LIVRE PREMIER. ÔI
princes unis comme une déclaration de guerre, il prit ses mesures en conséquence.
Pendant que la Bavière et la Zigne se préparaient à soutenir l'Empereur, celui-ci entamait des négociations avec TEspagne ; et, malgré la paresse et le mauvais vouloir du cabinet de cette cour, le comte de Khevenhuller, ambassadeur impérial à Madrid, obtint un subside d'un million de florins, et la promesse que les troupes espagnoles des Pays-Bas feraient une excursion dans le Palatinat, pendant que les catholiques allemands attaqueraient la Bohême.
L'adroit Ferdinand II ne se borna pas à associer ainsi toutes les puissances catholiques à sa cause, il voulut encore empêcher les protestants de se liguer contre lui. Pour obtenir ce résultat, il fallait avant tout rassurer rélecteur de Saxe et les autres souverains attachés à la réformation ; car V Union avait fait courir le bruit que la Ligue ne recourait aux armes que pour leur arracher les biens ecclésiastiques dont ils s'étaient emparés. L'électeur de Saxe était tellement convaincu de la vérité de ces bruits, que, pour l'en dissuader, il fallut en constater la fausseté par un acte authentique.
Après avoir obtenu ce document, il n'écouta plus que la jalousie secrète qui depuis longtemps l'animait contre Frédéric, et qui était devenue plus vive par la préférence que les Bohémiens lui avaient accordée en le nommant leur roi. Au reste, s'il avait pu hésiter encore, il eût été décidé par les insinuations du prédicateur de sa cour. Ce ministre, qui s'était vendu à l'Autriche, feignait de puiser ses perfides conseils dans le pur zèle luthérien ^ car le fanatisme de ces sectaires ne pouvait pardonner aux calvinistes d'être parvenus à régner sur plusieurs provinces allemandes, et ils disaient hautement que ces provinces frétaient échappées aux griffes de Vantechrist de Rome\ que pour tomber dans celles de Vantechrist de Genève.
i)2 RISTQIRB DE LA GUERRE DE TRENTE ANS.
A mesure que Tempercur faisait disparaître un h un tous les embarras de sa fâcheuse position, le roi de Bohème 3e privait des avantages que lui offrait la justice de sa cause. Son ^alfiance étroite avec le prince de Transylvanie, Tami intime de la Porte, scandalisa les con* sciences timides, qui l'accusèrent de consolider sa puissance aux dépens de la religion chrétienne, et d'exposer le*territoire allemand aux invasions des Turcs. Son zèle imprudent pour les doctrines de Calvin irrita les luthériens de la Bohême ; en détruisant par tout le royaume les images des saints, il poqssa les catholiques au désespoir, et les impôts extraordinaires que sa position le forçait à faire peser sur le peuple, lui aliénèrent son affection.
La noblesse, dont il ne pouvait satisfaire toutes les orgueilleuses prétentions , devint toujours moins ardente pour la cause d'un prince qui semblait avoir pris à tâche de justifier le mécontentement public par sa conduite privée; car, au lieu de consacrer son temps aux affaires de TÉtat, il le perdait en fêtes et en réjouissances ; au lieu d'augmenter ses ressources pécuniaires par une sage économie, il dissipait ses revenus en pompes théâtrales et en folles prodigalités. Aussi vaniteux qu'imprudent, il se mira, pour ainsi dire, dans Téclat de sa nouvelle dignité, et la joie de posséder une couronne royale lui fit trop négliger le soin de la consolider sur sa tète.
Si les Bohémiens ne tardèrent pas à reconnaître qu'ils s'étaient trompés dans le choix de leur souverain, Frédéric fut forcé de s'avouer qu'il s^était fait illusion sur les secours qu'on lui avait fait espérer. Quelques princes de r UrAon séparèrent ouvertement leur cause de celle de la Bohême ; les autres, dominés par la crainte que leur inspirait le pouvoir renaissant de l'empereur, attendaient le résultat des événements avant de prendre un