nid d'aigle construit sur la pointe d'un rocher où les chevaliers, qui alors ne vivaient que de rapine et de pillage, étaient presque inaccessihles. Ces chevaliers-brigands (Itou^rtii^), ont disparu avec le FautirecM, mais leurs descendants ont continué à donner le nom de Burg aux châteaux forts que non-seulement les chevaliers, mais les souverains se sont faits constraire dans leurs domaines ou dans leurs capitales. Dès le quatorzième siècle cependant, ce nom est tombé dans l'oubli, excepté pour les ruines de ces anciennes demeures. En Autriche seule, le palais impérial s'est toujours appelé la Burg et non le Bourg^ comme certains traducteurs ont pris l'habitude de l'écrire. Puisqu'il est prèsfue indispensable de faire passer ce mot dans la langue française, il 'aut lui laisser Torthographe et le genre qu'il a dans la langue alemande, non-seulement parce que cela est logique et conforme au texte, mais parce que par là, on évite le grave inconvénient de faire confondre à ses lecteurs les demeures des chevaliers allemands du moyen âge, avec les gros villages français qui prennent le titre de hourg^ lorsqu'il s'y tient un marché,

(Note du TraduetJ

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