‹ Poésies de SchillerChapitre 152 sur 258 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

se précipitèrent hors d*haleine dans Tappartemenl de l'archiduc, l'accablèrent de reproches et de menaces, et le sommèrent de consentir à une confédération des protestants de l'Autriche avec ceux de la Bohême. Un des barons lui présenta l'acte qui devait autoriser cette confédération, le saisit par un bouton de son pourpoint, et le secoua avec force , en s'écriant d'une voix altérée par la fureur : t Signeras-tu, Ferdinand? »

Quel juge oserait le condamner, s'il avait cédé à la crainte? Inaccessible à ce sentiment, il conserva la force de réfléchir. Il voulait arriver au trône impérial ; ses officiers lui disaient que pour atteindre ce but il fallait fuir, et les prêtres lui conseillaient de tout promettre pour ne rien tenir plus tard. Sa propre raison le guida mieux; elle lui fit comprendre qu'en fuyant il tomberait entre les mains de ses ennemis, et que par de feintes concessions il flétrirait son ^veniic* Aussi resta-t-il immobile à sa place, et persista dans son refus de signer l'acte qu'on lui présentait.

Tandis qu'il tenait ainsi tête à des révoltés à demi fous de colère, un bruit de trompettes, qui se fait entendre tout à coup, répand la surprise et la crainte; une nouvelle sinistre pour les révoltés circule à travers la Burg^ les barons disparaissent, et la population protestante de Vienne s'enfuit dans le camp du comte de Thurn.

Ce changement subit avait été causé par l'arrivée d'un régiment de cavalerie que le général Dampierre avait envoyé au secours de Vienne ; un nombreux détachement dHnfanterie l'avait suivi de près, et les catholiques, encouragés par ce secours, venaient de prendre les armes. Presque au même instant on apprit que le général Boucquoi avait battu le comte de Mansfeld près de Budweiss, et se disposait à assiéger Prague. Ce dernier événemen/ acheva de sauver Ferdinand, en

forçant les Bohémiens de lever le siège pour aller au secours de leur capitale.

- Dès ce moment, les routes dont Tennemî s*étaii emparé afin d*cmpêchcr Tarchiduc de se rendre à la diète de Francfort, réunie pour procéder à Télection d'un empereur, redevinrent libres, et il s'empressa de profiter de cet avantage inespéré. La couronne impériale avait toujours été le plus cher dB ses vœux; mais il la désirait plus ardemment que jamais, car elle pouvait seule le laver complètement des affronts qu*oa venait de lui faire subir.

Les haines secrètes, les hostilités ouvertes dont il avait été l'objet dans ses États héréditaires, le poursuivirent à la diète. Les souverains protestants s'étaient promis d*exclure du trône impérial tous les princes de la maison d'Autriche, et surtout Tarchidua Ferdinand, l'ennemi acharné de leur religion, Tinstrument aveugle de TEspagne, Tesclave dévoué des jésuites. Du vivant même de Malhias ils avaient offert la couronne au duc de Bavière, et, à son refus, au duc de Savoie. N*ayant pu la faire accepter à ces deux princes aux conditions qu'ils leur proposaient, ils avaient cherché à retarder Télection jusqu'au moment où la révolte organisée en Bohême et en Autriche aurait humilié Tarchiduc Ferdinand au point de le rendre indigne de devenir empereur d'Allemagne. Pendant que cette révolte le menaçait jusqu'au sein de sa capitale, V Union évangélique s'était eiïorcée de faire comprendre à l'électeur de Saxe, qu'en élevant Tarchiduc au trône impérial, il se trouverait nécessairement entraîné à le seconder dans ses affaires privées, et s'exposerait à voir arriver sur son territoire le dénoûment du drame sanglant de la Bohême.

Malgré toutes ces menées, le jour de l'élection arriva enfin. Ferdinand y avait été convoqué comme roi légitime de la Bohême, en dépit des protestations unanimes

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